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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Agri Synergie mise sur le phytosanitaire bio pour nourrir sa croissance

Photo de Pierre Cheminade

Pierre Cheminade

Publié le 28 juin 2018 à 07:25 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:48

Agri Synergie

Agri Synergie

PC / La Tribune

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Photo d'illustration de l'article
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Créée en 1998 à Périgueux, Agri Synergie s'est lancée dans le phytosanitaire bio il y a déjà dix ans. Ses produits insectifuges certifiés bio pèsent désormais un quart de son activité. Et c'est sur ce segment d'avenir, où elle est n°1 en France, que la petite PME entend bâtir sa croissance pour passer de 14 M€ de chiffres d'affaires en 2017 à 18 M€ en 2021.

"Ici, j'utilise une protection naturelle pour mes vignes et ça se voit !" peut-on lire sur les panneaux posés par Agri Synergie autour des parcelles du Château Olivier, à Léognan, traitées avec son insectifuge "Coeur de kaolin". Ce produit naturel qui vise à protéger les vignes de la cicadelle des grillures a été homologué en décembre 2016 par l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail). Il est conçu à partir de kaolin anhydre (une argile blanche) fourni par l'entreprise bretonne Soka. Ce traitement certifié "agriculture biologique" et "biocontrôle" a tendance à blanchir légèrement la vigne, d'où le besoin d'afficher des panneaux pédagogiques pour rassurer les riverains sur son innocuité tant pour l'environnement que pour les humains.

Le Château Olivier, à Léognan (Gironde), utilise l'insectifuge d'Agri Synergie (Crédits : PC / La Tribune).

Agri Synergie est une petite PME de 23 salariés installée à Périgueux (Dordogne) depuis sa création il y a 20 ans pour commercialiser des fertilisants à base de vinasse de betteraves. Mais l'entreprise périgourdine a pris très tôt le train du bio et travaille sur ce type de produits depuis maintenant dix ans.

"En 2008, j'ai décidé de diversifier notre gamme pour sécuriser nos débouchés et par volonté de développer des solutions alternatives aux produits phytosanitaires classiques. On s'est donc orienté vers le kaolin pour concevoir des barrières insectifuges pour différentes cultures comme les poiriers, les oliviers et, désormais, la vigne", raconte Michel Vermeil, fondateur et président de l'entreprise.

Un effort constant de RD

Ce virage stratégique s'est suivi de la création, en 2012, d'une équipe de R&D pilotée par Emmanuel Calli, ingénieur agronome, et du rachat, en 2014, de l'entreprise de production de produits phytosanitaires Lance, dans le Loir-et-Cher. La croissance de l'activité a suivi pour atteindre 14 M€ de chiffre d'affaires en 2017, dont 25 % provenant des produits et engrais bio, contre 12 % en 2013. Michel Vermeil veut désormais poursuivre sur cette lancée : "L'objectif est de porter notre chiffre d'affaires entre 15 et 18 M€ à l'horizon 2020/2021. La plus grande partie de cette croissance sera amenée par les produits bio qui représenteront, je l'espère, la moitié de notre activité. Aujourd'hui, on n'est qu'au début de l'histoire..." Et le chef d'entreprise ne ménage pas ses efforts puisqu'il a réinvesti en R&D la moitié des 400.000 € de marge nette dégagée sur l'exercice 2017.

L'an dernier Agri Synergie, qui est détenue à 99 % par son fondateur, a vendu 60.000 tonnes d'engrais et 1.000 tonnes de barrières minérales naturelles insectifuges. "Ce n'est plus tout à fait une TPE, c'est plutôt une petite PME qui fonctionne bien. Sur le marché des engrais, on n'est qu'un petit acteur spécialiste mais on est leader sur le marché des barrières insectifuges bio et c'est un avantage que l'on veut préserver pour défendre et affirmer notre position", explique Michel Vermeil. La PME, qui se voit comme une startup du point de vue de son rapport à l'innovation, vise ainsi le développement de produits bio pour fertiliser les sols et réduire le stress hydrique des plantes "avec toujours deux principes comme boussole : l'efficacité et l'innocuité", promet Emmanuel Culli.

Le bio, un changement de société

L'agriculteur-entrepreneur en est convaincu : le bio est un mouvement de fond qui est rendu inévitable par l'évolution rapide de la société. Et les agriculteurs comme les viticulteurs n'auront d'autre choix que de s'adapter progressivement à cette nouvelle donne.

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"La demande de produits bio chez les agriculteurs est croissante parce que la demande des consommateurs est croissante. Tous les agriculteurs ne font évidemment pas du bio certifié mais ils sont de plus en plus nombreux à intégrer un ou plusieurs produits bio dans leur fonctionnement. C'est d'ailleurs ceux-là qui constituent notre plus gros marché potentiel", analyse Michel Vermeil. "Cela s'explique aussi par la pression croissante des riverains et des médias vis-à-vis des risques sanitaires et environnementaux qui confère une image de plus en plus négative aux utilisateurs de produits phytosanitaires conventionnels. Et tout cela est amplifié par une vraie prise de conscience chez les agriculteurs, qui est assez générationnelle, des risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Une naissance au sein d'une famille d'agriculteurs est ainsi de plus en plus souvent l'occasion de réinterroger l'utilisation de tel ou tel produit."

Un surcoût à prendre en compte

Par ailleurs, l'entreprise doit aussi convaincre les agriculteurs de l'efficacité des produits bio. "Les produits phytosanitaires naturels sont assez méconnus de beaucoup d'agriculteurs et souffrent d'une image d'inefficacité précisément parce qu'ils sont naturels ! Or, les résultats sont là et, sur certaines cultures comme le poirier, le kaolin fonctionne même mieux que l'équivalent chimique", poursuit Emmanuel Culli.

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Il reste que le "Coeur de kaolin" commercialisé par Agri Synergie représente un surcoût non négligeable : "de l'ordre de 20 à 30 € par hectare par rapport à un traitement chimique classique", reconnait le responsable R&D. "Mais les bénéfices sont à envisager plus globalement parce qu'ils permettent de diminuer l'indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires et parce qu'ils participent à l'objectif national de diminuer leur utilisation de moitié d'ici à 2025", insiste Michel Vermeil qui poursuit : "Il faut raisonner sur des cycles longs. Nous apportons une partie de la solution aujourd'hui mais il y a encore beaucoup à faire pour migrer complètement sur un fonctionnement bio."

Michel Vermeil, fondateur et président d'Agri Synergie (Crédits : PC / La Tribune)

Pierre Cheminade

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