Portal, le quêteur insatisfait

Prince de la recherche, éternel insatisfait, Michel Portal livre son premier album depuis six ans. Un exercice de haut vol.

"Ce côté touche à tout, j'ai peut-être un peu exagéré": Michel Portal le confesse aisément. Il n'a jamais cessé de surprendre par son éclectisme. Un jour à la clarinette avec Mozart, le lendemain à la clarinette basse avec Ornette Coleman. Cet après-midi là justement, ce quêteur de l'impossible sort de quatre heures de répétition sur des trios de Brahms. "Il y a des moments où je suis un peu surmené", lâche le poly-instrumentiste pour ajouter aussitôt: "j'ai encore plein de force". Tout Portal est là. Il vient de célébrer son jubilé, sept décennies passées à l'état-civil et il continue d'avancer, toujours par des chemins détournés, ou pour reprendre une expression militaire bizarre dans sa bouche, de "crapahuter".

Il revendique cette diversité totalement, Michel Portal. Cet équilibre entre classique et jazz constitue en quelque sorte une hygiène de vie. Face à ses détracteurs, prompts à évoquer son aspect Frégoli ou Cocteau, il riposte, sans acrimonie: "Pourquoi demande-t-on à un acteur de faire mille rôles et pourquoi ne laisse-t-on pas au musicien sa liberté d'expression? Pourquoi les classer automatiquement dans une catégorie?".

Justement, dans son dernier album, Michel Portal avait envie de s'envoler. D'où le choix du titre, "Birdwatcher". L'homme qui regarde les oiseaux et qui veut aussi décoller. Pour ce voyage, le clarinettiste/saxophoniste/bandonéiste est revenu à Minneapolis, six ans après son dernier enregistrement. Retrouver la rythmique de Prince (Jeff Lee Johnson, Sonny Thompson) mais aussi un nouveau compagnon d'aventure, un robuste saxophoniste ténor qui lui donne la réplique, Tony Malaby. Le résultat secoue, émeut et rappelle un des plus beaux albums de Portal, "Cinémas" (Label Bleu), un florilège de ses musiques de films ("Max mon amour", "Champ d'honneur"...).

"Si cela peut réchauffer l'atmosphère ambiante un peu triste, tant mieux", lance le compositeur des onze titres de l'album. Désabusé? Pensez donc. Portal se considère comme un privilégié. Et il pense déjà à son prochain album: "je ne voudrais pas rester encore six ans avant d'en sortir un autre!".


Concert: New Morning (Paris 75010) le 27 mars. Tél: 01 45 23 51 41.
Discographie: "Michel Portal. Birdwatcher", avec Tony Malaby (saxophone ténor), Tony Hymas( piano), Erik Fratzke (guitare basse), François Moutin (basse), JT Bates ou Michael Brand (batterie), Airto Moreira (percussions), Jef Lee Johnson (guitare), Sonny Thompson (basse électrique). Universal Music Jazz France.

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