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ÉconomieUnion européenne

Comment Wolfgang Schäuble va équilibrer le budget allemand l'an prochain

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 12 mars 2014 à 14:38 - Mis à jour le 12 mars 2014 à 17:59

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Le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble veut être le premier à équilibrer le budget fédéral depuis 1969. Voici comment.

Wolfgang Schäuble est proche de réaliser le rêve de tout ministre fédéral des Finances depuis plus de 40 ans. Dans le programme budgétaire qu'il a présenté ce mercredi lors du conseil des ministres, l'élu du pays de Bade a annoncé que le budget fédéral sera équilibré l'an prochain pour la première fois depuis 1969. Cette année, le déficit passera de 22 à 6,5 milliards d'euros.

Rappelons que le budget fédéral ne représente que la moitié de l'ensemble du budget des administrations publiques allemandes. Les comptes des assurances sociales, des Länder et des communes doivent être ajoutés pour obtenir le solde « au sens de Maastricht. » Ce dernier est équilibré depuis 2012 et avait déjà connu en 2007-2008 une première période de retour à l'équilibre. Ce n'était pas le cas du budget propre au gouvernement fédéral qui n'avait jamais cessé d'être en déficit malgré les volontés affichées des différents ministres des Finances.

Une croissance solide

Wolfgang Schäuble pourrait donc réussir à le faire. Il est vrai qu'il est aidé en cela par trois puissants éléments que n'ont pas eu ses prédécesseurs. D'abord, une croissance soutenue qui alimente les recettes fiscales. Pour 2014, la croissance allemande devrait atteindre des niveaux jamais vu depuis 2011. Ce mercredi, les instituts RWI d'Essen et DIW de Berlin ont ont relevé leurs prévisions de croissance à 1,9 % pour cette année et 2,1 % pour 2015. Or les recettes fiscales augmentent toujours plus vite que la croissance. Selon les plans du gouvernement qui tablent des croissances un peu inférieures (1,7 % en 2014 et 2 % en 2015), les recettes fiscales devraient ainsi progresser de 3,5 % en 2014 et de 3,6 % en 2015.

Certes, Peer Steinbrück, ministre des Finances de 2005 à 2009, avait certes bénéficié d'une forte croissance entre 2006 et 2008, mais le déficit dont il avait hérité était plus élevé et, en 2009, la contraction de l'économie allemande avait atteint près de 6 % ! Difficile dans ces conditions de réussir le pari de rééquilibrer le budget fédéral.

Des caisses sociales qui vont mieux

Le deuxième facteur qui soutient l'ambition de Wolfgang Schäuble, c'est la bonne santé des assurances sociales. Les caisses d'assurance-maladie sont parvenues à réduire leurs besoins de financement, notamment grâce à une pression exercée depuis 2010 sur les laboratoires pharmaceutiques. Certes, en tout, l'Etat fédéral doit encore largement subventionner l'assurance-maladie, mais dans une mesure moindre : 11,5 milliards d'euros en 2015 contre 14 milliards d'euros l'an passé. Mais surtout, la décrue du chômage qui, si l'on en croit les instituts déjà cités, devrait se poursuivre en 2014 et 2015 et permettre de maîtriser les dépenses.

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Des taux faibles qui réduisent les coûts.

Enfin, troisième facteur, la faiblesse des taux versés par l'Allemagne au marché depuis 2010 pour se refinancer qui va permettre à l'Etat fédéral d'économiser 20 milliards d'euros par an entre 2014 et 2016. Rappelons que ces faibles taux sont les conséquences directes de la crise de la dette en zone euro. Cette baisse permet de réaliser une grande partie de la baisse des dépenses cette année et l'an prochain.

Oublier ses promesses

Reste que le retour à l'équilibre ne pouvait se faire qu'en oubliant une grande partie des promesses de la « grande coalition.» Certes, la possibilité pour certains salariés de partir à la retraite à 63 ans contre 65 ans et 2 mois aujourd'hui a été acceptée, mais parce qu'elle est en grande partie financée par les cotisations. Surtout, beaucoup d'autres promesses ont été repoussée à plus tard, autrement dit après 2015. C'est le cas du relèvement promis des allocations familiales, mais aussi des investissements dans les transports, malgré les besoins évidents du pays. Ce mercredi, le Handelsblatt, organe du patronat allemand, se plaignait amèrement que « les économies budgétaires aient priorité sur la rénovation des infrastructures de transport. »

Rassurer la SPD

Wolfgang Schäuble a été assez fin dans la préparation de ce budget. Pour faire accepter la baisse des dépenses en 2014 et leur stagnation en 2015 aux Sociaux-démocrates, il a augmenté le budget de leurs ministères au détriment des ministres CDU. La SPD peut donc se dire gagnante de ce budget qui semble pourtant n'avoir comme principe que l'obsession du retour à l'équilibre. Wolfgang Schäuble, qui espère maintenir l'équilibre du budget fédéral de 2015 à 2018, entend ainsi faire reculer rapidement l'endettement du pays, actuellement à 78,5 % du PIB pour le faire repasser sous les 60 % du PIB prévu par le traité de Maastricht. Plus que jamais, l'Allemagne reste ferme sur sa doctrine : « la dette, c'est le mal. »

Un budget sur mesure pour faire de Wolfgang Schäuble un héros

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De façon générale, il y a dans ce projet de budget une stratégie consistant à repousser les problèmes à plus tard, après 2016, une fois Wolfgang Schäuble entré dans l'histoire comme « l'homme qui a réussi à équilibrer le budget fédéral ». On voit ainsi les dépenses s'envoler entre 2016 et 2018 de près de 3 % par an, alors qu'elles doivent reculer de 3 % cette année et progresser de seulement 0,4 % en 2015. Le soutien à l'assurance-maladie doit ainsi après 2015 repasser à 14 milliards d'euros, soit son niveau de 2013. C'est à ce moment aussi que les promesses seront enfin réalisées. Mais d'ici à 2016, on aura le temps de réviser ces chiffres et ces promesses…

Romaric Godin

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