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ÉconomieUnion européenne

La hausse des salaires allemands rééquilibrera-t-elle le modèle économique du pays ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 26 février 2015 à 06:16 - Mis à jour le 28 mai 2015 à 17:12

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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En 2014, le pouvoir d'achat des Allemands a progressé comme jamais depuis 2008. Pourtant, cette hausse reste très modérée au regard des conditions de l'économie germanique.

Lundi 9 février, l'office fédéral des Statistiques allemand, Destatis, a indiqué que les salaires réels outre-Rhin avaient progressé de 1,6 % en 2014. C'est la plus forte progression depuis le début de la mise en place de ces statistiques en 2008. En 2013, les salaires réels allemands avaient reculé de 0,1 %. Cette hausse des salaires est-elle le signe du fameux rééquilibrage de la croissance allemande qui, désormais marcherait sur ses deux pieds : la demande interne et le succès à l'export. Et dans ce cas, l'Europe est-elle susceptible de profiter de cette relance des salaires outre-Rhin ?

En 2014, la demande intérieure a réalisé l'essentiel de la croissance allemande. La consommation a contribué à hauteur de 0,6 point sur la hausse de 1,5 % enregistrée l'an passé, soit 40 % de cette croissance. Après avoir bénéficié de l'amélioration de sa compétitivité externe, l'Allemagne serait donc sur le point de rééquilibrer son modèle en faveur des ménages. La croissance allemande marcherait donc désormais sur ses « deux pieds. » Le phénomène est cependant plus complexe.

Les raisons de la hausse

L'augmentation réelle des salaires est supérieure à la productivité qui a progressé de 0,6 % l'an dernier. Il y a donc bien un rééquilibrage en faveur des salaires, même si c'est un mouvement très réduit et qui ne doit pas occulter l'évolution des années précédentes où cette répartition était inverse (par exemple en 2013). Dans l'industrie manufacturière, les salaires ont ainsi progressé de 10 % entre 2010 et 2013, alors que la productivité n'a progressé que de 2 % sur la même période.

Néanmoins, cette hausse des salaires ne remet pas fondamentalement en cause la compétitivité allemande pour deux raisons. D'abord, les salaires des services aux entreprises restent inférieurs de 10 % à ceux de 2004. D'autre part, les prix à l'importation ont reculé de 2,2 % en 2014, notamment en raison de la déflation salariale dans les pays fournisseurs de la zone euro et de la baisse du prix des matières premières. Les entreprises allemandes ont donc de la marge pour augmenter les salaires.

Une hausse limité du pouvoir d'achat

Elles ne le font pourtant que fort prudemment. Le pays affiche en effet un taux de chômage de 4,9 % et se situe en plein emploi. Dans ce cadre et compte tenu des marges de manœuvre rappelées plus haut, la hausse nominale de 2,6 % de 2014 semble assez faible. En effet, en 2008 et 2011, alors que la croissance était plus faible (respectivement 0,8 % et 0,6 %) et le taux de chômage supérieur, les salaires avaient connu des hausses nominales supérieures (3,1 % et 3,3 % respectivement). L'effort de 2014 n'est donc pas exceptionnel, il semble même retenu.

Hausses sous pression

En réalité, les entreprises ont surtout augmenté les salaires lorsque le rapport de force ne leur était pas favorable, autrement dit dans le cadre des salaires négociés par branche ou par entreprises (Tarifbindung). Dans ce secteur, la hausse nominale a été de 3,1 %. Or, depuis les réformes Schröder, la part des salariés couverts par ces accords est en chute libre, il est passé de près de 70 % en 1998 à 55 % aujourd'hui. Et la tendance devrait se poursuivre. Mais là où les employeurs sont en position de force - lorsque les salaires sont fixés individuellement - la hausse est beaucoup plus modérée, de 2 % seulement, soit une hausse réelle de 1,1 %. Il est donc difficile de conclure à une forte pression salariale sur l'économie allemande, surtout en période de plein emploi.

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Faiblesse de la croissance de la consommation

Deuxième élément : que font les allemands de ces gains de pouvoir d'achat ? C'est là la clé du rééquilibrage. Or, en 2014, les Allemands ont très fortement augmenté leur épargne, malgré les taux faibles, voire nuls. L'épargne totale a ainsi, selon Destatis, progressé en 2014 de 14,7 % par rapport à 2013. La part de l'épargne dans le revenu disponible a atteint l'an passé 10,7 %, soit le plus haut niveau depuis 2011. La consommation progresse donc modérément : de 2,1 % pour celle des ménages sur un an. La part de la consommation dans le PIB allemand est, à 89,3 %, là aussi le plus faible depuis 2011. En 2004, cette part était de 92 %. Autrement dit une part importante des gains de pouvoir d'achat n'ont pas servi la demande. Là encore, ceci explique une croissance relativement faible de l'économie allemande en 2014 compte tenu de deux éléments : un record des exportations et le plein emploi.

Réflexe d'épargne

Pourquoi un tel réflexe d'épargne ? Les raisons ne manquent pas. Beaucoup d'Allemands ont le sentiment - justifié - que la crise de la zone euro n'est pas achevée et ils préfèrent donc rechercher de la sécurité. Par ailleurs, le pouvoir d'achat avait stagné en 2013, il y a donc eu un élément de récupération. Enfin, dans la situation démographique du pays, cette épargne devient une nécessité pour beaucoup de ménages. C'est aussi la conséquence de la précarisation du marché du travail qui conduit beaucoup de salariés à épargner en cas de futurs jours difficiles, et ce, malgré la situation de plein emploi.

Un rééquilibrage limité

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Le rééquilibrage de l'économie allemande est donc précaire et incertain. Elle est principalement liée à une situation conjoncturelle : l'inflation faible, des prix à l'importation en recul, un rattrapage salarial encore loin d'être effectué dans certains secteurs. La tendance à l'épargne ralentit clairement ce rééquilibrage qui n'est guère poussé par le plein emploi. Ceci explique que, comme toujours, sans son moteur externe tournant à plein régime, l'Allemagne ne peut guère espérer compter sur des taux de croissance comparables à ceux de 2010 et 2011, lorsqu'ils avaient dépassé les 3 %.

Romaric Godin

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