Quand Jean-Claude Trichet se transforme en tonton flingueur

Nicolas Richaud

Nicolas Richaud
Lorsqu'on est le président d'une banque centrale majeure, mieux vaut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. La moindre hésitation, le moindre adjectif sont scrutés à la loupe et interprétés par les financiers du monde entier en vue de deviner notamment quelles sont vos intentions futures concernant votre politique de taux.
Et tout avis trop tranché ou propos trop obscurs peuvent donc rapidement enflammer les marchés financiers. L'ancien gourou de la Fed (entre 1987 et 2006), Alan Greenspan, peut en témoigner avec son "exubérance irrationnelle" qui avait semé la panique dans les places boursières du monde entier en 1996.
Envolées lyriques, opinions marquées et bons mots sont donc à éviter de toute urgence. Et la privation semble avoir trop longue pour Jean-Claude Trichet. L'ancien patron de la Banque centrale européenne (de 2003 à 2011) multiplie en effet les déclarations mordantes depuis quelques jours.
La semaine dernière, au cours d'une réunion avec les membres de l'association des journalistes économiques et financiers (AJEF), l'ancien gouverneur de la banque de France a notamment affirmé que l'Espagne était aujourd'hui "plus compétitive que la France et l'Italie", rapporte l'Expansion.
Il a aussi soutenu que l'Europe était à la croisée des chemins et allait devoir choisir entre des réductions de coûts et des salaires ou un destin semblable à celui qu'a connu l'Argentine au début des années 2000. Enfin, il a mis en cause la responsabilité de l'Europe concernant les crises financières qui ont éclaté ces six dernières années :
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

"Les gouvernements européens ont une grande responsabilité européenne et mondiale. Nous sommes l'épicentre d'une crise très grave". "Il y aura d'autres crises", a-t-il prédit, "qui frapperont les pays qui ne parviendront pas à ajuster leur production et à accélérer leurs prises de décisions".
En savoir plus sur https://lexpansion.lexpress.fr/economie/trichet-l-espagne-est-plus-competitive-que-la-france-et-l-italie_410006.html#mpzro2HGZH7xkERk.99
avec les membres de l'Association des journalistes économiques et financiers (AJEF)
En savoir plus sur https://lexpansion.lexpress.fr/economie/trichet-l-espagne-est-plus-competitive-que-la-france-et-l-italie_410006.html#HKflPxDwcqYYAOp1.99
Et rebelote ce mardi dans un entretien accordé à l'AFP. L'ancien patron de la BCE assure ainsi que depuis l'arrivée de l'euro, le 1er janvier 1999, la zone euro a créé "600.000 emplois de plus que les Etats-Unis".
Jean-Claude Trichet est également revenu sur le traité de Maastricht dont il fut l'un des rédacteurs et les conséquence de la mise en place d'une monnaie unique en Europe. Ce traité est régulièrement accusé d'avoir enfermé l'économie européenne dans un carcan budgétaire, mais l'ancien patron de la BCE n'en renie pas une ligne :
Pour lui, si la zone euro a été percuté de plein fouet par le tohu-bohu financier de 2008, avant de sombrer dans la crise des dettes souveraines, ce n'est pas le traité de Maastricht qui en est à l'origine, mais les pays qui ne l'ont pas respecté.
Ainsi, concernant les critères de Maastricht, qui interdisent notamment un déficit supérieur à 3% du produit intérieur brut, Jean-Claude Trichet considère ainsi que ce sont "les grands pays (qui) ont refusé qu'ils s'appliquent à eux (...) La France, l'Allemagne et l'Italie, en particulier, les ont refusés en 2003 et 2004." Autre raison à l'enlisement économique de la zone euro selon lui : les pays membres ont laissé se creuser les écarts de compétitivité entre eux.
Il y a quelques semaines, à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Alan Greenspan avait affirmé qu'il jugeait les pratiques du Tea party aux Etats-Unis "anti-démocratiques". Revenant sur les difficultés rencontrées par l'Union européenne, il avait aussi soutenu que "la culture de la Grèce n'est pas celle de l'Allemagne, et les fondre dans une même unité sera extrêmement compliqué." Les anciens patrons de banques centrales majeures semblent avoir ceci en commun : un verbe et une verve retrouvés.
A lire aussi :
À lire également
Nicolas Richaud
Nouveaux droits de douane : les États-Unis infléchissent leur offensive face à Bruxelles
« 2026 pourrait être la pire année depuis 2013 » : le pouvoir d'achat des Français va souffrir
« C’est le bon moment pour investir dans l'immobilier » : malgré la crise du logement, un nouveau fonds d'investissement se lance
Pêche : la transformation artisanale, une solution pour survivre ?