Condamné, Bernie Ebbers risque 85 ans de prison

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Première condamnation de poids dans le monde des affaires américain depuis l'éclatement des scandales financiers d'ampleur. Mardi, Bernard Ebbers a été reconnu coupable des neuf chefs d'inculpation retenus contre lui. L'ancien PDG de feu WorldCom, rebaptisé MCI depuis la faillite, devrait faire appel. En attendant, la sentence sera prononcée le 13 juin prochain.Les autorités américaines n'auront pas mis pas moins de deux ans et demi pour parvenir à leurs fins. Il faut dire que les événements auraient pu évoluer différemment. Car peu de preuves étaient là pour étayer ce procès d'ampleur portant sur 11 milliards de dollars de fraudes financières. Bizarrement, l'ordinateur de l'ex-PDG ne contenait ni mails ni courriers compromettants. Toute la difficulté a donc été pour les procureurs de la partie civile de relier les fraudes qui ont mené WorldCom à la faillite à Bernie Ebbers.Sa condamnation a finalement reposé uniquement sur le témoignage de son ancien directeur financier, John Sullivan, avec lequel Bernie Ebbers a formé un tandem de choc pendant les 10 ans où ce fils de famille modeste s'est employé à faire de la petite entreprise de télécommunications une étoile de la Nouvelle Economie. La complexité de la relation des deux hommes a retenu toutes les attentions et leurs deux versions radicalement différentes des faits ont fait hésité les jurés jusqu'au bout. Ces derniers ont ainsi assisté à la rupture consommée des deux hommes qui n'ont même pas réussi à se mettre d'accord sur la nature de leur relation passée.Cherchant à désamorcer la bombe Sullivan qui a plaidé coupable contrairement à l'ancien PDG, l'avocat de Bernie Ebbers Reid Weingarten n'a pas hésité à évoquer devant la cours les habitudes de cocaïnomane du financier ainsi que sa vie privée tumultueuse.L'autre partie a elle raconté comment les fraudes étaient élaborées à deux dans l'intimité de chambres d'hôtels sans nul autre témoin. "Nous devons atteindre les objectifs", disait Bernie Ebbers à John Sullivan au troisième trimestre 2000, lui interdisant donc un profit-warning, en dépit des alertes du directeur financier. A la question de savoir s'il avait considéré la remarque du PDG comme la première incitation à maquiller les comptes de la société, Sullivan a répondu par l'affirmative.Puis l'engrenage. Les dirigeants ont commencé à transformer une partie des charges de l'entreprise en investissements en capital, afin de maintenir les bénéfices. Pour des sommes énormes. Au cours du procès, les comptables se sont ainsi plaints d'avoir déplacé d'un coup 800 millions de dollars au sein du compte de résultat.C'est sur la base de ce témoignage que les jurés ont jugé Ebbers coupable. Il aurait pu en aller autrement. Car, pendant longtemps, Sullivan, qui a dépensé des millions de dollars en frais d'avocats, a nié les faits. Il n'a retourné sa veste qu'en mars dernier, décidant alors de plaider coupable. Bien que prenant un risque énorme en fondant l'accusation sur ce seul témoignage, les pouvoirs publics ont quand même tenté de préparer au mieux le directeur financier, en le rencontrant pas moins de trente fois.Entre son choix de se défendre lui-même et de plaider non coupable, la stratégie d'Ebbers aura scellé sa chute. Tout au long du procès, son avocat n'aura eu de cesse d'évoquer les compétences limitées de son client en matière de comptabilité. L'homme était un visionnaire s'intéressant à la stratégie, et non aux détails d'un tableau chiffré...Mais dans une plaidoirie, la partie civile a demandé comment un autodidacte capable de supprimer les gobelets de café gratuits afin de faire 4 millions de dollars d'économies n'avait pu voir passer des milliards de dollars de malversations financières. L'argumentation a pesé. "Je pense qu'Ebbers s'est pendu lui-même. Comment pouvait-il être à ce niveau de compétence et dire qu'il ne savait rien?", a témoigné un juré. "L'aveuglement n'est pas une excuse", a expliqué un autre. En théorie, l'ancien PDG risque maintenant 85 ans de prison mais dans les faits, le risque se limite à 20 ans d'emprisonnement. Reste que la condamnation doit donner des sueurs froides à d'autres dirigeants inculpés dans des affaires tout aussi sulfureuses. Kenneth Lay, l'ancien patron d'Enron, sera jugé l'année prochaine. Richard Scrushy, l'ex PDG de HealthGroup, risque également gros. Juste après le verdict, la SEC a annoncé qu'elle avait engagé des poursuites contre onze anciens dirigeants de Qwest, parmi lesquels son ex patron Joseph Nacchio. Une chose est sûre, après la condamnation de Bernie Ebbers, aucun d'entre eux ne pourra dire qu'il ne savait pas.

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