Croissance européenne : la reprise, oui mais...

Romaric Godin

Romaric Godin
Les chiffres de la croissance dans la zone euro au quatrième trimestre sont bons, parfois même très bons. Partout, à quelques exceptions près, la croissance se redresse. Au final, le chiffre pour la zone euro atteint 0,3 % (après 0,2 % au trimestre précédent). Nul ne s'en plaindra, d'autant que ce léger redressement intervient après une année en dents de scie et que, globalement, la croissance européenne demeure fort peu dynamique. Sur un an, la hausse n'est que de 0,9 %. Au premier trimestre, la hausse annuelle était de 1,1 %...
Faut-il pour autant crier à la « reprise » comme on l'entend partout ? En réalité, la reprise a commencé depuis le deuxième trimestre 2013, moment où la longue contraction de huit trimestres du PIB s'est arrêtée. Depuis la croissance de la zone euro évolue entre 0,1 % et 0,3 %. Le chiffre de ce quatrième trimestre 2014 n'a donc rien d'exceptionnel. Le fait que les attentes des économistes et que l'on ait gagné deux points de pourcentages depuis le deuxième trimestre ne doit donc pas dissimuler cette réalité. La zone euro est simplement revenue en fin d'année à son rythme de croissance, faible, du début de l'année...
Les composantes de cette croissance ne sont pas encore connues. Néanmoins, les économistes de BNP Paribas estiment que c'est la consommation des ménages qui aurait apporté l'essentiel de la progression. Ce redressement des dépenses des ménages s'expliquent par deux éléments : la faible inflation qui, sous la pression des prix de l'énergie, s'est muée en recul des prix au cours du trimestre. Comme toujours dans de tels cas, le pouvoir d'achat en profite immédiatement et la consommation suit. D'autant que le consommateur allemand s'est montré très dispendieux en cette période de Noël et qu'au sud du continent, l'étreinte de l'austérité a commencé à se défaire lentement.
L'autre moteur de cette reprise, ce sont les exportations. Avec un facteur déterminant : la baisse de l'euro. La monnaie unique a évolué au cours du quatrième trimestre entre 1,25 et 1,21 dollar contre 1,36 et 1 ,31 dollar au cours du trimestre précédent. Cette amélioration de la compétitivité prix ajoutée à un effet de rattrapage de certaines commandes gelées au cours du printemps et de l'été au plus fort de la crise ukrainienne ont donc soutenu cette croissance des exportations.
Pour autant, il faut remarquer que la croissance n'est pas uniforme dans l'union économique et monétaire et, pire, les divergences semblent se creuser. En tête de peloton, l'Allemagne (+0,7 % sur le trimestre) et les Pays-Bas (+0,5 %) profitent à la fois de la reprise des exportations après le creux du deuxième trimestre et de la solidité de leur consommation. Même constat pour deux pays anciennement sous programme, l'Espagne (+0,7 %) et le Portugal (+0,5%). Le premier a profité de sa dévaluation interne pour prendre des parts de marché sur les produits à faible valeur ajoutée. Le second est très dépendant du premier.
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Mais, à la différence du deuxième trimestre, trois pays sont retombés en contraction : la Grèce (-0,2 %), la Finlande (-0,3 %) et Chypre (-0,7 %) qui connaît ainsi un quatorzième trimestre de contraction de sa richesse nationale ! Enfin, Italie (0 %), la France et l'Autriche (0,1 %) connaissent une croissance nulle ou quasi-nulle.
Les économistes estiment que le mouvement de reprise pourrait encore s'accélérer. Et certes, l'inflation faible et l'euro faible devraient devenir continuer à perdurer dans les mois à venir. Une révision à la hausse des perspectives de croissance pour l'an prochain devrait intervenir dans les prochaines semaines. Mais il faut prendre garde aux excès d'enthousiasme qui ont déjà été monnaie courante au cours des trimestres précédents (à la mi-2013 ou au début de 2014, par exemple). Car la reprise européenne est menacée par plusieurs dangers.
Le premier est celui de la poursuite d'une atonie de l'investissement. L'inflation faible a certes, dans un premier temps, un effet positif sur la consommation. Mais elle pèse sur les marges des entreprises en leur ôtant tout « pricing power. » A terme, et si cette inflation faible, voire négative, persiste, les entreprises vont devoir, au mieux, remettre à plus tard leurs investissements ou, du moins, les freiner. Or, l'investissement est toujours le maillon faible de la croissance de la zone euro. C'est l'élément qui l'empêche de quitter les basses-eaux où elle végète depuis le printemps 2013.
Ceci est d'autant plus important que la demande reste peu dynamique. La demande externe est certes dopée par l'euro faible, mais la croissance du commerce mondial sera sans entrain cette année, notamment parce que la croissance chinoise devrait ralentir et que les émergents sont un relai de croissance peu fiable. La guerre des monnaies offre donc plus de parts de gâteau à l'Europe, mais le gâteau ne grossit pas réellement. Surtout, nul ne sait comment va évoluer cette guerre des monnaies. La Fed va-t-elle, face à une BCE agressive, tenter de freiner l'appréciation du dollar ? Jusqu'où les autorités américaines peuvent-ils accepter la baisse de l'euro ? Voici un pilier de la croissance européenne qui semble bien fragile.
De même, au sein de l'UEM, la concurrence semble forte. L'Allemagne, on le sait, est une locomotive bien peu dynamique. On l'a vu au cours de ce dernier trimestre 2014, comme on l'avait vu au cours du premier trimestre : avec 0,7 % ou 0,8 % de croissance trimestrielle en Allemagne, on n'extrait « que » 0,3 % de croissance de la zone euro. La zone euro profite peu de la hausse de la consommation allemande et de moins en moins de celle des investissements. Parallèlement, les politiques de dévaluation interne de l'Espagne mettent la pression sur la France et l'Italie. Les gains de part de marché espagnoles se font souvent au détriment de ces deux pays qui, pour réagir, vont devoir, eux aussi, « ajuster. » Il leur en effet impossible de lutter désormais sur des gammes plus haute, là où l'Allemagne occupe une position dominante. Ces luttes pour la compétitivité par la compression de la demande interne pèseront sans doute dans l'avenir sur la croissance européenne. D'autant que, on l'a vu, les parts de marché seront difficiles à gagner à l'export et que les deuxième et troisième économies de la région sont concernées... Or, les agents économiques de ces pays savent que cet ajustement est encore à venir, ce qui devrait les inciter à la prudence.
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Au final, cette reprise semble décidément bien poussive et fragile. Au reste, si la BCE a lancé le 22 janvier une offensive pour redresser les anticipations d'inflation, c'est qu'elle sait que la dynamique est faible et qu'il faut la soutenir. L'assouplissement quantitatif n'a d'autres objectifs réels que de maintenir l'euro bas et de permettre une transmission de la dynamique des exportations aux investissements.
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