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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Primeurs : Paz Espejo défend son Lanessan 2017 miraculé du gel

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 22 mars 2018 à 13:21 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:10

Paz Espejo

portrait

J. Philippe Déjean

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors que les dégustations primeurs du millésime 2017 commencent dans le Bordelais, Paz Espejo, oenologue à château Lanessan (Haut-Médoc), défend la cause de son vin dernier-né : un miraculé du gel.

Directrice de Lanessan, à Cussac-Fort-Médoc (Gironde), depuis 2009, l'œnologue Paz Espejo - originaire de Madrid - a présenté, mercredi 21 mars, son dernier bébé à Bordeaux, au Marengo : un millésime 2017 marqué par l'épisode glacial du mois d'avril de l'an dernier, qui va subir l'épreuve du feu pendant les dégustations de primeurs de ce millésime, qui courent de mars à avril.

"Nous avons perdu 45 % de la production lors de l'épisode de gel de 2017, avec une forte hétérogénéité de l'impact thermique entre les parcelles. Nous avons réussi à faire preuve de patience avant de ramasser, ce qui nous a permis de sauver ce qui pouvait l'être. Parce que le raisin qui n'avait pas été touché par le gel a réussi à mûrir. Au final nous avons obtenu un vin qui surprend par son intensité, sa qualité. Il n'a pas de tanins géants comme en 2010 ou 2015, mais ce 2017 a un toucher très soyeux du tanin", analyse Paz Espejo, qui ne cache pas qu'elle revient de loin : "Quand j'ai vu les pieds de vigne après le gel j'ai cru qu'on était mort, que rien n'avait pu survivre : c'était cataclysmique". Son millésime 2017 se compose à 52 % de cabernet sauvignon, 38 % de merlot et 10 % de vieux petit verdot.

Un 2017 qui ne sera pas déclassé

"Quand je dis vieux petit verdot c'est du vieux, âgé de 60 ans. Aucun jeune pied de ce cépage n'a survécu au gel !", sous-titre Paz Espejo, avec ce mélange de rationalité œnologique et de dramaturgie madrilène chère au réalisateur Pedro Almodovar. A cause du gel certains châteaux ont déclassé leurs premiers vins pour ne proposer que des seconds. Ce n'est pas la stratégie de Lanessan, qui a toute confiance dans son premier vin.

Pour démontrer que ce millésime 2017 est bien un Lanessan à part entière, Paz Espejo a organisé une dégustation verticale qui a remonté l'histoire via les millésimes 2012, 2009 et 1985. Une opération parfaitement convaincante, le jeune 2017 confirmant sans ambiguïté son identité sous l'autorité d'un 2012 qui s'impose comme le révélateur de cet esprit de famille Lanessan, face à un 2009 aux éclatantes tonalités estivales, et un 1985 aux notes encore profondes.

Un rendement réduit à 32 hectos l'hectare

"Des négociants ont déjà dégusté le 2017 et l'on trouvé fondu, agréable. Il sera dégusté chez les négociants, aux Inclassables et chez Hubert de Boüard" (propriétaire du château l'Angélus à Saint-Emilion et œnologue conseil à Lanessan, où officie toujours l'œnologue historique du domaine, Eric Boissenot - NDLR) éclaire la directrice du domaine. Le gel a ramené les rendements de 45 hectos l'hectare en 2016 à 32 hectos en 2017.

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"Nous allons produire 200.000 bouteilles au lieu d'une moyenne habituelle de 350 à 380.000. Nous ferons du second vin (Les Calèches - NDLR), mais beaucoup moins qu'à l'habitude", tranche Paz Espejo. Né de l'achat en 1793 de 24 hectares de terre à Cussac-Fort-Médoc par le négociant bordelais en vins Jean Delbos, Lanessan est de fait un cru bourgeois, dénomination qui désigne depuis l'origine des vins de qualité créés à partir du XVIIIe siècle par l'achat par les bourgeois (habitant en ville) de terres dans la presqu'île du Médoc. Mais la création en 2003 d'un classement interne découpé en trois catégories (crus bourgeois, crus bourgeois supérieurs, crus bourgeois exceptionnels) a fini par mettre le feu aux poudres des châteaux qui n'avaient pas été retenus dans les catégories supérieure, exceptionnelle ou même en cru bourgeois.

Lanessan rejoindra-t-il l'Alliance des crus bourgeois ?

En 2007 les plaignants révoltés par le classement des crus bourgeois ont eu gain de cause au tribunal de commerce de Bordeaux, catapultant le monde des crus bourgeois en pleine crise existentielle. Depuis cette brutale explication de gravure, les couteaux ont semble-t-il été rangés dans leurs fourreaux et l'idée d'un classement quinquennal s'est imposée. Remettre à plat le classement tous les cinq ans apportera plus de clarté et une ligne d'horizon dégagée. Le futur nouveau classement des crus bourgeois sera connu en 2020 et s'impose comme un sujet d'actualité dans tout le Médoc : faudra-t-il en être ou pas ? C'est la question qui se pose, y compris à Lanessan. Malgré son pédigrée, ce château ne fait pas partie des 264 adhérents de l'Alliance des crus bourgeois.

"Nous sommes en pleine réflexion sur cette nouvelle hiérarchisation des crus bourgeois. Nous appartenons aux Inclassables. Ce positionnement nous a permis d'avoir une plus forte visibilité et nous a donné une petite notoriété en tant que marque. Ne serait-ce pas une erreur de rejoindre les crus bourgeois alors que nous nous sommes extirpés de la masse ? La question est en débat, et les actionnaires de Lanessan sont intéressés par le nouveau classement des crus bourgeois", expose Paz Espejo, tout en reconnaissant que"les Asiatiques ont besoin de ce classement".

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Le groupe des Inclassables fédère près d'une trentaine de domaines, au-delà des appellations médocaines. Lanessan, qui réalise 3 M€ de chiffre d'affaires, vend 66 % de sa production à l'export. Et pour Paz Espejpo la situation est d'une simplicité biblique.

"L'Eldorado ce n'est pas la Chine mais les Etats-Unis. Tous les négociants se développent là-bas. Les ventes de vin y sont en pleine croissance, tant en volume qu'en valeur. Les Etats-Unis représentent 25 % de nos ventes à l'export. L'autre pilier de l'export c'est bien sûr la Belgique. Ensuite nous vendons beaucoup au Japon et à Taïwan. La Chine est un marché très compliqué", décrypte la directrice de Lanessan, qui explique que de nouveaux pays, comme le Viêtnam et le Cambodge achètent du vin et que même la Birmanie commence à s'y intéresser.

Jean-Philippe Déjean

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