Leçon d'Europe

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Il est malheureusement probable qu'elle ne sera pas entendue. Ne renonçons pas pour autant à lui donner un peu plus d'écho en rappelant quelques données de base. La plupart des pays qui ont ainsi offert de se serrer la ceinture ont un revenu par habitant qui représente 40% de celui des quinze pays qu'ils ont rejoints. En face d'eux, Tony Blair a catégoriquement refusé que le rabais britannique soit amputé de 2,5 milliards d'euros par an, soit 0,13% du PIB britannique ; Jacques Chirac s'est opposé tout aussi fermement à la moindre concession sur la politique agricole commune, qui absorbe à elle seule la moitié du budget européen.Dans ces circonstances, on ne peut s'étonner que le Premier ministre luxembourgeois et président en exercice de l'Union ait avoué sa "honte" à l'issue du Conseil européen des 16 et 17 juin. Ou que le président français, qui en des temps pas si lointains fustigeait des pays qui avaient perdu "une bonne occasion de se taire" en donnant leur avis sur la politique étrangère de l'UE, leur rende publiquement hommage pour un geste "très impressionnant".Le fait que cette belle leçon n'ait pas été retenue n'est pas seulement regrettable pour des raisons morales ou politiques, mais aussi et surtout pour des raisons pratiques et immédiates. Sans budget, l'Union européenne ne peut tracer aucune perspective aux politiques publiques susceptibles de l'aider à sortir de son marasme économique. Divisée, elle est incapable de répondre aux sentiments d'inquiétude et de frustration exprimés lors des référendums français et néerlandais.Ceux qui veulent voir dans cet échec un succès pour Tony Blair, devenu soudain l'homme fort de l'Europe, se trompent. Chaud partisan de l'élargissement, le Premier ministre britannique vient de conforter ceux qui pensent que cette expansion est trop coûteuse, complexe, et doit être mise entre parenthèse. Il s'est également mis à dos les pays d'Europe centrale et orientale dont le soutien lui est indispensable pour promouvoir sa vision d'une Europe flexible et acquise à l'économie de marché.Beaucoup moins riches et pourtant plus généreux, les nouveaux membres de l'Union sont aussi ceux dont les taux de croissance sont les plus élevés, et auxquels nombre d'investisseurs étrangers, américains en particulier, accordent les perspectives les plus prometteuses. Autant de raisons qui conduisent à souhaiter qu'ils finissent par se faire entendre.

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