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ÉconomieUnion européenne

Comment Berlin a sapé les espoirs de "flexibilité" budgétaire de Matteo Renzi

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 22 juillet 2014 à 12:26 - Mis à jour le 22 juillet 2014 à 12:56

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Depuis une semaine, Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, multiplie les interventions pour faire comprendre que la "flexibilité" sur l'application du pacte de stabilité promise lors du sommet européen du 27 juin est vide de sens. La défaite de Matteo Renzi semble désormais évidente.

A l'issue du sommet européen des 26 et 27 juin derniers, le président du Conseil italien Matteo Renzi avait salué une « victoire » de sa stratégie de croissance sur la logique austéritaire. Un cri de victoire qui était déjà un peu excessif lorsque l'on sait qu'il ne reposait que sur cette phrase des conclusions du Conseil : « Il faut aussi utiliser au mieux la flexibilité qu'offrent les règles actuelles du pacte de stabilité. » Déjà, il avait dû renoncer à modifier le mode de changement de ces règles, notamment en excluant les dépenses d'investissement.

Voile déchiré

Matteo Renzi n'avait donc obtenu qu'un rappel des règles existantes. Il avait feint d'y voir un succès en promettant une meilleure prise en compte de la croissance dans l'effort de consolidation budgétaire. Du reste, ces efforts devaient être soutenus par des programmes d'investissements publics de l'UE promis de façon fort vague par le Conseil.

Moins d'un mois plus tard, le voile est déchiré. A peine l'encre des conclusions du Conseil séchée que l'Allemagne et plusieurs de ses alliés traditionnels ont mis fin à toutes ces illusions. Par une série de déclarations, les dirigeants « du nord » ont rejeté jusqu'au terme même de « flexibilité. » Dès le 2 juillet, le premier ministre néerlandais Mark Rutte se vantait « d'avoir stoppé » les exigences franco-italiennes sur les règles budgétaires. Mais depuis quelques jours, l'offensive contre Matteo Renzi bat son plein.

Les règles, rien que les règles

Et c'est le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, qui mène la danse. Depuis une semaine, au rythme quasiment d'une interview par jour, il se livre à un pilonnage en règle de cette idée : il ne faut changer ni les règles, ni la pratique du pacte de stabilité. Le 15 juillet, dans une interview à la Badische Zeitung il explique : « Naturellement, il n'est pas bon de voir certains Etats-membres penser plus à la façon dont on peut élargir les règles plutôt qu'à celle de les respecter. Si les règles n'étaient plus valables aujourd'hui pour quelques Etats, alors ce ne serait pas compréhensible pour ceux qui ont fait des efforts par le passé. » Autrement dit, tout le monde doit être pendu à la même potence de l'austérité... Si l'on a fait souffrir les Grecs ou les Espagnols, pourquoi épargner Italiens et Français ?

Trois jours plus tard, dans Le Monde, le même Wolfgang Schäuble défend la politique menée jusque là et refuse toute alternative. « Les pays qui ont encore des difficultés sur le plan économique les ont parce qu'ils n'ont pas résolu leurs problèmes structurels. Il n'y a pas à choisir entre austérité et croissance », affirme le ministre en prenant pour exemple les pays qui ont pratiqué cette austérité et « qui vont mieux. » Et de conclure : « ce n'était pas facile mais c'était le bon chemin. » Là encore, pas question donc de considérer que la politique d'austérité massive menée dans le sud de l'Europe a été un échec (même si l'on notera que Wolfgang Schäuble se garde bien de citer le cas de la Grèce !).

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La veille à Berlin, le même Wolfgang Schäuble avait déjà affirmé que « les règles ne sont pas le problème, ce sont la solution. » Aussi insiste-t-il pour que les pays qui ont tenté de promouvoir un changement de ses règles rentrent dans le rang. Il demande donc à l'Italie « plus de réformes structurelles. » Il le répète le 19 juillet sur Deutschlandfunk : « les réformes structurelles créent plus de croissance. »

Pas de temps en plus pour la France

Pour être le plus clair possible, Wolfgang Schäuble traduit concrètement ce qu'il faut attendre de la flexibilité promise à Bruxelles le 27 juin. Dans son interview sur Deutschlandfunk, Wolfgang Schäuble refuse ainsi tout délai supplémentaire pour la France. « La France a déjà eu par deux fois plus de temps. Ce débat nuit à la confiance. » Même son de cloche dans l'interview accordée aux Echos et au Handelsblatt parue lundi 21 juillet (la quatrième en six jours !) avec Michel Sapin : « le débat sur une nouvelle interprétation n'aide pas à surmonter la crise de confiance. » Bref, la France ne doit pas compter sur la bienveillance de la prochaine Commission. Pas davantage que quiconque, du reste. Le 19 juillet, le nouveau commissaire aux Affaires économiques et monétaires Jyrki Katainen - qui remplace provisoirement Oli Rehn élu au parlement - évoque une volonté de « trucage » du pacte et affirme qu'il est « dangereux de parler de flexibilité. » Autrement dit, ce sont les conclusions du Conseil européen qui sont « dangereuses ! » Au final, la « victoire » de Matteo Renzi s'apparente davantage à un Caporetto (l'équivalent italien de Waterloo en 1917).

Le choix crucial du Commissaire

Mieux même, pour sanctionner cette confirmation de la rigueur, Wolfgang Schäuble est à la manœuvre concernant le choix du futur commissaire aux Affaires économiques et monétaires qui sera chargé d'interpréter les « règles. » Lundi dans les Echos et le Handelsblatt, il affirme que le futur commissaire ne devra pas forcément être un socialiste, comme l'avait promis Jean-Claude Juncker. Jyrki Katainen ou l'Espagnol Luis de Guindos, tous deux intransigeants orthodoxes sur le plan budgétaire, restent donc en lice. A la différence de Pierre Moscovici, « l'ami » de Wolfgang Schäuble qui lui a glissé quelques peaux de bananes sous les pieds tout en le couvrant d'éloges. Jeudi et vendredi, le ministre allemand des Finances a indiqué que la nomination d'un Français serait un « mauvais signal », autrement dit le signalement d'un relâchement dont le gouvernement fédéral allemand ne veut pas.

Paris cède...

L'attitude de Paris reste ambiguë et lui fait donc perdre toute consistance. Selon Paris Match, Elisabeth Guigou serait préférée à Pierre Moscovici et ne réclamerait pas de poste économique. Une bonne nouvelle pour Berlin. Globalement, la France semble mal à l'aise, prise au piège entre son alliance du mois de juin avec Matteo Renzi et sa volonté d'afficher son alignement sur l'Allemagne pour ne pas effrayer les marchés (qui, du reste, ne le sont guère, le taux français à 10 ans restant historiquement bas). D'où ces circonvolutions byzantines de Michel Sapin qui demande que l'on trouve le « bon timing » pour la réduction des déficits après avoir assuré qu'il ne « quémande pas encore un peu de temps. » Ou bien cette affirmation : « le mot interprétation [du Pacte de stabilité] est dangereux et peut donner lui-même lieu à interprétations. » Du grand art qui cache mal une indécision dont profite l'Allemagne qui peut ainsi pousser son avantage face à Rome.

Résistance italienne

Pour le moment, l'Italie semble vouloir tenir sa ligne. Cependant, le secrétaire d'Etat italien aux affaires européennes, Sandro Gozi, a répondu à Jyrki Katainen que « ce n'était pas lui qui décidait » des choix budgétaires italiens. Et ce mardi 22 juillet, le ministre des Finances, Carlo Padoan, a à nouveau demandé que l'on applique le pacte de stabilité « dans une perspective de long terme » et que l'on trouve de quoi « motiver les pays à entreprendre des réformes structurelles. »

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La résistance italienne risque pourtant de se heurter à la détermination allemande, aidée par les hésitations françaises. Il y a donc fort à parier que Berlin devrait réussir à imposer - notamment grâce au choix d'un commissaire orthodoxe - le maintien de la stratégie qui a été appliquée jusqu'ici : priorité à la consolidation budgétaire et aux réformes structurelles. Quel qu'en soit le prix. Il sera toujours possible de se cacher derrière le fameux plan de relance de 300 milliards d'euros sur 5 ans promis par Jean-Claude Juncker et qui semble aussi évanescent que son prédécesseur, le « pacte de croissance » de 2012 voulu par François Hollande...

Romaric Godin

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