La rodomontade opportuniste de Manuel Valls sur l'euro

Le Premier ministre a promis d'agir sur la politique monétaire de la BCE. Impossible, mais le message avait une autre fonction...

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Manuel Valls veut changer les règles de la BCE.
Manuel Valls veut changer les règles de la BCE. (Crédits : Reuters)

Manuel Valls a dressé un réquisitoire en règle de la politique monétaire de la BCE, l'accusant de mener une politique trop restrictive. « La Banque Centrale Européenne mène une politique monétaire moins expansionniste que ses consœurs américaine, anglaise ou japonaise », a déclaré le Premier ministre. Selon lui, le risque est que les efforts réalisés par la France soient « balayés » par l'euro fort.

« Aborder le sujet très directement »

Cet antienne est assez classique dans le discours politique de tous bords en France, mais, ici, Manuel Valls a pris un curieux engagement : « ce sujet, je veux l'aborder très directement. » Comment comprendre cette phrase ? Doit-on y voir la volonté de la France de définir une politique de change pour la BCE afin de soutenir la croissance ?

Les traités interdisent toute intervention

Aujourd'hui, très clairement, le Premier ministre français ne peut rien faire. L'article 130 du Traité de Fonctionnement de l'union européenne (FTUE), interdit explicitement à la BCE « d'accepter des gouvernements des Etats membres des instructions. » Pire même, par ses propos, le Premier ministre français est en infraction avec ledit article qui indique que les gouvernements « s'engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer la BCE. » C'est donc une fin de non-recevoir que recevra Manuel Valls à sa volonté d'aborder « le sujet très directement. »

La stabilité des prix est la seule aiguille dans la boussole de la BCE

Actuellement, la BCE n'a pas de politique officielle de change, tout simplement parce qu'elle n'a qu'un seul objectif qui lui est assigné par les traités européens : la stabilité monétaire. Jean-Claude Trichet répétait sans cesse que la BCE n'avait « qu'une aiguille dans sa boussole » («  one needle in our compass »). Le taux de change n'est qu'un élément parmi d'autres de cet objectif. Demander à la BCE de se donner un objectif de change pour soutenir la croissance, c'est lui demander d'outrepasser le mandat qui lui a été attribué par les traités.

Modifier les traités ? Pour quoi faire ?

Si Manuel Valls veut demander une modification des traités sur ce sujet, il risque de s'opposer à forte partie. Le premier obstacle est technique. Demander un objectif explicite de taux de change face au dollar n'a pas de sens. Ce serait réduire à néant l'autonomie monétaire de la BCE et la zone euro n'est pas le Danemark.

La solution serait alors de fixer des objectifs de croissance et d'emploi à la BCE, comme c'est le cas pour d'autres banques centrales. Mais là encore, il n'est pas sûr que les entreprises françaises y gagnent. La BCE devra alors définir un taux de change qui ne nuise pas à l'économie de la zone euro en moyenne. Mais la zone euro est très diverse. Une étude de 2012 de la Deutsche Bank indiquait que la France commençait à souffrir à partir d'un euro à 1,24 dollar, l'Allemagne à 1,87 dollar… Une valeur moyenne risque donc de mécontenter tout le monde : les uns trouvant l'euro trop faible, les autres encore trop fort.

L'obstacle allemand

Autre obstacle : le refus allemand de remettre en cause l'indépendance de la banque centrale. La BCE a été fondée sur le modèle de la Bundesbank de 1957. Si elle n'a qu'un objectif, c'est parce qu'on estime que la stabilité des prix est le seul moyen de s'assurer d'une croissance saine et équilibrée. Donner un objectif de croissance serait redondant, mais surtout le risque serait de faire de la banque centrale un bras armé de la politique économique. Or, dans la logique des traités, la croissance négative et le chômage sont parfois des « assainissements nécessaires. » Ce qui est advenu dans le sud de l'Europe le prouve. Donner un objectif de croissance à la BCE, ce serait empêcher les « ajustements », ce serait soutenir artificiellement les déséquilibres de certaines économies. Pour l'Allemagne, ce serait rendre vide les structures de la zone euro incitant les pays à revenir à l'équilibre budgétaire. Ce serait encourager « l'aléa moral. » C'est donc inacceptable pour Berlin sur le plan des principes.

L'obstacle politique

Dernier obstacle : sur le plan politique. Obtenir une telle modification des traités sera très difficile. Une partie de l'opinion publique allemande serait vent debout. Ce serait renoncer à soixante-dix ans de tradition économique qui a prouvé son efficacité outre-Rhin. Le Bundestag aura bien du mal à voter une telle réforme et Angela Merkel ne lui proposera sans doute jamais. Dans les autres pays, il y aura des référendums et, compte tenu de l'état d'esprit des populations, il sera bien difficile à faire accepter par l'ensemble des pays de la zone euro.

Et si Valls profitait de la politique de la BCE ?

Les mots de Manuel Valls sont donc une rodomontade à usage interne. Il s'agit de contenter sa gauche et son ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, sur qui les caméras de l'assemblée nationale se sont braquées lorsque ces mots ont été prononcés. Mais c'est une rodomontade calculée. Mario Draghi a, jeudi dernier, confirmé officiellement que le taux de change était une donnée qu'il regardait avec beaucoup d'attention pour déterminer sa politique monétaire. Traduction : la BCE entend peser sur le taux de change pour faire reculer le risque déflationniste.

L'objectif de la politique d'assouplissement quantitative de la BCE sera donc de faire baisser l'euro. Nul ne sait si elle y parviendra, car l'efficacité de l'action de la politique monétaire sur le taux de change est parfois incertaine. Mais si Mario Draghi réussit son pari, alors Manuel Valls et Arnaud Montebourg pourront prétendre avoir, à leur tour, eu une part de responsabilité dans ce triomphe. Cela s'appelle de l'opportunisme.

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Commentaires 21
à écrit le 09/04/2014 à 17:59
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Il faut dechirer le traite de Maastricht sortir de l'euro (une monnaie d'escroc) et retrouver notre dignite et notre liberte ! de grace, plus une voix pour l'UMPSCENTRE.

à écrit le 09/04/2014 à 12:39
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Il faou sorti de la euro , parcé qué les moroues son cuites. E les haricotes aussi.

à écrit le 08/04/2014 à 23:06
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valls doit dire "ou l'euro baisse ou on en sort".

à écrit le 08/04/2014 à 21:57
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La "politique accomodante de la BCE" est un bel euphémisme, mais ce n'est pas autre chose que la planche à billet , réservée à la finance et aux banques , une honte absolue, seul moins de 5% des sommes imprimées par la BCE vont aux entreprises et à l...

le 09/04/2014 à 3:40
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Comme au bout du compte, la dette est garantie par votre épargne, il ne faut pas être un grand visionnaire pour comprendre que votre épargne vous l'avez déjà perdue.

à écrit le 08/04/2014 à 21:29
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Quand on voit ce que les socialistes espagnols ont fait de leur pays, on peut avoir peur, très peur!

le 09/04/2014 à 0:58
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Ils n'ont fait que poursuivre le travail de la droite et d'Aznar. Bulle immobilière, bulle immobilière, bulle immobilière. C'est sûr les chiffres de la croissance étaient spectaculaires, mais à quel prix!

le 09/04/2014 à 1:42
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Franchement retournez voir l'Espagne depuis, Rajoy fait un massacre question emploi et maintien des acquis sociaux.

le 09/04/2014 à 5:31
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Ils viennent de faire sortir l'espagne de la recession, et ont rendu leur pays plus competitif. Les Renault Captur produits en Espagne font un tabac. Nous on est pas encore au fond du trou, mais on s'y achemine, alors que les Espagnols qui sont tombe...

le 09/04/2014 à 8:24
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"Ils viennent de faire sortir l'espagne de la recession, et ont rendu leur pays plus competitif. Les Renault Captur produits en Espagne font un tabac. " --> l’Espagne est sortie de la récession ? avec 26% de chômage générale et plus de 50% chez le...

le 09/04/2014 à 10:38
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Il faut vous calmer sur vos affirmations, si c'était le cas cela se saurait avec les diminutions des salaires et la baisse du pouvoir d'achat je ne pense pas que cela va faire avancer le smilblik!!!!!!

le 09/04/2014 à 12:37
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Les chiffres de Ric 35 sont rigoureusement exacts. On peut même ajouter qu'ils s'aggravent encore.

à écrit le 08/04/2014 à 21:19
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Tout ceci est sur une supercherie, ce sont les allemands qui dictent la politique monétaire et la parité de change à la BCE. Le preuve de la dépendance totale de la BCE c'est que ce sont les allemands qui ont malgré leur discours rigoriste à deux bal...

le 09/04/2014 à 1:44
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Pétainiste forcé cherche De Gaulle désespérément.

le 09/04/2014 à 6:17
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La BCE est independante de par les traites que tous ont accepte. La BCE est independante de meme que l'etait la Bundesbank. Et les objectifs de ces instituts sont la stabilite des prix. Les Allemands ne controlent pas la BCE et la politique monetaire...

le 09/04/2014 à 14:43
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C'est juste que les Allemand s'assurent que la BCE soit traité comme la Bundesbank : Rien faire en relance/dévaluation, pas d'EuroBond, pour garder l'Euro fort, comme était le DeutchMark. Sauf que nos politiciens découvrent que cette politique n'est ...

à écrit le 08/04/2014 à 20:10
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la dictature socialiste se mert en place aux europénnes agissont

le 09/04/2014 à 18:26
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Une dictature UMPSCENTRE.

à écrit le 08/04/2014 à 20:10
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Valls fait du vent pour faire croire que si la gauche gagne les européennes ça va changer quelque chose. Cette parole, parmi tant d'autres non suivies d'actes, est le prélude à l'argument que les gens doivent voter pour le ps afin que valls puisse me...

le 08/04/2014 à 22:27
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Tout à fait. Pas étonnant que les écolobobogéantverts ont voté la confiance dans l'optique de conserver leurs emplois fictifs au parlement européen...

à écrit le 08/04/2014 à 19:35
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La collaboration avec "cette Europe" implique que l'on fasse semblant pour conserver le statut et ne rien changer! Les élections sont là!

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