Longtemps confronté aux limites de ses chaînes de valeur agricoles, le Sénégal cherche désormais à transformer son potentiel productif en croissance durable, en misant sur la logistique, la conservation et la création de valeur dans les territoires ruraux.
La Banque mondiale a approuvé début juillet, un financement additionnel de 140 millions de dollars, soit environ 122 millions d’euros, pour renforcer la connectivité des zones agricoles du nord et du centre du Sénégal. Accordée dans le cadre du Projet de connectivité des zones de production agricoles dans le Nord et le Centre du Sénégal (PCZA), cette enveloppe doit rapprocher les producteurs des marchés, des services essentiels et des opportunités économiques.
Mobilisé à travers l’Association internationale de développement (IDA) et complété par une contribution de 2 millions de dollars, soit environ 1,75 million d’euros du gouvernement sénégalais, ce financement porte à 470,8 millions de dollars soit 411 millions d’euros, l’investissement total du projet. Environ 570 000 personnes devraient en bénéficier directement.
Des corridors agricoles pour réduire l’isolement des producteurs
Le nouveau financement permettra d’étendre les résultats déjà obtenus par le PCZA, qui a permis la construction et la mise à niveau de 414 km de routes, améliorant l’accès aux services socio-économiques pour près de 350 000 personnes. La prochaine phase concernera deux corridors stratégiques reliant Koussanar à Koumpentoum et Tambacounda à Dianké Makha, dans des zones où l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités économiques.
Le projet prévoit la construction de 171 km de routes revêtues et de 104 km de pistes en latérite intégrant des normes de résilience climatique. Il financera également des infrastructures communautaires situées dans un rayon de 5 km autour des nouveaux axes, notamment des plateformes de transformation agricole pour les femmes, des espaces de stockage, des marchés, des points d’eau ainsi que des équipements scolaires et sanitaires.
Environ 221 000 personnes supplémentaires devraient être directement connectées aux marchés régionaux et aux services essentiels. Selon la Banque mondiale, cette amélioration de la mobilité favorisera de nouvelles opportunités économiques pour les jeunes, les femmes entrepreneures et les acteurs des chaînes de valeur agricoles.
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« Lorsqu'une route relie un bassin agricole à un marché urbain, elle raccourcit bien plus qu'un trajet : elle permet à un producteur de mieux valoriser sa récolte, à une entrepreneuse d'accéder à de nouveaux débouchés et à une communauté de saisir davantage d'opportunités économiques », a déclaré Djibrilla Issa, directeur de division de la Banque mondiale pour le Sénégal, la Mauritanie, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau et la Gambie.
Un levier face aux fragilités du système alimentaire
Ce financement se veut une réponse aux contraintes structurelles qui limitent encore la performance agricole du Sénégal. Le pays importe environ 70 % de ses besoins alimentaires, et les pertes post-récolte touchent entre 30% et 40% de la production nationale, principalement en raison du déficit d’infrastructures de stockage et de conservation. Dans ce contexte, améliorer les infrastructures de transport constitue un enjeu économique majeur. Il s'agit de réduire les déperditions, d'améliorer l’accès aux débouchés commerciaux, et d'accroître la part de valeur revenant aux exploitants.
Cet effort sur les infrastructures s’inscrit par ailleurs dans une stratégie plus large visant à renforcer la souveraineté alimentaire du pays. Le Programme d’appui à la stratégie de souveraineté alimentaire (PASS), lancé avec le soutien du Fonds international de développement agricole (FIDA), prévoit 150 milliards FCFA (environ 228,67 millions d’euros) d’investissements pour améliorer la productivité, renforcer la résilience des exploitations et développer les débouchés commerciaux dans dix régions.
Pour Dakar, le défi sera désormais de convertir cette meilleure connexion des territoires en gains économiques concrets : moins de pertes, davantage de transformation locale et une plus grande valeur captée par les producteurs.