La bataille des ASF

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Cinq séances de Bourse au compteur et déjà un nouvel actionnaire de taille et d'autres prétendants aux aguets : l'introduction des Autoroutes du Sud de la France mérite d'entrer dans les annales. Si les particuliers ne s'étaient pas jeté dessus, les institutionnels s'étaient arraché les titres ASF lors du placement, souscrit 19 fois, un niveau qu'on n'avait pas vu depuis belle lurette. Et la première séance de cotation, le 28 mars, a fait date également : plus d'un quart du capital a changé de mains ! Malins, Vinci et Eiffage ont profité de l'agitation traditionnelle de ce type de séance pour ramasser, ni vu ni connu, une part rondelette du capital de l'opérateur d'autoroutes : au 5 avril, ils cumulaient à deux 15,23% du capital, dont 14,4% aux seules mains de Vinci. En plaçant leurs pions avant les élections, ils s'imposent comme l'interlocuteur incontournable de l'Etat lorsque la majorité sortie des urnes voudra solder ses 51% dans ASF. Une opération rondement menée, donc, au nez et à la barbe de Bouygues, qui s'était publiquement déclaré "tout à fait partant pour constituer un autre pôle de routes face à Cofiroute". Raté ! En tous cas pour l'instant. Bouygues dindon de la farce ? A moins qu'il ne dévoile cette semaine s'être lui aussi constitué un petit paquet d'actions ASF ou qu'il emboîte le pas au tandem Vinci-Eiffage, pour faire barrage à un autre candidat au mariage, l'italien Autostrade. Rien de bien surprenant dans l'entrée en force de Vinci et Eiffage. Avant même l'introduction, les vendeurs des salles de marché reconnaissaient que les gérants n'achetaient le dossier que pour son attrait spéculatif, la recomposition attendue du capital à terme. Car tous les prétendants avaient déjà fait la cour à Bercy, sans succès. Pour la dernière privatisation du gouvernement Jospin, l'Etat a préféré opter pour du cash à court terme et faire monter les enchères au grand jour plutôt que de constituer en coulisses un noyau dur d'actionnaires. Le premier acte de la bataille des ASF intervient donc juste plus tôt que prévu. Ce sera sans doute tout bénéfice pour l'Etat et les 900.000 petits porteurs qui avaient souscrit. Sauf ceux qui espéraient avoir acquis une belle valeur de fond de portefeuille : plus vite qu'une start-up aux abois obligée de se faire racheter, les ASF pourraient signer le record du passage éclair en Bourse.

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