"Toutes les entreprises ne veulent pas revenir sur les 35 heures"

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latribune.fr - Votre entreprise, Norsys, est passée aux 35 heures fin 1999. Qu'est-ce qui a guidé votre choix ?Sylvain Breuzard - En fait, nous nous sommes demandés comment faire d'une contrainte un atout, avec en tête une stratégie à deux axes. D'une part, devenir une société leader sur le créneau des nouvelles technologies et, d'autre part, apparaître comme une entreprise référence en matière de management social afin d'accroître notre attractivité sur le marché de l'emploi dans un contexte où le secteur informatique pâtissait à l'époque d'une pénurie de main d'oeuvre. Quelles sont les grandes lignes de l'accord auquel vous êtes parvenu au sein de votre entreprise ?Le passage aux 35 heures s'est traduit chez nous pour tous les salariés, cadres et non cadres, par 20 jours de congés supplémentaires ainsi que par cinq jours de formation. En échange de quoi, le temps de travail a été annualisé et le principe d'une certaine modération salariale a été adopté. Quant aux embauches, nous avons recruté sept personnes supplémentaires, ce qui correspondait à une hausse de 10% de l'effectif de l'entreprise. Il n'y avait donc aucun gain de productivité à la clé.Avec le recul, quel bilan faites-vous de cet accord ?Ce passage aux 35 heures a été l'occasion de vivre un merveilleux moment de dialogue dans l'entreprise. Des groupes de travail se sont constitués pour réfléchir aux implications de cet accord sur tous les aspects du fonctionnement de l'entreprise. Par ailleurs, la qualité de notre accord a été reconnue à l'extérieur et notre démarche concernant l'attractivité a été couronnée de succès. Quant à l'aspect formation, auquel j'étais particulièrement attaché, la sensibilisation a porté ses fruits et s'est traduite par la mise en place de formations qualifiantes permettant de changer de métier, et la création d'une université d'entreprise qui accueille par exemple des thésards. Tout n'est donc que positif dans les 35 heures...Non, bien sûr, il y a des éléments négatifs et en premier lieu le coût financier, surtout quand, comme chez nous, la réduction de 10% du temps de travail n'a pas généré de gains de productivité. De plus, l'équilibre financier de cet accord reposait sur la modération salariale. Or, nous n'avons pu tenir ce cap parce que le contexte de pénurie d'informaticiens a engendré des évolutions importantes de masse salariale. A vous entendre, on est bien loin du jugement qualifiant les 35 heures d' "erreur économique".Il est difficile de voir clair dans la série de rapports et de chiffres, parfois contradictoires, qui tentent d'évaluer l'impact de cette réforme. Pour ma part, je suis assez méfiant vis-à-vis de ces analyses rapides, alors que personne aujourd'hui n'est vraiment en mesure de fournir des données fiables quant au nombre d'emplois créés et au coût induit par cette disposition.Que pensez-vous qu'il soit nécessaire de faire ?Je serais tenté de dire qu'il faut laisser les choses en l'état, d'autant que les assouplissements apportés par la loi Fillon ne sont pas utilisés par les entreprises. Entre parenthèses, il me semble que ces aménagements ont servi à calmer les ardeurs de certains, mais la possibilité accrue de recourir aux heures supplémentaires n'est pas la panacée sur le terrain et ce notamment dans un contexte économique morose. Ce dont je suis sûr en tout cas, c'est que comme nous avons été les premiers à critiquer le fait que les 35 heures soient imposées partout et pour tous par une loi uniforme, nous sommes hostiles à une loi uniforme qui supprimerait les 35 heures. On peut en revanche proposer aux branches de renégocier et voir ce qu'elles peuvent faire. Mais surtout, n'oublions pas que certaines entreprises passées aux 35 heures ne sont pas motivées pour revenir en arrière car elles en ont tiré bénéfice, notamment grâce à des gains de productivité.Les 35 heures n'ont donc, selon vous, pas démotivé les salariés. Que pensez-vous du débat qui enfle autour du thème de la France paresseuse ?Je m'oppose à cette vision des choses que je trouve très simpliste. Si - et je dis bien si - on peut constater un retrait par rapport à la culture du travail, c'est un problème lié à l'évolution de la société ces quinze dernières années. La montée de la précarité, la difficulté du salarié à inscrire sa carrière dans la durée, la multiplication des fusions-acquisitions qui limitent l'identification du personnel à son entreprise sont autant de facteurs pouvant expliquer ce supposé désinvestissement des salariés.

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