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ÉconomieUnion européenne

Comment s’appellera le Royaume-Uni si l’Ecosse le quitte ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 18 mars 2014 à 09:12 - Mis à jour le 18 mars 2014 à 09:29

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Dans six mois, les Ecossais voteront sur leur indépendance. Dans le cas – encore peu probable – d’une indépendance de cette région, quel nom pourra porter les territoires encore sous la dépendance de Londres ?

Dans six mois, jour pour jour, le 18 septembre 2014, les Ecossais seront appelés aux urnes pour décider s'ils veulent désormais vivre dans un Etat indépendant du Royaume-Uni. Les sondages sont encore très favorables au maintien de l'union. Le dernier, publié voici une semaine, donnait 55 % des voix au « non » à l'indépendance contre 45 % au « oui. » Mais si l'écart est encore élevé, il s'est considérablement resserré au cours des six derniers mois. La tendance est très clairement favorable aux indépendantistes.

Nervosité chez les anti-indépendantistes

Du reste, s'il en fallait une preuve, il suffirait d'observer combien les responsables britanniques et européens s'essayent à attaquer les arguments du Scottish national party (SNP) en faveur de l'indépendance. José Maria Barroso, le président de la Commission européenne a prévenu que la future Ecosse ne pourrait pas entrer dans l'UE ; Mark Carney, le gouverneur de la Banque d'Angleterre a indiqué qu'une union monétaire entre l'Ecosse et le reste du Royaume-Uni n'était pas envisageable… Autant d'arguments qui n'ont pas, pour le moment, fait mouche dans l'opinion écossaise. Et compte tenu de l'évolution de celle-ci, il faut bien envisager l'option de voir, dans six mois, un nouveau pays européen émerger.

Problèmes issus de l'indépendance écossaise

La création de ce nouveau pays posera évidemment des problèmes considérables. Le SNP se donne d'ailleurs 18 mois avant de se séparer entièrement de Londres. Les questions du partage de la dette publique, de la monnaie du nouveau pays, de sa viabilité économique et de son appartenance à l'UE seront alors débattues. Il ne faudrait cependant pas oublier que le divorce avec l'Ecosse posera également des problèmes au reste du Royaume-Uni.

Quel nom pour le « Royaume-Uni résiduel » ?

A commencer par son nom. Un problème qui peut paraître superficiel, mais qui est bien réel et est peut-être plus important qu'on ne le croit. Il devrait amener quelques réflexions intenses à Londres, Belfast et Cardiff. La presse anglophone désigne le futur pays amputé de l'Ecosse par le terme de « Rest-UK », « Royaume-Uni résiduel. » Faute de mieux. Car la question du nom de ce futur pays est un vrai casse-tête.

Quelle est la situation actuelle ? Le pays dirigé par David Cameron s'appelle actuellement « Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. » Pour comprendre ce terme, héritage direct de l'acte d'union de 1707 entre l'Angleterre et l'Ecosse, il faut faire un peu d'histoire.

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La création du « Royaume-Uni de Grande Bretagne »

Ces deux pays ont été longtemps des ennemis irréductibles et, durant la guerre de cent ans, les forces du roi de France comptaient, sur le territoire français, des troupes écossaises pour lutter contre les Anglais (c'est la suite de la « Auld Alliance » de 1295 ). A la mort sans descendance de la reine Elisabeth 1er en 1601, son cousin Jacques Stuart, roi d'Ecosse, hérite de la couronne d'Angleterre. Les deux pays sont alors officiellement indépendants, mais réunis sous la même couronne. Durant la guerre civile anglaise (1641-1649), les Ecossais prouvent à plusieurs reprises cette indépendance.

Au début du 18ème siècle, alors que l'Angleterre mène une guerre féroce contre la France, il importe de mettre au pas les bouillants écossais afin d'éviter l'ouverture d'un front sur l'île. D'autant que les Ecossais n'ont jamais vraiment accepté l'usurpation de Guillaume d'Orange en 1688 qui a chassé les Stuart du pouvoir.

Ces derniers, qui résident en France et sont soutenus par Louis XIV, espèrent pouvoir reprendre le trône d'Angleterre depuis leurs terres écossaises. En prévision de la succession au trône du prince allemand Georges de Hanovre, la reine Anne décide alors d'unifier les deux royaumes. Le parlement d'Edimbourg est supprimé, ainsi que les titres de rois d'Ecosse et de roi d'Angleterre. En 1707, l'acte d'Union crée ainsi le Royaume Uni de Grande-Bretagne. La « Grande-Bretagne » étant une expression géographique désignant l'ensemble de l'île. Le terme de « roi d'Angleterre » encore utilisé est donc un abus de langage et une faute.

L'Irlande modifie le nom du pays à deux reprises

En 1801, un acte d'union similaire est voté avec l'Irlande qui s'était révoltée en 1798. Le terme de «roi d'Irlande » porté par les souverains d'Angleterre depuis 1542 est aboli, comme le parlement de Dublin. Le roi Georges III devient donc souverain du « Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ». En 1921, l'indépendance de « l'Etat libre d'Irlande », qui deviendra en 1948 la « République d'Irlande », amène une nouvelle modification du nom du pays. Comme six comtés d'Ulster ont été conservé par le Royaume-Uni en raison de présence massive de protestants, le roi Georges V devient souverain du « Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. » C'est encore le titre d'Elisabeth II aujourd'hui.

La fin de la « Grande Bretagne » et du Royaume-Uni

Mais l'indépendance de l'Ecosse pose un problème autrement plus difficile à résoudre. Car en détricotant l'acte d'union de 1707, il empêche théoriquement le reste de l'actuel Royaume-Uni de continuer à utiliser le terme de « Grande Bretagne. » Certes, Londres pourrait le conserver à titre symbolique. L'Equateur ne revendique pas sa souveraineté sur la ligne équatoriale. Mais l'Ecosse pourrait y voir un irrédentisme, une prétention de Londres à rétablir sa domination sur l'ensemble de l'île. Nul doute que, dans les négociations, Edimbourg ne demande le retrait du terme de « Grande-Bretagne. » Or, s'il n'y a plus d'Etat de Grande-Bretagne, il n'y a plus de facto de « Royaume Uni » de cette même Grande Bretagne. Si le pays au sud des Borders décide de continuer à s'appeler Royaume-Uni, il faudra préciser de quoi…

A la recherche d'un nouveau pays : l'Angleterre ?

Que faire alors ? La solution la plus simple serait de revenir à la situation d'avant 1707 et au bon vieux « Royaume d'Angleterre. » Sauf que le nouveau pays ne sera pas l'Angleterre. Il comportera également deux autres entités qui ont une forte autonomie : le pays de Galles et l'Irlande du Nord. Même si le premier est très largement intégré administrativement à l'Angleterre, il revendique de plus en plus son identité. Les nationalistes gallois du Plaid Cymru, au pouvoir à Cardiff, verront d'un mauvais œil sans doute le retour au royaume d'Angleterre qui leur rappellera que le Pays de Galles a été une conquête militaire des rois d'Angleterre qui, par ailleurs, l'ont longtemps traité en province. Or, une fois l'Ecosse devenu indépendante, Londres cherchera sans doute à éviter de froisser les Gallois, même si les deux situations sont fort différentes. Par ailleurs, dans le fragile processus de paix nord-irlandais, le terme de « royaume d'Angleterre » pourrait être bien mal accepté par les nationalistes catholiques (mais aussi par certains protestants).

A la recherche d'un nouveau pays : un royaume « artichaut » ?

Faudra-t-il alors en passer par une longue description de « Royaume d'Angleterre, du pays de Galles et d'Irlande du Nord » ? Peut-être. Dans la langue courante, on utilisera sans doute le terme simple de « royaume d'Angleterre » comme on utilise « Royaume-Uni » aujourd'hui. Mais il n'empêche. Cette longue description ressemble à un artichaut qui ne demande qu'à être effeuillé et il peut déplaire dans une Angleterre qui risque déjà d'être assez traumatisé par le divorce avec l'Ecosse.

A la recherche d'un nouveau pays : un nouveau Royaume-Uni ?

Une solution pourrait être de décrire le nouvel Etat comme « Royaume Uni d'Angleterre, du pays de Galles et d'Irlande du Nord ». Certes, le terme serait imprécis puisque le Pays de Galles n'est pas un royaume, mais une principauté. Mais l'obstacle est minime, car cette solution aurait plusieurs avantages. D'abord, on conserve le terme de Royaume-Uni (« UK ») utilisé partout pour décrire l'Etat. Le nom du pays ne changera donc pas réellement dans l'esprit des citoyens aujourd'hui britanniques. Ensuite, le terme « Uni » permettra d'atténuer l'effet « artichaut. » Mais il faudra néanmoins trouver un nouveau gentilice, car il ne sera plus possible aux Britanniques de s'appeler britanniques (terme qui provient de Grande-Bretagne). Et ceci sera sans doute relativement choquant pour ceux qui resteront dans le Royaume-Uni…

Casse-tête pour créer une nouvelle identité

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On le voit, la question du nom est un véritable casse-tête pour le « Royaume-Uni résiduel. » Et qui est peut-être moins superficiel qu'il n'y paraît, car il s'agira de redéfinir une identité et une unité nationales. L'indépendance de l'Ecosse mettrait de facto fin à deux termes essentiels que les habitants du Royaume-Uni utilisent au quotidien pour se désigner : « Britain » (Grande-Bretagne) et « British » (Britannique). Ces deux termes ne seront plus, comme le disait jadis le Prince de Metternich de l'Italie, que des « expressions géographiques. » Il faudra donc reconstruire une identité bâtie depuis trois siècles, en trouvant un nom suffisamment consensuel et suffisamment fort. Ce sera une des nombreuses gageures de l'indépendance écossaise.

Romaric Godin

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