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"En Allemagne, les taux moyens de rejet de CO2 ont déjà baissé de 2%"

La Tribune

Publié le 14 septembre 2007 à 11:02 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 17:21

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Latribune.fr publie le texte intégral de l'interview de Franz Fehrenbach, président du groupe Bosch, parue ce matin dans La Tribune.

La Tribune.- Un thème domine le salon de Francfort: la bataille autour du CO2. Y voyez vous une aubaine pour Bosch?

Franz Fehrenbach.- Clairement oui. La baisse de la consommation de carburants et la réduction des émissions de gaz carbonique sont au coeur de notre recherche et développement depuis longtemps. Après la première crise pétrolière de 1973, nous avons organisé notre recherche autour de trois mots-clefs, dits les "trois S": Sicher (sûr), Sparsam (économique) et Sauber (propre). Et depuis grâce à nos systèmes, nous avons réussi à faire baisser considérablement les émissions de gaz tout en baissant la consommation des moteurs. Car là réside toute la complexité. On pourrait réduire encore plus la consommation si la réduction des émissions était moins stricte. Depuis 1990, les constructeurs allemands ont fait chuter la consommation de leurs moteurs de 25% tout en abaissant de 95% les émissions de substances toxiques. Mais nous devons aller encore plus loin.

Et pourtant les constructeurs allemands ont semblé bien absent de cette préoccupation jusqu'il n'y a pas si longtemps?

Ce n'est pas exact, si vous prenez les chiffres que je viens de donner. Mais il y a différentes raisons qui expliquent pourquoi la consommation moyenne ces deux-trois dernières années n'a pas continué à chuter fortement. Notamment les exigences toujours plus draconiennes dans certains secteurs comme en matière de sécurité ou de rejet de gaz. Les voitures du coup sont devenues plus lourdes. La demande s'est orientée en même temps vers de plus grosses cylindrées. Et voyez. Maintenant que le sujet est au coeur des préoccupations, la demande commence à changer. Sur les sept premiers mois de l'année en Allemagne, les ventes de voitures peu génératrices de CO2 ont augmenté de 27% ! Ainsi les taux moyens de rejet de CO2 ont chuté de 2%.

Les constructeurs estiment pourtant irréalisable le projet de législation européenne qui veut limiter à 130 grammes par kilomètre dès 2012 les rejets de CO2 contre environ 160 g CO2/km actuellement. Partagez vous leurs réticences?

Il va y avoir une évolution positive, par étapes. Mais je crois que cette limite stricte de 130 grammes en moyenne jusqu'en 2012 ne sera pas réalisable. Car le développement des véhicules qui seront sur le marché dans cinq ans est déjà bien avancé. Ce niveau est atteignable, mais seulement pour la génération suivante de modèles.

Un autre sujet au coeur des discussions ces derniers jours sont les nouveaux défis du marché, et notamment la consolidation en cours. Continental notamment va avaler VDO. Pensez vous que le processus va s'accélérer?

Certaines études des dernières années prédisaient une concentration à cinq ou six du nombre de constructeurs automobiles globaux. Le développement actuel en Chine et en Inde prouve que c'est finalement le processus inverse qui va avoir lieu. On aura à l'avenir plus de fabricants auto globaux. Au niveau des équipementiers en revanche, on va assister à une concentration de plus en plus forte. Il faut aujourd'hui avoir une présence globale, ce qui nécessite des fonds importants pour être en mesure d'avoir des usines, des centres de recherches et des réseaux de distribution un peu partout. Cela dépasse clairement les forces de nombreuses PMI du secteur.

Depuis une dizaine d'année, la pression sur les prix est très forte?

Et elle va continuer. Aujourd'hui émergent en Asie de nouveaux fabricants globaux qui créent des capacités de production additionnelles sur quelques familles de produits alors que le marché souffre déjà de surcapacités. Cela ne peut que renforcer la compétition entre les fabricants et donc la pression sur les équipementiers.

De nombreux fabricants ont aujourd'hui dans leurs cartons une voiture à moins de 7.000 euros. N'est ce pas un problème pour un leader en matière de technologie comme Bosch si le marché se réoriente vers le bas?

Non, au contraire. C'est déjà un segment qui représente près de 12% du marché. Or il va croître en moyenne de 5% par an alors que le reste du marché ne devrait progresser que de quelque 2,5%. Nous avons donc décidé déjà il y a trois ans de rentrer sur ce marché. Il se développe fortement en volume ce qui pourrait aller à l'encontre du moyen de gamme. Nos résultats sont probants aussi bien en termes de développement produits qu'au niveau du carnet de commandes. Mais il ne s'agit pas de vieux produits. Nous développons surtout en Inde et en Chine, des produits directement adaptés aux spécifications locales. Les marges y sont certes plus réduites mais les volumes sont plus importants aussi.

La crise du marché de l'immobilier aux Etats-Unis vous inquiète t-elle?

Le deuxième investissement privé le plus important après l'immobilier est la voiture. Il est donc clair que le deuxième semestre va y être difficile et 2008 ne devrait guère être meilleur. Mais nous avons la chance qu'actuellement les marchés asiatiques et d'Europe de l'Est soient très dynamiques ce qui nous permet de compenser en grande partie la faiblesse de la demande américaine.

Vous perdez toujours de l'argent sur le marché américain?

2006 a été pour Bosch aux USA une année difficile. Nous remontons la pente en 2007. Nous sommes sur la bonne voie même si la situation est encore loin d'y être satisfaisante.

Face à la baisse des marges dans l'automobile vous avez indiqué depuis quelques années vouloir recentrer le groupe pour ne plus dépendre à terme que de 50% de l'automobile contre 62% l'an dernier. Doit on compter sur de grosses acquisitions dans vos deux autres secteurs dans les prochains temps?

Nous avons toujours dit que ce mouvement serait progressif et du long terme et que cela ne voulait pas dire que nous réduirons la voilure dans l'auto. Que nous soyons à l'affût d'acquisitions est aussi connu. C'est une question d'opportunités. Nous n'excluons pas non plus de grossir dans l'automobile si nous trouvons des entreprises qui peuvent arrondir notre offre comme cette année où nous avons déjà investi dans deux sociétés dans le secteur. Notre objectif est une croissance annuelle moyenne de 8% par an, dont 5% organique et le reste via des acquisitions.

Dans un entretien récent vous avez défini Bosch comme un groupe spécialisé sur la transformation d'énergie. C'est le nouveau slogan?

Non évidemment. Notre slogan reste "Des technologies pour la vie". Mais si vous étudiez notre portefeuille d'activités, vous constaterez que dans tous les secteurs où nous sommes présents, nous transformons l'énergie. Dans les voitures, nos composants transforment les carburants en énergie mécanique ou électrique, nous vendons aussi des techniques de chauffage et nous sommes de plus en plus présents dans les énergies renouvelables.

Visiblement un domaine qui doit être à l'avenir votre quatrième pilier de développement?

Il ira dans cette direction. Face à l'épuisement des matières premières fossiles, il faut trouver des énergies substitutives et nous sommes persuadés que la transformation des rayons du soleil en énergie est un processus d'avenir. C'est pour cela notamment que nous avons pris une participation dans un projet de production d'électricité par l'énergie solaire photovoltaïque avec Basf et Heliatek. Mais nous développons aussi des engrenages pour les moteurs d'éoliennes ainsi que des chaudières à énergie solaire et des pompes à chaleur pour les particuliers.

Bosch a-t-elle vraiment besoin d'un quatrième secteur d'activité pour assurer son avenir?

Il n'est pas question de sortir nos activités dans ce domaine des divisions auxquelles elles sont aujourd'hui rattachées. Mais nous voulons aller plus loin. Pour ces technologies alternatives, nous commencerons à récolter les fruits à l'horizon 2015. Nous tablons bien à cette date sur un chiffre d'affaires annuel supérieur au milliard d'euros. D'ici là, il faut investir et nos divisions, qui doivent se concentrer sur leur coeur de métier, ne peuvent assumer ces investissements lourds. Nous avons donc préféré prendre directement en charge au niveau de la direction ce nouveau secteur d'avenir.

Et vous pouvez vous permettre d'y investir lourd puisque vous n'avez pas la pression des marchés financiers?

Il est clair que notre structure nous permet de mener une stratégie à long terme. Il peut y avoir des retournements de situation. Mais nous disposons de ressources financières solides. Cela veut dire aussi que nous devons générer nous-même les moyens dont nous avons besoin pour financer notre croissance comme nos acquisitions. Il ne faut pas croire donc que nous n'avons pas la pression du résultat. Notre règle est une rentabilité avant impôts de 7 à 8%.

Voici quatre ans que vous dirigez Bosch. Autrefois très fermé sur lui-même, le groupe est devenu plus communicatif. La culture Bosch est-elle en train de changer?

Certainement pas. Mais elle évolue. Un certain nombre de changements d'ailleurs avaient déjà débuté sous mon prédécesseur. Pour ma part, j'ai certainement favorisé à l'international la communication interne comme externe. Notre journal interne est publié aujourd'hui en huit langues et bientôt neuf. Nous avons réfléchi aussi intensément ces dernières années aux valeurs et idéaux qui font la culture Bosch et pour la première fois, sans avoir recourt d'ailleurs à un conseil en entreprise extérieur, nous avons mis sur papier ces orientations clefs pour nos salariés dans le monde entier. Cela a été un travail intensif mais aussi une dynamique de groupe très bénéfique pour la motivation au sein du directoire.

Le gouvernement allemand réfléchit à la mise en place de dispositions pour protéger les entreprises de prédateurs étrangers dépendant de fonds publics. Y êtes vous favorable?

Seulement s'il s'agit de fonds publics de pays qui n'obéissent pas vraiment aux règles de la démocratie et dans des secteurs industriels sensibles, comme l'énergie ou le militaire par exemple.

Vous êtes opposé alors à un politique industrielle forte, à l'image de ce qui est pratiqué par exemple en France?

Encore une fois, je refuse complètement une telle politique. La mondialisation de l'économie nécessite des frontières ouvertes et une interconnexion forte. Nous avons besoin, également en Europe, d'investissements étrangers. Et pourquoi se protéger? L'économie allemande réalise dans le monde d'excellents résultats. Nos exportations n'ont jamais été aussi élevées. Nous devons donc être très prudents en la matière. Mais nous devons exiger la réciprocité.

La Tribune

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