De Beers : l’Angola veut une place à la table où se décide l’avenir du diamant

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Diamantino Azevedo, ministre du Pétrole et des Ressources minérales d'Angola.
DR

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Diamantino Azevedo, ministre du Pétrole et des Ressources minérales d'Angola.
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L’Angola poursuit ses discussions en vue d’une entrée au capital de De Beers et vise une participation significative pour influencer la stratégie de l’entreprise, a déclaré cette semaine à Lisbonne le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Diamantino Azevedo.
Luanda ne cherche pas à prendre le contrôle du groupe. Le gouvernement veut toutefois une part qui lui permette de « s’asseoir à la table », de participer aux discussions au niveau de la direction et de contribuer aux choix stratégiques.
« De Beers n’est pas seulement une entreprise minière. C’est aussi de la technologie, de la distribution, des réseaux, des consommateurs et de la géopolitique », a déclaré le ministre en marge d’une conférence, selon des propos rapportés par Bloomberg.
Cette sortie du ministre prolonge une démarche engagée en 2025, lorsque le pays avait indiqué avoir présenté une offre pour acquérir une participation stratégique dans le groupe, par l’intermédiaire de sa compagnie publique Endiama.
À l’époque, les autorités angolaises défendaient une structure dans laquelle plusieurs pays producteurs, dont le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud et l’Angola, pourraient participer de manière significative à la gouvernance du groupe.
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Cette ambition s’appuie sur le poids croissant de l’Angola dans l’industrie. Selon les données du Processus de Kimberley, le pays a produit en 2024 des diamants d’une valeur de 1,41 milliard de dollars soit 1,23 milliard d'euros, contre 1,36 milliard de dollars pour le Botswana. Il s’agissait de la première fois en vingt ans que l’Angola dépassait son voisin en valeur de production.
Encore centré sur la production de pierres brutes, le pays voit dans De Beers un moyen de peser audelà de l’extraction, dans les segments où se construit une part importante de la valeur.
Cette volonté d’entrer au capital de De Beers survient alors que l’entreprise traverse une période difficile. Anglo American, qui détient 85% du groupe, est dans la phase finale de sa vente après plusieurs années de faibles performances.
Pour cause, le marché du diamant naturel souffre du recul des dépenses de luxe en Chine, de la montée des diamants de laboratoire et de l’accumulation des stocks. De Beers a réduit le nombre de ses acheteurs agréés et abaissé ses prix officiels sur la plupart des catégories de diamants qu’il commercialise.
Malgré ce contexte délicat, l’Angola n’est pas le seul pays africain intéressé par le futur du groupe. Le Botswana, déjà actionnaire à 15%, a affiché son ambition d’augmenter fortement sa participation, voire de prendre le contrôle de l’entreprise. Le pays occupe une position particulière. Près de 70% des diamants produits par De Beers proviennent de Debswana, une coentreprise détenue à parts égales par le gouvernement botswanais et le groupe.
Du côté des investisseurs privés, un consortium dirigé par Gareth Penny, ancien directeur général de De Beers, est présenté comme favori dans la course au rachat. Soutenu par plusieurs grands négociants en pierres précieuses, ce groupe veut recentrer De Beers sur l’extraction et la commercialisation des diamants naturels.
Quel que soit le futur propriétaire, il devra redéfinir la stratégie du groupe face à la progression des diamants de laboratoire. Diamantino Azevedo estime que l’industrie doit apprendre à vivre avec ces pierres plutôt que chercher à les faire disparaître. Il plaide toutefois pour une information claire du consommateur sur la nature du produit acheté.
Cette approche, plus pragmatique qu’une défense exclusive du diamant naturel, reconnaît que la concurrence des pierres produites en laboratoire est durable et que le futur de De Beers dépendra aussi de sa capacité à s’adapter à ce nouvel environnement. Pour l’Angola, obtenir une place au capital permettrait de participer à ces choix. Mais l’influence recherchée dépendra du niveau de sa participation et de la structure retenue à l’issue de la vente.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin