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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Contre les « mégabassines », un village de l'eau prépare des actions dans les Deux-Sèvres

Photo de Maxime Giraudeau

Maxime Giraudeau

Publié le 16 juillet 2024 à 09:15

Le 25 mars 2023, la commune de Sainte-Soline a été le théâtre d'affrontements violents sur le chantier d'une réserve de la Coop de l'eau.

Le 25 mars 2023, la commune de Sainte-Soline a été le théâtre d'affrontements violents sur le chantier d'une réserve de la Coop de l'eau.

MG / La Tribune

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Des collectifs militants appellent cette semaine à un rassemblement contre les « mégabassines » à Melle dans les Deux-Sèvres. Seize mois après les violents événements de Sainte-Soline, les opposants veulent à nouveau s'attaquer à des infrastructures. Des réserves d'eau mais aussi le port de La Rochelle seront pris pour cible.

A-t-on bien tiré les enseignements de Sainte-Soline ? C'est la question qui se pose alors qu'une nouvelle mobilisation massive est attendue toute cette semaine dans le Poitou. Comme en mars 2023, où des dizaines de personnes avaient été blessées chez les manifestants et les forces de l'ordre dans la petite commune deux-sévrienne, les collectifs des Soulèvements de la terre et Bassines non merci repartent en campagne. Appuyés par une centaine d'organisations, ils vont défiler contre ce qu'ils nomment les « mégabassines », ces grandes réserves d'eau agricoles.

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Dans les Deux-Sèvres, les « bassines » prises dans les violences et les luttes globales

La mobilisation doit s'orchestrer en deux temps. Un « village de l'eau » s'ouvre aujourd'hui et jusqu'à dimanche sur la commune rurale de Melle autour de conférences et formations militantes. Jusqu'à 10.000 personnes y sont attendues. De quoi préparer le terrain pour vendredi et samedi, les deux journées qui font craindre des débordements. Les organisations veulent ainsi « cibler et visibiliser les bassines dont le modèle reste un scandale » sur le chantier de l'une d'elles à Saint-Sauvant ce 19 juillet. Le lendemain, le convoi prendra la direction du port de La Rochelle pour tenter une opération contre le terminal agroalimentaire afin de « bloquer les mégabassines à la source ».

La Coordination rurale monte au front

« La mobilisation ne s'arrêtera pas, elle ne s'arrêtera jamais !, jure Julien Le Guet, porte-parole inconditionnel de Bassines non merci et batelier dans le Marais poitevin, lors d'une conférence de presse. C'est un événement éminemment politique, pas un festival » prévient-il en cherchant à entretenir « un questionnement sur le stockage de l'eau agricole et sur l'agriculture en général. » Lui qui avait déjà bravé l'interdiction de manifester prononcée à son encontre à Sainte-Soline s'apprête de nouveau à défier l'État de droit en ciblant des constructions légales.

Ce qui inquiète particulièrement le ministère de l'Intérieur, les élus comme les agriculteurs. Gérald Darmanin, en déplacement dans les Deux-Sèvres lundi, a déjà annoncé qu'une centaine de « militants d'ultragauche », venant de pays européens limitrophes, se sont vus prononcer une interdiction d'entrée sur le territoire. « Nous attendons entre 6.000 et 8.000 manifestants dont un millier de personnes extrêmement violentes, qu'on pourrait qualifier de radicalisées », a par ailleurs déclaré le ministre sur Franceinfo, prédisant « des actes d'une très grande violence ».

3.000 gendarmes et policiers seront mobilisés, comme ce fut le cas à Sainte-Soline où les forces de l'ordre avaient appliqué « un usage immodéré et indiscriminé de la force » selon les observations de la Ligue des droits de l'Homme. 5.000 grenades lacrymogènes avaient été tirées en à peine une heure et demie.

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Mais ce qui pourrait nourrir encore plus la violence cette fois-ci est l'appel national de la Coordination rurale, syndicat agricole classé à droite, pour « protéger les fermes » et « empêcher la constitution d'une potentielle ZAD agressive ». Le syndicat s'est illustré à plusieurs reprises ces derniers mois par des actions de dégradation devant les préfectures d'Agen et Bordeaux mais aussi devant le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

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Les méga-bassines, sujet de discorde entre les syndicats agricoles

Un territoire laboratoire ?

Vendredi dernier, environ 200 élus des Deux-Sèvres se sont réunis à Melle pour s'opposer à « toute forme de violence à l'occasion du village de l'eau ». Les agriculteurs à l'origine des 16 réserves sur le bassin de la Sèvre niortaise sont également pris de peur. « Le ton belliqueux employé depuis plusieurs jours fait encore craindre le pire », écrit ainsi la Coop de l'eau qui appelle « l'ensemble des agriculteurs au calme et à ne pas répondre aux provocations ».

L'association Irrigants de France, qui défend le modèle agricole dominant et les projets de stockage de l'eau à grande échelle, est lui aussi dans la crainte. « Tout le monde agricole est très inquiet face à des formes de radicalisme qui ne sont pas acceptables », condamne Eric Frétillère, agriculteur en Dordogne et président de l'association.

Le Poitou va de nouveau être exposé à un événement qui le dépasse, avec des conférences sur des sujets internationalistes et une mouvance antifasciste prégnante. Pour la partie organisatrice, le choix du lieu est tout à fait justifié. « Le Poitou constitue une zone test pour l'État et l'agro-industrie dans le but de déployer les bassines à l'ensemble du territoire métropolitain », pense Johanne Rabier, membre de Bassines non merci. Et son allié Nicolas Fortin de la Confédération paysanne d'ajouter le désormais traditionnel pamphlet : « C'est un modèle d'accaparement de l'eau alors que nous souhaitons travailler sur son partage. »

La justice questionne les prélèvements

Les contestataires n'en démordront pas, d'autant plus que la justice vient d'aller dans leur sens. La semaine dernière, le tribunal administratif de Poitiers a ainsi montré que les prélèvements en eau sur le bassin du Marais poitevin seraient au global supérieurs à ce qu'ils étaient avant la construction des bassines (84 millions de m3 d'ici 2025 contre 67 en moyenne entre 2010 et 2019). Or, la Coop de l'eau a toujours avancé que les ouvrages permettraient d'abaisser le volume total des prélèvements, en les réalisant seulement l'hiver. Ce qui est vrai pour les seuls agriculteurs qui bénéficieront d'un accès aux réserves, mais pas à l'échelle de l'ensemble du bassin versant.

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Le projet de réserves serait-il alors surdimensionné ? Avant la mobilisation de ce week-end, les demandes de moratoire se font entendre, notamment à gauche dans les rangs du Nouveau Front populaire. L'audience sur les réserves de la Coop de l'eau devant la cour administrative d'appel de Bordeaux se fait elle toujours attendre.

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Faut-il encourager l'implantation de retenues d'eau en agriculture pour lutter contre la sécheresse ? Thierry Boudaud (agriculteur) face à Christine Graval (élue écologiste)

Maxime Giraudeau

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