La longue histoire des obligations perpétuelles

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On trouve encore de la rente perpétuelle en Inde, en Chine ou encore en Australie. Et peut-être bientôt... en Grèce.
On trouve encore de la rente perpétuelle en Inde, en Chine ou encore en Australie. Et peut-être bientôt... en Grèce. (Crédits : Cocole)
Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a proposé de convertir une partie de la dette hellénique en dette perpétuelle. Un instrument qui a une longue histoire.

Si la proposition grecque de convertir une partie de la dette en obligations perpétuelles se concrétise, ce sera le grand retour d'un instrument financier jadis dominant et progressivement tombé en désuétude. Rappelons son fonctionnement très simple. L'investisseur verse un capital à un débiteur. Ce dernier n'a pas à rembourser ce capital, le prêt est perpétuel. En revanche, il doit verser chaque année un intérêt calculé sur le principal (devenu fictif). Le créancier refuse donc le stock en faveur du flux, lequel est versé, en théorie, à perpétuité.

L'invention de la rente perpétuelle

L'ancien régime avait largement recours à ce type d'emprunts, auquel il fallait cependant ajouter des rentes viagères (où les intérêts étaient versés à vie) et les emprunts à très court terme (la « dette flottante). Les premières obligations perpétuelles françaises furent émises en 1522 par la municipalité parisienne pour le compte du roi. Cet instrument avait été choisi pour contourner l'interdiction de l'usure faite aux catholiques par la papauté. Le renoncement au capital du créancier permettait de rendre religieusement acceptable cette mesure.

Rapidement, les « rentes de l'hôtel de ville » devinrent un pilier du financement de la monarchie. Les autres Etats suivirent, notamment le Royaume-Uni qui, en 1751, émirent les premiers « consols » à 3 % (consolidated annuities) qui deviendront au cours du 19ème siècle le baromètre de l'activité financière mondial, une sorte « d'indice Dow Jones » de l'époque. 42 ans plus tard, en 1793, le conventionnel Pierre-Joseph Cambon créé le « grand livre de la dette publique » qui unifie l'ensemble des engagements de l'Etat sous la forme de rente perpétuelle à 5 %. Deux tiers de cette rente seront annulées en 1797.

« L'âge d'or de la rente »

Le 19ème siècle est l'âge d'or de la « rente. » C'est le placement le plus recherchée par la bourgeoisie triomphante. Quiconque à un capital le place en rente et l'on ne mesure plus sa fortune qu'en regardant les sommes que l'on détient en rentes à 5 %, autrement dit non pas le capital placé, mais les intérêts versés par l'Etat. Balzac introduit souvent ses personnages en indiquant qu'ils ont cent ou deux cents mille francs « de rentes », autrement dit qu'ils reçoivent cette somme en intérêt de l'Etat chaque année.

Coûteuses

Le problème est que ces obligations se sont rapidement révélées fort coûteuses pour l'Etat compte tenu des intérêts servis et du fait que, pour les grandes puissances économiques, les sommes devaient être versées en or. Rapidement, donc, on a été tenté de réduire cette charge en modifiant le montant des intérêts versés. De deux façons. D'abord en émettant des rentes perpétuelles à plus faible rendement. Ainsi, en 1825, à la grande fureur de Chateaubriand qui y perdra sa place de ministre des Affaires étrangères, le Comte de Villèle a émis de la dette perpétuelle à 3 % pour financer l'indemnité qui sera versée aux émigrés (le fameux « milliard des émigrés »). Cette « rente à 3 % » devint rapidement l'instrument d'émission favori, puis dominant, de l'Etat français.

La « conversion des dettes »

L'autre moyen de réduire le coût de la dette, c'est la « conversion des dettes », autrement dit l'abaissement de l'intérêt versé. C'était évidemment une forme de défaut puisque l'Etat brise son engagement de verser l'intérêt promis. Les rentiers voient alors leurs revenus baisser d'autant. Durant la monarchie de Juillet, en 1836, alors que la rente était au plus haut à la Bourse (à plus de 20 % au-dessus du pair), le ministre des Finances Georges Humann tenta de convertir les rentes 5 % en rentes à 4,5 %, c'est-à-dire de les aligner sur l'intérêt du marché. La proposition fit scandale et déclencha de vives discussions à la chambre. Le roi Louis-Philippe, ne voulant pas effrayer la bourgeoisie, décida de renoncer à ce projet. Néanmoins, après la révolution de 1848, le gouvernement républicain, au bord de la banqueroute, pratiqua cette même conversion. Progressivement, toute la dette fut convertie en rente 3 % avant la première guerre mondiale. Même le Royaume-Uni convertit en 1888 le consol à 3 % en dette à 2,25 %. Bref, cette rente perpétuelle n'est pas une garantie absolue pour l'investisseur.


La fin de l'âge d'or

Après la première guerre mondiale, les évolutions monétaires et le poids de la dette publique découragea les émissions de nouvelles dettes perpétuelles qui peinèrent à trouver preneur parmi des rentiers ruinés par l'inflation. On émit alors de la dette amortissable, autrement dit au capital remboursable. La gestion du service de la dette en était optimisée : en cas d'amélioration des finances publiques, on pouvait plus simplement réduire le poids de la dette, et, sinon, on pouvait profiter de l'évolution des taux et de celle de l'inflation. Après la seconde guerre mondiale, la rente perpétuelle cessa d'être un instrument privilégié d'émission monétaire. Les investisseurs souhaitaient désormais retrouver leurs capitaux et ne voulaient plus être les victimes passives de rentes qui pouvaient être converties à chaque instant. En France, la dernière rente à 3 % fut supprimée en 1982. Bref, la rente perpétuelle est rarement « perpétuelle. » Certes, au Royaume-Uni, il demeure des consols à 2,25 %, qui représentent une part minime de la dette publique, mais Londres a annoncé vouloir rembourser les consols à 4 % cette année. Ailleurs, on trouve encore de la rente perpétuelle en Inde, en Chine ou encore en Australie. Et peut-être bientôt... en Grèce.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2015 à 18:50 :
Dans une europe où la population n'augmente plus et se met même à viellir, le principe même de la dette n'est pas tenable, car il suppose une augmentation continue des recettes fiscales, toute l'europe va finir communiste à cause des allemands.
Réponse de le 05/02/2015 à 19:06 :
Alors autant je partage votre analyse autant votre conclusion me semble bizarre... Plus on est vieux plus on vote à droite déjà et les allemands viennent d élire Merkel pour la 3ème fois...de plus, plus on est vieux plus on a de patrimoine et moi des rentiers communistes j en connais pas...non pour moi on va vers une démocratie geroncatrique bien de droite, c est à dire bien conservatrice, bien fermée et flippée de tout.
a écrit le 05/02/2015 à 18:03 :
le probleme ce n'est pas tellement la dette grecque que l'on cherche à annuler sans le dire, mais surtout la dette future de ce gouvernement
a écrit le 05/02/2015 à 17:11 :
sisi il y a encore une dette perpétuelle en France et c'est le livret A, qui existe depuis Napoléon (il me semble), et l'assurance vie Euro, mais c'est plus discutable compte tenu de l'ancienneté, mais on y va tout droit.,
a écrit le 05/02/2015 à 13:35 :
Grèce = vivre sans Troika aux frais des contribuables européens pour ....l´éternité ! Non je ne rève pas.
a écrit le 05/02/2015 à 12:15 :
le ministre de l'économie grec connait bien l'histoire financière française.... et allemande.
a écrit le 05/02/2015 à 11:56 :
à ce jour les prêts à la Grèce sont à 0,5% sur 40 ans , c'est déjà un prêt éternel ! que peut on faire de mieux ? RIEN ! qu'ils fassent leurs réformes , et qu'ils fassent payer des impôts à tous ces riches : armateurs , milliardaires, église , qui ne payent rien , avec ça ils pourront rembourser
a écrit le 05/02/2015 à 11:42 :
Une dette, ça n'a vraiment de sens que si on profite de l'objet financé. Je profite aujourd'hui, je paie demain.
Je ne vois pas comment on va expliquer aux arrières-petits-enfants de M. Tsipras qu'ils paient n% par an pour les seuls intérêts des investissements de Papy en 2015, depuis les ponts se seront écroulés, les écoles auront été détruites et les aéroports remplacés.
Réponse de le 05/02/2015 à 17:20 :
l investissement dans les infrastructures ou dans le système scolaire ont des avantage à très long terme pour la croissance potentielle. A mon sens, ce qui pose problème sans doute là ba (mais je ne connais pas assez la Grèce) et en tout cas chez nous, ce sont les dépenses sociales non financés, retraite et maladie les 2 postes énormes. A quoi bon faire des déficits abyssaux pour des prestations dont même nos trentenaires ne profiteront pas? C'est du vol pur et simple.
a écrit le 05/02/2015 à 10:41 :
Petite remarque : on ne rembourse pas une rente perpétuelle par définition, on la rachète (d'autant plus chère que le taux d'intérêt de l’État est bas) ou on la sert (on ne verse que des intérêts sans jamais amortir le capital initial). Dans l'hypothèse de perpétuité réelle (confiance absolue et stabilité des prix), la valeur actuelle d'une rente est égale à l'intérêt annuel divisé par le taux annuel actuel. Si le taux en plus est stable, la valeur de la rente est stable et égal au montant prêté. Le créancier reçoit alors de l'argent tout en conservant la valeur avancée. Si le public anticipe une cessation de paiement, la valeur baisse, ce qui se répercute proportionnellement sur le taux d'intérêt. Dans une société pratiquement sans inflation ni déflation, c'était un instrument financier très intéressant et très lisible.
Réponse de le 05/02/2015 à 17:14 :
petit commentaire, moi je préfère qu'on impose les rentiers plutôt que de leur verser des intérêts avec mes impôts. Par ailleurs je souhaite plus d'inflation pour tuer les rentiers et favoriser les entrepreneurs. Chacun voit midi à sa porte, c'est pourquoi on vote :-)
Réponse de le 05/02/2015 à 22:00 :
Vous voulez tuer les rentiers,... la finance, c'est votre ennemie !!? Sauf qu'un entrepreneur a besoin de financement pour pouvoir investir : pour ça, il a besoin...de finance, donc de prêteurs, que vous les appelez rentiers ou autrement !! F.Hollande est rapidement revenu sur sa position. Manifestement il vous faut un peu plus de temps pour comprendre... !!
Réponse de le 06/02/2015 à 19:02 :
Ce dont l'entrepreneur a le plus besoin c'est de client solvable, donnez moi un marché solvable et je trouverai de l'argent!
a écrit le 05/02/2015 à 9:28 :
Ce type de dette est associée à une inflation quasi nulle. Le taux d'intérêt étant constant. Les taux d'inflation important en Europe continnetale après la 1ere guerre mondiale ont permis aux états de supprimer rapidement la dette publique sans avoir à la rembourser. Ce que n'a pas fait le RU qui a rémunère toujours des fameux "consols", qui reviennent dans l'actualité. Dans le contexte d'inflation actuel, basse ou élevée suivant la politique de la BCE, le mécanisme de rémunération devrait être assez complexe mais certainement pas attractif, et donc c'est une vente forcée aux autres états européens et à la BCE. Donc une aide directe à la Grèce sans que celle ci ne fasse immédiatement défaut. Ce sera un défaut étalé sur la durée décidée par l'Europe. Si d'autres états s'engouffrent dans la brèche ce sera un mécanisme pour faire baisser durablement l'Euro.
a écrit le 05/02/2015 à 9:28 :
Cet article sur l'histoire des obligations perpétuelles m'a passionné.
@latribune : En revanche, le nombre élévé de fautes d'orthographe, de grammaire et de typographie m'a déconcentré ! Si vous avez besoin des services d'un secrétaire de rédaction et éditeur multimédia, me contacter ici : https://twitter.com/tmonereau

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