Cuivre : comment les producteurs africains ont résisté à la crise de l’acide sulfurique

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Kansanshi, la plus grande mine de cuivre d’Afrique, est opérée par First Quantum en Zambie.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Kansanshi, la plus grande mine de cuivre d’Afrique, est opérée par First Quantum en Zambie.
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Cochilco a révisé à la baisse la production chilienne de cuivre pour 2026, attendue à 5,3 millions de tonnes, soit un recul de 2% par rapport à 2025. Dans le même rapport publié mardi 19 mai, la commission chilienne du cuivre projette une croissance de 0,5 % de la production mondiale, portée par un petit groupe de pays dont la RDC et la Zambie. Alors qu’une crise d’acide sulfurique frappe le secteur cuprifère, ces deux pays affichent une certaine résilience.
Environ 20 % de la production mondiale du métal rouge repose sur un procédé de lixiviation dans lequel l’acide est versé sur des minerais oxydés pour en dissoudre le cuivre. La quasifermeture du détroit d’Ormuz au trafic de soufre, matière première de l’acide, a retiré du marché mondial la quasi-totalité des volumes en provenance du MoyenOrient. Pour l’Afrique subsaharienne, qui dépendait de la région pour environ 48% de ses importations de soufre en 2025 selon S&P Global, l’impact sur la production de cuivre s’annonçait non négligeable.
La réalité s’est avérée moins sombre pour la RDC et la Zambie. La principale explication tient à la configuration industrielle de la Copperbelt, où plusieurs grands opérateurs disposent de fonderies produisant de l’acide sulfurique comme sousproduit de la fusion des concentrés cuprifères. First Quantum, premier producteur de cuivre en Zambie, en est l’une des illustrations. Son directeur général Tristan Pascall a indiqué que la fonderie de Kansanshi produit suffisamment d’acide pour couvrir la production de cathodes sur site.
L’expansion récente de l’installation, avec l’ajout d’une cinquième unité de traitement de l’acide, pourrait même générer des volumes excédentaires. C’est dans ce contexte de stocks reconstitués et de disponibilité plus importante de l’offre que Lusaka a autorisé en mai la reprise encadrée des exportations d’acide sulfurique vers la RDC, après plusieurs mois de suspension. Avec une production annuelle de 2 millions de tonnes, la Zambie est en effet le principal fournisseur en acide sulfurique des producteurs de cuivre en RDC.
Pendant la phase de suspension des exportations zambiennes, les risques de pénurie en RDC ont par ailleurs été limités par une nouvelle source locale d’approvisionnement. La fonderie de KamoaKakula, plus grande mine congolaise de cuivre, est entrée en service fin décembre 2025. Elle a produit 117 871 tonnes d’acide sulfurique au premier trimestre 2026, dont 107 700 tonnes vendues au cours des dernières semaines à six clients, à un prix moyen de 467 dollars la tonne. Le propriétaire canadien de la fonderie, Ivanhoe Mines, précise qu’un contrat de livraison pour juin a déjà été signé.
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Pendant que la RDC et la Zambie préservent leur trajectoire de croissance, les perturbations s’accumulent ailleurs. Outre la baisse annoncée de la production chilienne, PT Freeport Indonesia a annoncé en mai une réduction de près d’un tiers de son objectif de production pour la mine de cuivre de Grasberg, la deuxième plus grande au monde. Celleci devrait livrer 700 millions de livres, contre 1 milliard de livres prévu en début d’année.
L’International Copper Study Group a déjà pris acte des tensions sur l’offre dès fin avril, en révisant à la baisse ses prévisions de croissance de la production minière mondiale pour 2026, de 2,3% à 1,6%. Mais la guerre en Iran, en affaiblissant les perspectives économiques mondiales, a aussi conduit l’organisation à abaisser ses prévisions de croissance de la demande, de 2,1% à 1,6%. Les deux pressions se compensent partiellement, ce qui explique la relative stabilité des cours depuis le début des hostilités. Cochilco n’en a pas moins relevé sa prévision de prix moyen du cuivre à 5,55 dollars la livre pour 2026, contre 4,95 dollars précédemment. Pour les producteurs congolais et zambiens capables de maintenir leurs volumes, cette tension mondiale pourrait devenir un avantage au niveau des revenus.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin