La Suède instaure un taux de refinancement négatif

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Le siège de la Riksbank, la banque centrale suédoise, à Stockholm.
Le siège de la Riksbank, la banque centrale suédoise, à Stockholm. (Crédits : Reuters)
La banque centrale suédoise a décidé de mettre en place un taux de refinancement négatif de 0,1 % et un vaste programme de rachat de dette publique.

En termes de politiques monétaires, la Suède est décidément très créative. C'est là en effet que la première banque centrale de l'histoire a été créée en 1668. Et c'est là que ce jeudi 12 février 2015, cette même Banque de Suède (Sveriges Riksbank) a instauré un taux négatif de refinancement de 0,1 %. Cette fois, la Suède n'a pas inventé cette mesure : elle a été utilisée par la Banque Nationale Suisse (BNS) (il est actuellement à -0,75 %), mais le mouvement a surpris tout le monde car il est très rare.

L'arme atomique de la Riksbank

On connaît les taux de dépôt négatifs qui font payer aux banques qui veulent déposer des fonds auprès des banques centrales. Il est utilisé désormais très largement. La BCE impose ainsi une « taxe » de 0,20 % aux dépôts. Au Danemark, ce taux est de -0,75 %, en Suède, il est de -0,85 %. Logiquement, les observateurs s'attendaient à ce que la Riksbank aille plus loin encore dans le taux de dépôt négatif. Elle a préféré une autre voie : un taux de refinancement de -0,1 %. Autrement dit, lorsqu'une banque viendra demander 100 couronnes à la Riksbank, elle repartira avec 10 öre les centimes suédois de prime (plus exactement, elle remboursera 99,9 couronnes, ce qui, au total, lui permettra de dépenser les 100 couronnes empruntés en lui laissant une prime de 10 öre, les centimes suédois). C'est donc de la véritable création monétaire ex nihilo sans contrepartie, une arme bien plus puissante que l'assouplissement quantitatif (QE) qui, in fine, est neutre, puisque la dette rachetée doit être remboursée. Ceci dit, la Riksbank a aussi annoncé un QE : un programme de rachat de 10 milliards de couronnes (environ 1,04 milliard d'euros). Et la Riksbank promet qu'elle est prête à faire plus, si nécessaire.

Le problème monétaire

La problématique suédoise est aujourd'hui principalement celle de sa monnaie. La couronne suédoise, depuis 2002, évolue librement sur le marché des changes. Compte tenu de la forte croissance du pays et de sa solidité financière, beaucoup d'investisseurs voient dans la monnaie suédoise une position de repli pour se protéger contre la baisse de l'euro. Le risque est donc de voir la couronne s'apprécier fortement. Après l'annonce de l'assouplissement quantitatif de la BCE, le 22 janvier dernier, la couronne suédoise avait gagné jusqu'à plus de 2 %, avant de revenir à son niveau d'avant cette annonce. Pourquoi alors avoir agi aussi fortement alors que la couronne n'est pas sous pression ?

La situation économique

La Riksbank ne veut prendre aucun risque. Certes, la croissance du pays est forte : 2,3 % au troisième trimestre, sans doute 2,7 % cette année, selon la banque centrale et 3,3 % en 2016. Mais le moteur des exportations reste à l'arrêt et le risque est qu'en cas de forte appréciation de la couronne, les exportations suédoises perdent du terrain. A cela s'ajoute une deuxième donnée : l'inflation. En janvier, elle était sur un an, à - 0,3 %. Si ce taux reste durablement négatif, les marges des entreprises demeureront sous pression et la croissance suédoise reste (relativement à sa force) peu créatrice d'emploi, le taux de chômage demeure à 7,8 %. La Riksbank ne peut donc, là non plus, ne prendre aucun risque.

Guerre des monnaies ?

Dernier élément qui explique le choix : la guerre des monnaies. Chacun tente « d'exporter » chez l'autre sa déflation en dépréciant sa monnaie. La BCE veut peser sur l'euro. La banque nationale suisse (BNS) a levé son taux plancher, mais tente désormais de stopper l'appréciation du franc par des interventions ponctuelles et une politique très agressive de taux négatifs. Le Danemark a fait savoir qu'il défendrait coûte que coûte l'ancrage de sa couronne sur l'euro et la banque centrale danoise a déjà pris des dispositions en ce sens. Bref, la Riksbank avait toutes les raisons de penser que la couronne suédoise était la prochaine position de repli des investisseurs. Elle a voulu frapper fort pour les décourager.

Pari réussi ?

Sera-ce efficace ? La Riksbank a, en tous cas, placé la barre très haut. Et l'euro, après l'annonce gagnait près de 1,2 % et passait les 9,6 couronnes, du jamais vu depuis août 2010 ! Dans l'immédiat, le pari semble donc réussi, compte tenu de l'effet de surprise.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2015 à 18:47 :
Vous recommencez avec vos taux négatifs qui ne peuvent pas exister... Vous devriez vraiment vous mettre aux mathématiques. Le CP devrait suffire ! Et pour les intérêts que le préteur devra donné tout les ans, ça se passe comment? Et l'emprunteur rembourse comme vus que chaque années si il ne rembourse pas il gagne plus d'intérêts que si il rembourse, de plus plus il emprunte et plus il touchera d'intérêts... Ou puis je faire un emprunt de quelques milliard? En les plaçant et avec les intérêts que le préteur me donnera tous les ans je devrais bien vivre...

Vos article sur les intérêts négatifs sont vraiment lassant et absurdes !
Réponse de le 13/02/2015 à 6:09 :
Prenez quelques cours d'économie au lieu de prendre les gens pour des imbéciles et d'affirmer n'importe quoi.
Ainsi ce que vous ne comprenez pas ne peut exister...vive l'inquisition...
Et bien si, les taux négatifs existent
Réponse de le 13/02/2015 à 23:35 :
En effet, les taux négatifs sont possibles et pratiqués. Les banques centrales suisse et suédoise payent les emprunteurs. Regardez dans le passé et vous trouverez d'autres occassions de taux négatifs.
Aller, énervons @latribute encore plus: le comptes bancaires négatifs existent aussi.
Réponse de le 14/02/2015 à 17:42 :
Ou puis je en contracter un? Que je ne rembourserais bien évidement pas, ce seront les intérets versé chaque année qui s'en occuperont...
Réponse de le 14/02/2015 à 17:52 :
Si c'est vrai je comprends mieux pourquoi l'économie et le monde vont si mal...
a écrit le 12/02/2015 à 15:24 :
Les pays européens hors zone euro ont une monnaie "indépendante" qui est forcément "collée" à l'euro. Leur survie économique en dépend, car leurs échanges commerciaux primordiaux se font avec la zone euro. Ils ont donc à gérer la valeur de leur monnaie pour optimiser leurs échanges. Tant que personne en spécule trop fortement sur leur monnaie (aujourd'hui c'est plutôt sur les obligations en euros que ça se passe) ils peuvent, comme la Suisse, et maintenant la Suède être créatifs. Lors de la prochaine tempête, lorsque les capitaux qui spéculent sur les obligations en euro seront de nouveau disponibles, ils va leur falloir beaucoup plus de créativité. Il y aura le choix : livre, couronne, franc, ...

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