Tapie débouté dans l'affaire Adidas

Alors que le parquet général s'était prononcé vendredi pour la confirmation de l'arrêt condamnant le CDR, la Cour de cassation a rendu le verdict inverse ce matin. Bernard Tapie n'aura donc pas les 145 millions d'euros qu'il espérait.

Retournement surprise dans l'affaire Adidas. Alors qu'à la veille du week-end, le Parquet général s'était prononcé en faveur de Bernard Tapie contre le Consortium de réalisation (CDR), donc l'Etat Français, la Cour de cassation a tranché aujourd'hui en faveur du CDR, l'organisme public chargé d'assumer la gestion passée du Crédit Lyonnais. La plus haute juridiction française a donc cassé la décision qui avait octroyé 135 millions d'euros de dommages et intérêts (montant relevé depuis à 145 millions) à l'ex-homme d'affaire dans le dossier Adidas.

Au milieu des années 1990, Adidas a été vendu à Robert Louis-Dreyfus par l'intermédiaire du Crédit Lyonnais, principale banque de Bernard Tapie, Ce dernier s'estime lésé par cette transaction, n'ayant pas été informé de tous les détails. Surtout, l'homme d'affaires considère que si le banque d'affaires avait été loyale à son égard, son groupe aurait éviter la liquidation et tous les ennuis judiciaires qui s'en sont suivis. Sans lui accorder les 990 millions d'euros qu'il réclamait, la Cour d'appel avait donné raison à Bernard Tapie, estimant que le Crédit Lyonnais, "en n'informant pas loyalement son client, n'a pas respecté les obligations de son mandat".

Interrogés par l'AFP, Bernard Tapie et les avocats des deux parties n'ont pas caché leur surprise après ce jugement. "Je suis évidemment très surpris que des magistrats de ce niveau de compétence et de sérieux cassent l'arrêt (rendu par la Cour d'appel de Paris le 30 septembre 2005, NDLR) sur la question de l'obligation de financement du banquier", a affirmé Bernard Tapie.

Pour maître Maurice Lantourne, l'un des avocats de Bernard Tapie, "cela peut être une victoire à la Pyrrhus pour le CDR car si on reparle de la faute (de la banque, NDLR) devant la cour d'appel, on peut doubler le préjudice". La défense de l'ex-homme d'affaires estime en effet que la Cour de cassation ne s'est pas prononcée sur une faute de la banque qu'avait retenue la Cour d'appel, c'est-à-dire le non-respect de son obligation de loyauté envers Bernard Tapie.

"Cela va à l'encontre de ce que l'on a entendu depuis longtemps, c'est-à-dire que Bernard Tapie aurait été floué par le Crédit Lyonnais, qu'il aurait été spolié des plus-values réalisées" sur le groupe Adidas, s'est félicité l'avocat du CDR, maître Benoît Soltner. "Cette décision nous donne satisfaction, la faute essentiellement reprochée aux banques (le Crédit Lyonnais et sa filiale SDBO, NDLR) est considérée comme sans existence", a ajouté l'avocat du Crédit Lyonnais, maître Charles-Louis Vier.

Egalement interrogé par l'AFP, le député UDF, Charles de Courson, s'est félicité de la décision de la Cour de Cassation, estimant que cet arrêt "honore la justice" et "protège les intérêts des contribuables en évitant d'aggraver de 145 millions d'euros le coût brut de la défaisance du Crédit Lyonnais évalué à 15 milliards d'euros".

Longue à se dessiner, l'idée du pourvoi en cassation aura été providentielle pour l'Etat. Si la Cour de cassation lui avait donné raison, Bernard Tapie aurait été fondé à demander des dommages et intérêts, évalués à plusieurs centaines de millions d'euros.

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