Les leçons de l'Alberta

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Cet Etat de l'Ouest du Canada fournit quelques exemples à méditer en matière de maîtrise des finances publiques et de contrôle des dépenses...

La semaine dernière, Ralph Klein, le Premier ministre conservateur de l'Alberta était en visite officielle en France. L'occasion pour lui de vanter les performances économiques de sa province. Qu'on en juge: une croissance du produit intérieur brut (PIB) attendue à 4% pour 2006, un taux d'emploi record de 71,4% qui coïncide en toute logique avec un chômage au plus bas depuis 30 ans (3,4% contre un taux national de 6,1%) et, surtout, une série impressionnante et ininterrompue de treize années de surplus budgétaire.

A l'occasion d'une intervention sous l'égide de la chambre de commerce franco-canadienne, "l'honorable Premier" s'est plié de bonne grâce à un exercice pédagogique dont on pourrait tirer, aux quatre coins de l'Hexagone, quelques éléments de réflexion.

Commençons par la bonne santé des finances publiques. Depuis 1993, l'Alberta n'a jamais connu de déficit budgétaire, jouant en la matière le rôle de pionnier pour le gouvernement fédéral puisque le Canada affiche quant à lui neuf années d'affilée en matière de solde positif pour les finances fédérales. "Comment avez-vous pu mettre en place la réduction des dépenses et, surtout, faire face aux protestations?" a demandé, faussement ingénue, une patronne du privé à Ralph Klein sous le regard amusé de Laurence Parisot, la présidente du Medef, le patronat français. "Je sais qu'en France, certaines réformes ont provoqué quelques remous", a ironisé Ralph Klein sous les applaudissements, "mais ne croyez surtout pas que ce fut facile en Alberta ou même au Canada. Tous les matins, durant des années, en sortant de chez moi, il y a avait des pancartes qui disaient 'stop the cuts' (arrêtez les coupes dans les dépenses). Il n'y a pas de miracle. Il faut s'en tenir à ce que l'on a décidé et aller jusqu'au bout".

Présent lui aussi, un autre officiel albertain prolonge le propos: "ce qu'il oublie de dire, c'est que la préoccupation première de Klein et de son entourage était de montrer aux Albertains que l'exécutif lui aussi était concerné par cette austérité avec notamment des baisses de salaires."

Treize ans plus tard, les contribuables de l'Alberta ont non seulement des finances publiques saines et le taux d'imposition le plus bas du Canada (15%) mais ils ont en plus reçu un chèque de 400 dollars en janvier dernier en remise d'impôts. Certes, le boom pétrolier que connaît la province explique en grande partie son excellence budgétaire (l'Alberta possède les secondes réserves de pétrole dans le monde) mais la bonne gouvernance en matière d'emploi de l'argent du contribuable semble bien enracinée.

Un exemple? Avant son départ pour la France, Ralph Klein, qui achèvera, de sa propre initiative, son mandat en décembre prochain, a été sommé par son opposition libérale de justifier ce déplacement et d'en fournir le coût. "La France a la meilleure infrastructure dans la lutte contre le cancer", a plaidé Ralph Klein en expliquant qu'il entendait bien, grâce à la manne pétrolière, attirer vers l'Alberta investissements et talents hexagonaux.

Quant au coût de son déplacement: Ralph Klein n'a pas eu le choix puisqu'il vit dans un pays où les notes de frais du moindre fonctionnaire sont mises en ligne. Son périple européen a coûté 58.000 dollars. Pas de quoi mettre en péril le - gros - bas de laine albertain.

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