Pourquoi Mario Draghi ne parvient pas à faire baisser l'euro avec des mots

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Mario Draghi parle, mais doit regarder l'euro monter.
Mario Draghi parle, mais doit regarder l'euro monter. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le président de la BCE menace, menace, mais l'euro ne bouge guère. C'est que la politique d'austérité est un puissant soutien à la monnaie unique...

Mario Draghi aurait-il perdu sa « baguette magique. » Voici trois semaines que la BCE tente de faire baisser l'euro. Par des mots. Il y a eu la déclaration de la Bundesbank, le 25 mars, qui autorisait explicitement l'usage de l'assouplissement quantitatif. Puis, il y a eu les déclarations de Mario Draghi lors de sa conférence de presse mensuelle, le 3 avril, faisant du taux de change une des priorités de sa politique. Il y a eu enfin les déclarations de ce samedi qui montrait clairement la volonté de la BCE d'entrer dans le combat contre l'euro fort.

De Mandrake à Sisyphe

Rien n'y fait pourtant. L'euro baisse un peu après chaque déclaration, puis remonte. Lundi, l'euro est encore resté ferme. Il demeure, semble-t-il, coincé aux alentours de 1,38 dollar par euro. La méthode de l'été 2012 ne marche pas, cette fois. On se souvient qu'en juillet 2012, lorsque le président de la BCE avait prévenu qu'il sauverait l'euro « quoi qu'il en coûte » (« whatever it costs »), les marchés, effrayés par le simple verbe de Mario Draghi avait rapidement cessé de spéculer sur les dettes souveraines européennes. En quelques semaines, la crise financière européenne s'était apaisée.

Cette fois, la magie n'opère plus. Le Mandrake Draghi s'est mué en un Sisyphe contraint de répéter éternellement ses menaces. Avec un risque : que les menaces ne fassent même plus tomber l'euro comme la pierre de Sisyphe. C'est ce qui semble se dessiner ce lundi 14 avril… Pourquoi cette impuissance ? Tout simplement parce que la force de l'euro ne relève pas d'une erreur d'appréciation des marchés. C'est le fruit de la politique menée dans la zone euro depuis 2010.

Pourquoi l'euro est-il si fort ?

Les raisons de la force de l'euro sont assez bien résumées par le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer dans son interview publiée ce lundi dans Le Figaro. L'euro est très recherché parce que la zone euro dégage un excédent courant important. Autrement dit, elle exporte plus de capitaux qu'elle n'en importe. Ceci réduit mécaniquement la masse monétaire de la zone euro. Et comme la demande intérieure reste faible, la création monétaire par le crédit demeure faible. Deuxième raison juste avancée par Christian Noyer : les flux en provenance des émergents se sont dirigés vers la zone euro, en particulier vers les pays périphériques. Le succès du placement grec à 5 ans l'a prouvé une nouvelle fois. On comprend la situation : le monde cherche des euros et la zone euro n'en a guère à lui offrir. Le résultat va de soi : l'euro est intrinsèquement fort.

Des conditions économiques favorables à l'euro

Mais alors, la remarque de Christian Noyer dans la même interview est pour le moins étrange : « l'euro est anormalement fort. » En réalité, rien de plus logique. Car les conditions de la force de l'euro sont issues de la politique d'austérité menée par la zone euro depuis 2010. Quelle est le but de cette politique : la compression de la demande intérieure pour rendre la zone euro compétitive et tirer la croissance par les seules exportations. Autrement dit, soutenir l'excédent courant de la zone euro. Autrement dit, elle entraîne avec elle l'euro fort.

La stratégie de dévaluation compétitive soutient l'euro

Et cette stratégie a fonctionné au-delà de toutes les espérances. Les demandes intérieures des pays périphériques ont été réduites fortement. Le « credit crunch », l'effondrement de la distribution de crédits, est lié d'abord à ce phénomène qui conduit à la fois à la méfiance des banques vis-à-vis de la qualité des entreprises compte tenu de la conjoncture, et à une demande de crédits en recul compte tenu de l'effondrement de la demande. Or, sans crédits, pas de création monétaire. Parallèlement, la baisse des coûts induits par cette compression de la demande a conduit les pays de la zone euro à réduire leurs déficits courants, voire à dégager des excédents. Et comme l'Allemagne a continué à maintenir un excédent courant considérable (6 % de son PIB), puisqu'elle a refusé toute réelle « réévaluation interne », alors l'excédent de la zone euro, bâtie sur la compression de la demande, a soutenu l'euro fort.

La consolidation budgétaire et l'OMT aussi

Deuxième élément : la consolidation budgétaire. Ce mouvement a également un aspect positif sur le cours de l'euro puisque les émissions de dettes nouvelles sont plus rares. Or, la demande de dette souveraine de la zone euro est naturellement forte car ces dettes sont implicitement garanties, via l'OMT, le programme de rachat illimité de la dette, le bras armé du « whatever it costs. » Les dettes périphériques de la zone euro figurent parmi les plus attractives du moment, les succès des placements grecs, portugais et irlandais l'ont prouvé. La raison en est simple : la BCE a promis implicitement de tout racheter pour soutenir les taux malgré les effets négatifs de l'austérité. L'OMT, c'est une assurance de taux contre l'austérité. Ceci compense largement le peu d'enthousiasme pour la dette allemande qui est moins attractive, mais dont les placements vont se faire à terme plus rares puisque Wolfgang Schäuble vise l'équilibre budgétaire de l'Etat fédéral en 2015. Bref, l'euro donne envie et les occasions d'en acheter sont rares. Rien d'étonnant donc à ce qu'il soit fort.

Un retard économique, mais un euro fort.

Le fait que la zone euro soit en retard dans son cycle économique, comme le souligne Christian Noyer, ne dit rien de la force de la monnaie puisque, précisément, cette faiblesse de la croissance s'explique par la faiblesse de la demande intérieure, donc par une force qui soutient la rareté de l'euro. Mais l'on comprend que le gouverneur de la Banque de France qui soutient la politique de consolidation budgétaire rapide de la France ne puisse admettre ce fait évident : c'est bien l'austérité et ses conséquences qui raffermit l'euro.

Stopper la machine infernale ?

Pour affaiblir l'euro, il faudrait donc stopper cette machine infernale. Ce serait la méthode la moins risquée et la plus sage. Car plus l'euro est fort, plus la demande interne sera faible. Et plus l'euro sera fort. Compte tenu de la structure institutionnelle de la zone euro et de l'absence de prise de conscience des dirigeants, c'est peu probable que l'on puisse avancer sur ce point. On comprend pourquoi l'arme verbale est impuissante sur l'euro. On comprend aussi que la tâche de la BCE est très difficile : il lui faudrait agir massivement, au risque d'alimenter des bulles et d'inquiéter la Buba. Une chose en tout cas semble certaine : les demi-mesures ne fonctionneront pas.

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Commentaires
a écrit le 15/04/2014 à 15:20 :
On parle crise de l'Europe, on incrimine l'euro, on oublie la bulle immobilière qui a créé une crise financière. On incrimine les banquiers, ce n'est pas les seuls à faire des trous... D'où vient la législation de banques à 8%? Le résultat, on le voit en Espagne, c'est un double désastre...
a écrit le 15/04/2014 à 15:19 :
On parle crise de l'Europe, on incrimine l'euro, on oublie la bulle immobilière qui a créé une crise financière. On incrimine les banquiers, ce n'est pas les seuls à faire des trous... D'où vient la législation de banques à 8%? Le résultat, on le voit en Espagne, c'est un double désastre...
a écrit le 15/04/2014 à 15:15 :
On parle crise de l'Europe, on incrimine l'euro, on oublie la bulle immobilière qui a créé une crise financière. On incrimine les banquiers, ce n'est pas les seuls à faire des trous... D'où vient la législation de banques à 8%? Le résultat, on le voit en Espagne, c'est un double désastre...
a écrit le 15/04/2014 à 15:05 :
Très bon article. Félicitations à la Tribune et à M Godin.

Austérité + Euro fort = Allemagne. Ce pays est la puissance de la zone euro et impose son modèle. La France veut (peut ?) elle être à son niveau?
Réponse de le 15/04/2014 à 15:52 :
@Ghostly : révisez votre histoire, l'Allemagne n'a rien imposé, elle a fait un accord avec les dirigeants français qui voulaient qu'elle abandonne le Mark pour l'Euro. Les Allemands ont dit ok à la condition de fixer quelques règles de base (indépendance de la BCE, interdiction de prêter aux Etats, contrôle de l'inflation à 2% maxi, pas de contrôle du change). C'est bien à cause de nos dirigeants que nous en sommes là aujourd'hui. Si vous devez vous en prendre à quelqu'un en particulier, c'est Delors, Mitterrand et consort, qu'il faut viser. Et s'il faut faire quelque chose, c'est bien de voter pour le seul parti qui propose de sortir de l'UE, de l'Euro et de l'OTAN, soit l'UPR.
Réponse de le 23/04/2014 à 15:21 :
Impossible, vous êtes bien gentil avec votre sorti massive de toute organisation, vous. L'OTAN, c'est certain que la France peut en sortir. Mais L'UE et la zone euro, c'est strictement impossible, il faudrait plutôt que VOUS révisiez votre histoire et votre économie, la sortie de l'euro prônée par des fascos de droite comme de gauche (FDG et FN bien sûr) est une ABERRATION ! La France est liée à l'UE est à l'euro jusqu'à ce que mort s'en suive, la prochaine étape pour une meilleure coordination et une sortie de crise : le fédéralisme, et la création des Etat-Unis d'Europe. La France, l'Allemagne, aujourd'hui c'est la même chose, et pour éviter les querelles qui ralentissent tout procédé de relance, une seule solution, un état européen, avec un gouvernement, une monnaie, et une place de première puissance économique mondiale.
Cordialement,
Un citoyen européen.
a écrit le 15/04/2014 à 14:32 :
En France on coupe les cheveux en 4, on fait dans le mouton à 5 pattes tondu! On fait dans le crédit subprime et le suicide au travail! En Europe on rivalise de chômage et par l'euro on empire les choses. On fait des banskers qui font sauter leurs banques et qui font payer tout le monde. Combien d'actifs toxiques et de bureaux vides? On subventionne la croissance à crédit? On joue aux tulipomanias avec le logement! Elle est belle l'Europe et l'Endormie aussi! Le social pour les vieux, l'exclusion pour les jeunes! Il existerait un adage: des lions gouvernés par des ânes, pourquoi ça? si on réduit les régions, alots Titi tape grominet: bourrepif social de la société contre l'administration, coupons donc les tentacules!
a écrit le 15/04/2014 à 13:28 :
FIN de cet EURO , FIN de cette EUROPE RAS! RAS LE BOL!!
a écrit le 15/04/2014 à 11:59 :
vive l'euro qui est une chance pour la France ha ha ha ha
a écrit le 15/04/2014 à 11:57 :
Sortons vite de ce bourbier!!!!!!!! aux élections n'oubliez pas de voter.
Réponse de le 15/04/2014 à 13:26 :
"un peu! mon n'veu"! ça va flamboyer! NON ! au marasme subi depuis tant d'années!!
a écrit le 15/04/2014 à 10:53 :
En gros, la raison de l'€ fort, c'est la politique économique allemande d'austérité et de compétitivité appliquée (imposée..) à l'ensemble de l'UE, aggravée par les politiques monétaires expansionnistes des USA et du Japon, visant notamment à faire baisser leur monnaie vs l'€;
le paradoxe qd même, c'est d'arriver à dégager des excédents commerciaux, avec une monnaie si forte...ça il n'y a que l'Allge qui sait faire à priori.
et cela pousse tous les européens à réduire leurs coûts internes ( salariaux donc...) et leur demande interne comme expliqué ds l'article ;
je vois mal comment ça peut durer et marcher à plusieurs pays ce type de politique.
le jour (déjà le cas ?) où les demandes des pays européens pour les produits allds baisseront, le "modèle alld " sera sûrement à réviser (ça marche pour un seul pays, type "freerider" en fait).
a écrit le 15/04/2014 à 10:50 :
Il y a une CONTRADICTION DE FAIT entre vouloir un euro faible, et garantir les dettes d'Etat ! Cette garantie renforce considérablement l'attractivité de la zone euro. Elle fait donc MÉCANIQUEMENT monter l'euro/dollar. Inutile de chercher plus loin...
a écrit le 15/04/2014 à 10:38 :
l'ex de Goldman Sachs ... L'Europe est bouffée par les états unis et va en subir les conséquences par le manque de courage et l'irresponsabilité de nos politiques (que de nom...).
a écrit le 15/04/2014 à 9:24 :
Évident un euro fort, on se serre la ceinture, pendant que les us font marcher la planche a billet depuis des lustres, avec leur USD ils achètent des esclaves euros, facile..

Ils n ont pas d imprimerie a la BCE ou quoi?, tellement facile de le faire, et nous on pourrai desserrer d un cran.

A bon entendeur.
a écrit le 15/04/2014 à 1:38 :
L'Europe s'illustre par le chômage et l'incroissance, surtout chez les diplômés et ce avec les millions de chômeurs, plus que par milliers, on déplore la condamnation pour les fuites alors que nous sommes censés vivre dans des sociétés démocratiques, transparentes, qui rendent des comptes... d'effiscience en terme de dépenses. Reste la querelle des françois... mais duquel on parle?
a écrit le 15/04/2014 à 0:40 :
Est ce que nous ne consommons pas à cause de produits ne valant pas leurs prix? Un iphone à plus de 700€ en France et à 520€ (conversion $/€ et ajout des taxes) aux USA, des viandes entre 10 et 50€ en France et entre 4 et 17€ au Portugal (viande nationale à chaque fois) etc. Pourquoi acheter un véhicule pour rouler dans les bouchons, des parkings et parcmètres hors de prix. Le plaisir de se faire plumer n'est pas très français.
a écrit le 14/04/2014 à 22:03 :
À signaler que l’Italie qui est le pays d’origine de M. Mario Draghi ne va pas bien du tout aux dernières données publiées, celles du mois de février 2013. D’une part il y a encore une baisse de 0,5% de la production industrielle et d’autre part la dette publique italienne est passée au nouveau record de 2107,2 milliards d’euros, en hausse de 17,5 milliards sur une base mensuelle. Heureusement qu’il y a la perspective de blanches à billets de la BCE pour rassurer les marchés.
a écrit le 14/04/2014 à 19:54 :
Comme si les US allaient nous laisser gérer une quelconque politique... Et ils nous divisent pour mieux régner : bingo maximal.
a écrit le 14/04/2014 à 18:31 :
Parler pour ne rien dire ne sert à rien. Agir c'est mieux ! Mais pour cela faut-il vraiment le vouloir. Si tous ces pro européens avaient été compétents, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Donc moi, plus confiance.
a écrit le 14/04/2014 à 17:37 :
Parce que les mots ça ne suffit pas, il faut des actes. Il fait quoi super Mario? Il parle... Paroles, paroles, paroles....encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots... pour des maux toujours plus violents.
a écrit le 14/04/2014 à 16:00 :
A partir de ce constat, ce serait tellement simple de faire la planche à billet (QE) : argent gratuit pour les états surrendettés comme la France et zero risque d'inflation ...

Mais non, on est en Europe, donc les solutions les plus compliquées sont les meilleures...
Réponse de le 14/04/2014 à 16:43 :
Je partage votre point de vue mais malheureusement nous avons des banquiers centraux tres ideologues alors qu'USA ils sont plus pragmatiques.
Réponse de le 14/04/2014 à 17:33 :
le QE est une solution à double tranchant, la hausse de la dette qu'il crée va augmenter le risque de défaut sur les souverains, et surtout alourdir le coût du refinancement et in fine créer une hyperinflation due à la dévaluation monétaire, c'est une politique vouée à l'échec qui se termine dans le sang et les larmes à chaque fois qu'elle a été employée par le passé.
a écrit le 14/04/2014 à 15:27 :
Il n'arrive plus à faire baisser l'euro avec des mots. Mais ça à quand même fonctionné un bon moment. Il faut dire que la guerre des changes de nombreux pays est très agressive : QE / USA et surtout Japon. Il faut soit demander à nos partenaires de se calmer (se que commence à faire les USA) soit de faire nous même un QE avec des taux à 0.

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