Cable & Wireless aux abois après son classement en "junk bond"

La descente aux enfers se poursuit pour Cable & Wireless : l'opérateur britannique, qui a annoncé le mois dernier un très lourd plan de restructuration et la suppression de 3.500 emplois (lire ci-contre), est aujourd'hui contraint à négocier dans l'urgence le soutien de ses banques, après la décision de Moody's d'abaisser sa note, ramenant celle-ci dans la catégorie des "junk bonds" (obligations pourries), qui interdit à de nombreux investisseurs d'acheter les titres du groupe.A la Bourse de Londres, la réaction a été immédiate et violente : l'action Cable & Wireless (C&W) chutait de 50,89% quelques minutes après l'ouverture, et abandonnait encore près de 43% en clôture, à 47,75 pence. Sa baisse sur un an approche désormais les 90% et la capitalisation boursière du groupe dépasse à peine 1,1 milliard de livres. La fuite des investisseurs est compréhensible : en ramenant la note de Cable & Wireless de Baa2 à Ba1, Moody's a déclenché des mécanismes qui accentuent encore les difficultés financières de l'opérateur. Certes, Cable & Wireless assure pouvoir faire face à ses obligations à court terme et financer ses restructurations, puisqu'il disposait au 30 septembre de 2,2 milliards de livres de trésorerie nette, auxquels s'ajoute un portefeuille de participations valorisé 470 millions de livres au 5 décembre. Mais l'abaissement de la note de C&W fait automatiquement entrer en vigueur l'une des clauses de l'accord conclu en 1999 sur la cession à Deutsche Telekom des 50% du groupe britannique dans l'opérateur mobile britannique One2One. A savoir l'obligation pour Cable & Wireless de présenter une garantie bancaire de 1,5 milliard de livres (2,34 milliards d'euros environ) obtenue d'un établissement lui-même classé A au minimum ou, faute de l'obtenir, de placer cette somme sous séquestre. Cette clause de sécurité était destinée à l'origine à garantir Deutsche Telekom contre des obligations fiscales dont il aurait "hérité" avec l'acquisition de One2One, conclue pour 3,45 milliards de livres. Trois ans après la cession, C&W assure que One2One n'a eu aucun coût fiscal pour le groupe allemand et n'en aura pas, et ses dirigeants espèrent en convaincre leurs homologues de Deutsche Telekom, avec lesquels ils devraient entrer en discussions dès aujourd'hui. Mais le dossier risque de compliquer le financement de la restructuration... justifiant ainsi la décision de Moody's. Car pour l'agence américaine, c'est le coût de la refonte de la division Global du groupe qui motive l'abaissement de la note, ainsi que l'incertitude sur le principal objectif financier de la direction, à savoir le retour à un cash-flow positif sur l'exercice se terminant le 31 mars 2004. Les investisseurs, désormais, ont des préoccupations plus immédiates : si C&W ne parvient pas à résoudre rapidement l'embrouillamini de la clause de garantie et se retrouve contraint de placer les deux tiers de sa trésorerie sous séquestre, il sera privé de l'un de ses derniers attraits. "La seule raison pour laquelle les investisseurs peuvent détenir du Cable & Wireless, c'est son cash", résume pour Reuters Andrew Darley, d'ING Financial Markets. Parallèlement, l'affaire pourrait accroître la pression sur le directeur général du groupe, Graham Wallace, après le départ annoncé du président désigné du conseil d'administration David Nash. Mais le recrutement de nouveaux dirigeants dans le contexte actuel n'en sera que plus difficile, souligne Merrill Lynch, qui a ramené à "Vendre" sa recommandation sur le titre. D'autant que, dans l'intervalle, le groupe risque de perdre des clients, ou du moins d'avoir les pires difficultés à en convaincre de nouveaux. Pour couronner le tout, souligne Merrill Lynch, l'action Cable & Wireless pourrait être exclue mercredi de l'indice londonien FTSE 100.

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