Novartis pose ses conditions pour se lancer dans la bataille d'Aventis

Novartis est prêt à se lancer dans une bataille boursière pour le contrôle d'Aventis, mais pas à n'importe quel prix. Dans une interview accordée au site Internet du Wall Street Journal, accompagnée de la publication d'un communiqué, le président du groupe suisse indique que l'idée d'une fusion entre son laboratoire et le groupe franco-allemand est "attirante". "Dans le domaine thérapeutique, par exemple, nous disposons de portefeuilles de produit très complémentaires dans le domaine du diabète, de l'oncologie (produits anticancéreux) et des maladies cardiovasculaires", indique-t-il, en ajoutant que le nouveau groupe serait plus fort sur tous ses grands marchés. "Je pense que c'est viable", conclut Daniel Vasella. Reste que le groupe bâlois, qui jusqu'à il y a quelques semaines était soupçonné d'avoir des vues sur son concurrent et voisin Roche dont il a acquis 32% sur le marché, n'entend pas s'engager à n'importe quel prix. Daniel Vasela juge notamment que l'attitude du gouvernement français a joué "négativement" sur ses considérations. Dans une intervention la semaine dernière, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s'était dit "particulièrement vigilant" pour que cette bataille autour d'Aventis ne nuise pas à "l'intérêt national". On sait par ailleurs que le président de Sanofi-Synthélabo, Jean-François Dehecq, est un proche de Jacques Chirac. Et du coup, Daniel Vasela pose une première condition à son engagement: la neutralité du gouvernement français dans cette affaire. Mais une telle neutralité ne sera pas suffisante. Novartis souhaite également ne se muer en chevalier blanc qu'avec l'accord du groupe de Strasbourg. Daniel Vasela a avoué avoir eu une seule discussion avec Igor Landau pour le moment. Au cours de celle-ci, le président d'Aventis lui aurait demandé de faire une étude de faisabilité sur la possibilité d'une contre-offre de Novartis. L'étude a été menée par les Suisses qui l'ont transmise à la direction d'Aventis. "Depuis, nous attendons", indique Daniel Vasela. Pour ce dernier, il n'est envisageable de lancer une contre-offre "que s'il y est formellement invité par le conseil de surveillance d'Aventis", précise le communiqué. Chez Aventis, on confirme qu'un projet lui a été soumis. "Nous examinons actuellement cette position et nous envisageons de poursuivre les négociations avec Novartis", a-t-on confirmé du côté du laboratoire alsacien.Novartis, dans l'immédiat, refuse d'en dire plus sur une éventuelle contre-offre. "Nous n'avons jamais entamé de négociations formelles", s'est défendu Daniel Vasela pour qui la prime de 15% supérieure à l'offre de Sanofi, évoquée récemment par les marchés, est "fantaisiste". Il a cependant confirmé que son projet entend limiter l'impact des réductions d'emplois, notamment en créant une société cotée distincte du nouveau groupe et regroupant les activités vieillissantes et peu rentables. Du côté de Sanofi, une source proche de la société affirme que l'annonce de Novartis n'est pas à même de modifier l'attitude du laboratoire. Mais il est certain que l'on regarde ces développements avec anxiété. Dans l'hypothèse où Novartis passerait à l'action, le groupe français ne disposerait en effet pas de la puissance de feu nécessaire en termes de liquidités et de capitalisation pour répondre au géant suisse. Sanofi devrait alors, en cas d'offre trop généreuse de Novartis, abandonner la partie, et deviendrait à son tour une proie rêvée pour d'autres groupes pharmaceutiques.Dans l'immédiat, le marché reste sceptique. "Les gens se posent des questions sur ce communiqué de Novartis", affirme ainsi un analyste joint par l'AFP. Pour ce dernier, la clé du problème réside à Matignon et à l'Elysée. "Soit le gouvernement bloque toute offre et [Novartis] ne réussira pas, soit ils sont déjà en discussion avec le gouvernement". Pour le moment, Matignon se refuse à tout commentaire, mais, du coup, le marché adhére plutôt à la solution gouvernementale et ne croit donc pas à une contre-offre. Pour preuve, Novartis a gagné 1,82% mardi à Zurich, tandis que le titre Aventis reculait de 0,24%.

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