Messieurs les cybercenseurs, bonjour la Chine

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La complaisance de Yahoo! et Google à l'égard des censeurs chinois émeut jusqu'au Congrès américain. On se souvient que Yahoo! s'est battu pendant cinq ans contre une décision de justice française qui l'obligeait à retirer de son site d'enchères la vente d'objet nazis. Deux poids, deux mesures-

Les députés du Congrès américain n'ont guère été convaincus par l'audition, mercredi, des dirigeants de Google, Yahoo!, Cisco et Microsoft, sommés de s'expliquer devant une commission des relations internationales sur leur attitude en Chine. Accusés pour certains d'avoir fourni des éléments conduisant à l'arrestation de dissidents, le député démocrate Tom Santos ne les a pas ménagé. "Vos agissements en Chine sont un déshonneur. Je ne comprends tout simplement pas comment vos dirigeants arrivent à dormir la nuit", leur a-t-il lancé, dénonçant leur faible sens de leur responsabilité sociale.

A l'instar de Google qui vient d'accepter récemment de filtrer les résultats des requêtes faites sur des mots sensibles comme Tibet, Tienanmen, démocratie, indépendance de Taïwan... pour pénétrer le marché chinois - Libération dans son édition du 15 février a testé l'efficacité du filtre sur Google.cn - les quatre compagnies ont fait état du dilemme qui s'était posé à elles: se priver de l'accès à un marché de plus de 100 millions d'internautes et de ses profits ou se conformer "aux lois locales", comme l'a dit Google. Et devant les représentants du Congrès, les quatre firmes ont estimé que l'enjeu les dépassait. Elles ont appelé le gouvernement américain à défendre la liberté d'Internet sur la scène internationale, à mettre ce sujet en avant dans toute discussion commerciale entre Etats...

Google avait toutefois volontiers reconnu ces derniers jours qu'en se pliant à la censure imposée par la Chine, il allait à l'encontre de sa mission de rendre toute l'information accessible à tous, partout. Mais, s'était-il justifié, un peu d'information, même expurgée, valait mieux que pas d'information du tout. Sans compter qu'il prévient les internautes chinois que certaines réponses ne leur sont pas accessibles.

Après tout, la censure chinoise peut se comparer au filtrage des sites nazis imposé par la justice en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, a plaidé Google. Comparaison douteuse: c'est le droit international qui reconnaît les crimes nazis comme crimes contre l'Humanité et non de simples "lois locales".

Et on se souvient qu'il a fallu cinq ans de bataille juridique, devant les tribunaux français puis américains, pour confirmer l'interdiction prononcée en France de mise en vente d'objets nazis sur le site d'enchères de Yahoo! dont les serveurs sont situés sur le sol américain. Yahoo! mettait en avant la liberté d'expression inscrite au Premier amendement de la constitution américaine. Le marché français pèse bien moins lourd que le marché chinois, il est vrai...

Et quand l'administration Bush exige de Google qu'il lui fournisse des données sur les requêtes effectuées par les internautes, au nom de la lutte contre la pornographie infantile, le géant de l'Internet se drape dans le rôle de défenseur des informations privées de ses utilisateurs pour refuser.

Google est donc plus sourcilleux envers les démocraties qu'envers la Chine. Dans le cybermonde, qu'on disait sans frontières, les droits de l'Homme, leur respect et leur défense n'ont pas conquis l'universalité. La Chine démontre au contraire jour après jour que les murs s'élèvent, de plus en plus efficaces et résistants, contre la libre circulation des idées. Comme dans le monde réel, pendant les travaux, les affaires continuent.

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