Négatif parfait

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C'était il y a cinq ans. Une éternité. La France commençait à parler d'Internet, de "start-up" et d'e-commerce. Appuyée sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'économie renouait avec une croissance évanouie depuis le début des années 90. Les télécoms, l'informatique, Internet et les nouveaux médias en étaient les nouveaux moteurs et leur dynamisme a permis au gouvernement qui s'installait de se prévaloir ensuite d'un certain succès dans la lutte contre le chômage. A ce moment, les succès des entreprises françaises les plus en pointe en ces secteurs - nouvelles pour beaucoup - n'étaient pas les symboles d'une quelconque France "d'en haut", mais plutôt ceux de la France qui gagne, moderne et conquérante. Pour les locataires du ministère de l'Economie, Dominique Strauss-Kahn puis Laurent Fabius, il était impensable de ne pas en revendiquer au moins le bienveillant parrainage. Il faut d'ailleurs reconnaître qu'entre les deux privatisations partielles de France Télécom, la mise en Bourse de Wanadoo, le rachat d'Orange, la mue d'Alcatel en poids lourd des infrastructures télécoms et la révolution Vivendi devenu Universal, géant mondial des médias au sens large, il n'était alors pas interdit de penser que le gouvernement socialiste était aussi adroit que chanceux. Et puis la crise a pointé son nez. Timidement fin 2000. Plus franchement courant 2001 et durablement en 2002. Avant que n'intervienne l'alternance politique, le gouvernement Jospin aura eu l'occasion de sentir le vent tourner. Mais, en cette rentrée difficile, c'est la feuille de route du nouveau gouvernement Raffarin qui paraît semée d'obstacles au point de ressembler au négatif parfait de celle de l'équipe précédente. La bulle Internet a explosé et la Bourse ne s'est pas remise de l'aveuglement collectif que les nouvelles technologies ont provoqué. Effet 11 septembre, incertitudes sur la reprise, crise de confiance des investisseurs après les scandales comptables, les raisons ne manquent pas pour comprendre pourquoi cela dure. Mais, pour l'heure, le gouvernement doit affronter une mauvaise passe simultanée sans précédent pour plusieurs grandes entreprises françaises. France Télécom, au bord de la crise de liquidités, aura besoin de l'Etat pour renforcer ses fonds propres. Vivendi Universal, en pleine redéfinition de son périmètre, doit prendre d'importantes décisions affectant des secteurs aussi sensibles que les services collectifs, l'audiovisuel, la téléphonie et l'édition. Alcatel, après une saignée dans ses effectifs en France et dans le monde, ne voit pas le bout du tunnel. Si l'on rajoute à ce sombre tableau sa volonté - qui doit faire débat - de privatiser des entreprises publiques comme EDF, le gouvernement est appelé à agir sur tous les fronts. Et si l'on en juge par ses tergiversations dans l'affaire France Télécom, il est permis de s'inquiéter pour la suite. Il n'est en effet plus question de se laisser porter par les vents du marchés. Favorables, ils l'étaient il y a cinq ans. Une éternité.

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