Croissance européenne : la reprise, oui mais...

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L'économie européenne a progressé de 0,3 % au troisième trimestre
L'économie européenne a progressé de 0,3 % au troisième trimestre (Crédits : © Agencja Gazeta / Reuters)
La croissance de la zone euro a atteint 0,3 % au quatrième trimestre 2014. Un léger redressement qui n'augure pas forcément d'une poursuite du mouvement.

Les chiffres de la croissance dans la zone euro au quatrième trimestre sont bons, parfois même très bons. Partout, à quelques exceptions près, la croissance se redresse. Au final, le chiffre pour la zone euro atteint 0,3 % (après 0,2 % au trimestre précédent). Nul ne s'en plaindra, d'autant que ce léger redressement intervient après une année en dents de scie et que, globalement, la croissance européenne demeure fort peu dynamique. Sur un an, la hausse n'est que de 0,9 %. Au premier trimestre, la hausse annuelle était de 1,1 %...

Une reprise à relativiser

Faut-il pour autant crier à la « reprise » comme on l'entend partout ? En réalité, la reprise a commencé depuis le deuxième trimestre 2013, moment où la longue contraction de huit trimestres du PIB s'est arrêtée. Depuis la croissance de la zone euro évolue entre 0,1 % et 0,3 %. Le chiffre de ce quatrième trimestre 2014 n'a donc rien d'exceptionnel. Le fait que les attentes des économistes et que l'on ait gagné deux points de pourcentages depuis le deuxième trimestre ne doit donc pas dissimuler cette réalité. La zone euro est simplement revenue en fin d'année à son rythme de croissance, faible, du début de l'année...

Moteurs de la croissance

Les composantes de cette croissance ne sont pas encore connues. Néanmoins, les économistes de BNP Paribas estiment que c'est la consommation des ménages qui aurait apporté l'essentiel de la progression. Ce redressement des dépenses des ménages s'expliquent par deux éléments : la faible inflation qui, sous la pression des prix de l'énergie, s'est muée en recul des prix au cours du trimestre. Comme toujours dans de tels cas, le pouvoir d'achat en profite immédiatement et la consommation suit. D'autant que le consommateur allemand s'est montré très dispendieux en cette période de Noël et qu'au sud du continent, l'étreinte de l'austérité a commencé à se défaire lentement.

L'autre moteur de cette reprise, ce sont les exportations. Avec un facteur déterminant : la baisse de l'euro. La monnaie unique a évolué au cours du quatrième trimestre entre 1,25 et 1,21 dollar contre 1,36 et 1 ,31 dollar au cours du trimestre précédent. Cette amélioration de la compétitivité prix ajoutée à un effet de rattrapage de certaines commandes gelées au cours du printemps et de l'été au plus fort de la crise ukrainienne ont donc soutenu cette croissance des exportations.

Eclatement géographique

Pour autant, il faut remarquer que la croissance n'est pas uniforme dans l'union économique et monétaire et, pire, les divergences semblent se creuser. En tête de peloton, l'Allemagne (+0,7 % sur le trimestre) et les Pays-Bas (+0,5 %) profitent à la fois de la reprise des exportations après le creux du deuxième trimestre et de la solidité de leur consommation. Même constat pour deux pays anciennement sous programme, l'Espagne (+0,7 %) et le Portugal (+0,5%). Le premier a profité de sa dévaluation interne pour prendre des parts de marché sur les produits à faible valeur ajoutée. Le second est très dépendant du premier.

Mais, à la différence du deuxième trimestre, trois pays sont retombés en contraction : la Grèce (-0,2 %), la Finlande (-0,3 %) et Chypre (-0,7 %) qui connaît ainsi un quatorzième trimestre de contraction de sa richesse nationale ! Enfin, Italie (0 %), la France et l'Autriche (0,1 %) connaissent une croissance nulle ou quasi-nulle.

La dynamique se poursuivra-t-elle ?

Les économistes estiment que le mouvement de reprise pourrait encore s'accélérer. Et certes, l'inflation faible et l'euro faible devraient devenir continuer à perdurer dans les mois à venir. Une révision à la hausse des perspectives de croissance pour l'an prochain devrait intervenir dans les prochaines semaines. Mais il faut prendre garde aux excès d'enthousiasme qui ont déjà été monnaie courante au cours des trimestres précédents (à la mi-2013 ou au début de 2014, par exemple). Car la reprise européenne est menacée par plusieurs dangers.

Atonie de l'investissement

Le premier est celui de la poursuite d'une atonie de l'investissement. L'inflation faible a certes, dans un premier temps, un effet positif sur la consommation. Mais elle pèse sur les marges des entreprises en leur ôtant tout « pricing power. » A terme, et si cette inflation faible, voire négative, persiste, les entreprises vont devoir, au mieux, remettre à plus tard leurs investissements ou, du moins, les freiner. Or, l'investissement est toujours le maillon faible de la croissance de la zone euro. C'est l'élément qui l'empêche de quitter les basses-eaux où elle végète depuis le printemps 2013.

Une demande externe incertaine

Ceci est d'autant plus important que la demande reste peu dynamique. La demande externe est certes dopée par l'euro faible, mais la croissance du commerce mondial sera sans entrain cette année, notamment parce que la croissance chinoise devrait ralentir et que les émergents sont un relai de croissance peu fiable. La guerre des monnaies offre donc plus de parts de gâteau à l'Europe, mais le gâteau ne grossit pas réellement. Surtout, nul ne sait comment va évoluer cette guerre des monnaies. La Fed va-t-elle, face à une BCE agressive, tenter de freiner l'appréciation du dollar ? Jusqu'où les autorités américaines peuvent-ils accepter la baisse de l'euro ? Voici un pilier de la croissance européenne qui semble bien fragile.

Concurrence interne forte

De même, au sein de l'UEM, la concurrence semble forte. L'Allemagne, on le sait, est une locomotive bien peu dynamique. On l'a vu au cours de ce dernier trimestre 2014, comme on l'avait vu au cours du premier trimestre : avec 0,7 % ou 0,8 % de croissance trimestrielle en Allemagne, on n'extrait « que » 0,3 % de croissance de la zone euro. La zone euro profite peu de la hausse de la consommation allemande et de moins en moins de celle des investissements. Parallèlement, les politiques de dévaluation interne de l'Espagne mettent la pression sur la France et l'Italie. Les gains de part de marché espagnoles se font souvent au détriment de ces deux pays qui, pour réagir, vont devoir, eux aussi, « ajuster. » Il leur en effet impossible de lutter désormais sur des gammes plus haute, là où l'Allemagne occupe une position dominante. Ces luttes pour la compétitivité par la compression de la demande interne pèseront sans doute dans l'avenir sur la croissance européenne. D'autant que, on l'a vu, les parts de marché seront difficiles à gagner à l'export et que les deuxième et troisième économies de la région sont concernées... Or, les agents économiques de ces pays savent que cet ajustement est encore à venir, ce qui devrait les inciter à la prudence.

Au final, cette reprise semble décidément bien poussive et fragile. Au reste, si la BCE a lancé le 22 janvier une offensive pour redresser les anticipations d'inflation, c'est qu'elle sait que la dynamique est faible et qu'il faut la soutenir. L'assouplissement quantitatif n'a d'autres objectifs réels que de maintenir l'euro bas et de permettre une transmission de la dynamique des exportations aux investissements.

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Commentaires
a écrit le 18/02/2015 à 17:56 :
Au sujet de la croissance, il se trouve que la production française toutes céréales oscille selon les années entre 60 et 70 millions de tonnes. Alors que les cours du blé sont élevés, entre 190 et 260 euros la tonne, que le commerce mondial passe de la campagne 2004/2005 de 211,9 à 292,6 millions de tonnes en 2013/14, soit une augmentation moyenne de 8,1% par an, pensez-vous que la France bénéficie des opportunités de ce marché en croissance rapide alors que nous passons de 2ème à 5ème producteur agricole mondial, derrière l’Allemagne qui exporte par exemple du cheddar en Asie et que notre production de fromage sur 10 ans perd 1%.
Comment expliquer que la bourse de Paris vers 4500-5000 points n’a pas dépassé le niveau d'avant crise alors que le Dax l’a dépassé vers 9900 ?
a écrit le 17/02/2015 à 23:39 :
C’est amusant l’Europe, on y prône que moins on travaille, plus on gagne… la richesse par habitant se réduit, gel des salaires, hausses du chômage, c’est un système bourreau de jeunes…
L'incurie administrative!
a écrit le 17/02/2015 à 11:41 :
Là , je donne à manger à mes cochons. Comme vous le savez , je suis une femme de tête du Minnesota.
Je n'ai peur de rien. Mes ancêtres ont fait le Far-West.
J'ai deux Winchester à la maison.
Vous savez quoi ? Moi , je vais tirer quelques cartouches , en France. Dans LVMH et Publicis.
ça mange pas de pain.
a écrit le 16/02/2015 à 7:37 :
vous etes sur que vous ne prefereriez pas dire ' suite a son intransigeance face a la grece, l'allemagne a genou finit en dessous de tout, elle ferait bien de devenir m'enfoutiste' ?
a écrit le 15/02/2015 à 23:00 :
Malgré les quelques défaitistes usuels, la reprise devrait enfin s'installer: on a eu une véritable crise du pétrole + une crise financière, le tout sur fond de mondialisation qui a bouleversé les échanges ces 10 dernières années: a un moment on finit bien par en sortir, comme à contrario les périodes positives ne sont jamais éternelles. La baisse du pétrole donner du pouvoir d'achat rapidement à une partie importante de la population, et notre fric sert alors à l'activité économique et pas à enrichir les émirs obscurantistes. Je suis particulièrement optimiste pour les 2 ou 3 prochaines années, reste à voir si nos mollassons politiques vont s'empresser de dépenser l'argent qu'ils n'ont pas encore ou s'ils vont commencer par desserrer l'étau fiscal, ce qui aurait pour mérite d'accélérer encore plus le décollage de l'économie.
a écrit le 15/02/2015 à 21:17 :
La "croissance" n'intéresse que les plus riches. Car ils peuvent encore espérer nous pomper plus. Hors, ils ont TROP pompé le réel. La balle dans le pied...
a écrit le 15/02/2015 à 21:12 :
Mr l’instituteur, l’Etat ne fait-il pas dysfonctionner la société ? Les baissent puisque le gel est annoncé jusqu’en 2017, mais le déficit augmente à 4,4% en 2014 et annoncé à +15 milliards en 2015. Déficit qui produit de la dette et qui conduit les pays du Sud à l’austérité, donc aux baisses de salaires. Dans le même temps, le PIB stagne voire se réduit, encore faut-il en déterminer la définition, alors que la population augmente. Nous avons donc une baisse de la richesse par habitant. Naguère les instituteurs étaient mieux traités par la République, on assiste à une chute du niveau de vie alors que le prix des logements atteint des sommets et que le la construction casse un plancher. Nombreux sont les commerces de centre-ville qui ferment, est-ce la faute à l’euro ? Et on annonce des plans sociaux pour 2015 et 2016… n’aurait-on pas en Europe du sud des pignolos de palais, où est l’art de vivre ? Mr le directeur, boomer de son Etat, du mauvais classement, n’est-t-il pas atteint de dyslexie, de cleptocratisme et de mythomanie ?
a écrit le 15/02/2015 à 19:09 :
Profitez de la reprise.
Sentez cette croissance.
Respirez la à plein poumon.
a écrit le 15/02/2015 à 18:38 :
Une croissance virtuelle pour virtualiser une réussite de l'euro! La France a abandonné "la proie pour l'ombre" dans cette union européenne!
a écrit le 15/02/2015 à 17:59 :
La croissance? Quelle croissance? La croissance telle qu'elle est conçue, dans le cadre de la mondialisation, de la financiarisation de l'économie, de l'austérité, de la baisse des salaires, de conception néo-libérale: La croissance c'est TERMINE.
a écrit le 15/02/2015 à 16:09 :
Vous publiez généralement de bons articles, qualitatifs, mais relisez-les svp : les fautes d'orthographe et de grammaire sont choquantes surtout pour des journalistes dont c'est le métier.

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