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Gallium : l’Europe trouve en Guinée une alternative à la Chine… mais pas sans risques

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 24 novembre 2025 à 09:22

Alteo Refinery Guinea peut contribuer à hauteur de 3 % au PIB national.

Alteo Refinery Guinea peut contribuer à hauteur de 3 % au PIB national.

Photo DR

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La raffinerie d’alumine qu’Alteo prépare en Guinée pourrait couvrir jusqu’à 95% des besoins européens en gallium, métal dont l’offre est dominée par la Chine. Une avancée intéressante pour l’UE, mais qui ramène aussi sur le devant de la scène le délicat héritage environnemental d’Alteo en France.

Une mission conjointe du ministère des Mines et du ministère de l’Environnement de Guinée s’est rendue en France la semaine dernière pour analyser les processus industriels de référence utilisés par Alteo dans la transformation de la bauxite. Cette visite s’inscrit dans le cadre de la construction d’une raffinerie d’alumine par la société française en Guinée. Selon une note d’information du Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM), ce projet est capable de satisfaire jusqu’à 95% des besoins de l’Union européenne en gallium, matériau critique dont l’approvisionnement mondial provient essentiellement de Chine.

Le gallium est un composant clé pour des produits comme les semi-conducteurs, les systèmes radars ou encore les satellites. L’Union européenne, qui dépend jusqu’à 71% de la Chine pour son approvisionnement en gallium, en a importé pour 51 tonnes en 2022, avant une baisse à 26,5 tonnes en 2024, d’après les données d’Eurostat. Il faut dire que les pays membres de l’UE font depuis quelques années face à des vagues de restrictions de la Chine sur plusieurs minéraux critiques, dont le gallium. Dans ce contexte, l’arrivée sur le marché européen d’un nouvel approvisionnement important pourrait résoudre le casse-tête auquel est confrontée Bruxelles.

Alteo Refinery Guinea (ARG), le projet de raffinerie développée par le groupe français en Guinée, peut en effet produire 20 à 25 tonnes de gallium sur sa première phase. Il s’agit d’un sous-produit de la transformation en alumine de la bauxite guinéenne, particulièrement riche en gallium. Cette production repose sur le procédé Bayer, qui permet à l’alumine de passer en solution dans la soude caustique et entraîne, au passage, la dissolution du gallium présent dans le minerai. Celui-ci peut ensuite être récupéré dans une étape industrielle séparée.

D’après l’ECDPM, le projet ARG dispose déjà d’acheteurs exclusivement basés dans l'UE. Au-delà du gallium, ces derniers peuvent trouver en Guinée une raffinerie capable d’assurer 9 à 10% de la demande européenne en alumines de spécialité. D’un coût estimé à 1,5 milliard d’euros, l’installation devrait en effet produire 1,2 million de tonnes d’alumine par an.

De Gardanne à Boké, le spectre des boues rouges

Longtemps référence mondiale de l’alumine de spécialité, Alteo a aussi porté l’un des plus lourds passifs environnementaux de l’industrie française. L’usine historique de Gardanne, fondée en 1894, a été au cœur de la polémique des « boues rouges » issues du procédé Bayer, dont les rejets en Méditerranée ont nourri plusieurs décennies de controverses et conduit à une mise en examen du groupe en 2023. Placée en redressement judiciaire en 2019, l’entreprise est reprise en 2021 par le groupe UMS, dirigé par Fadi Wazni. L’homme d’affaires franco-guinéen a décidé de rapatrier une partie de l’activité en Guinée, premier exportateur mondial de bauxite avec 145 millions de tonnes expédiées en 2024.

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Dans un pays qui cherche depuis plusieurs années à créer davantage de valeur dans son secteur bauxitique, la future raffinerie d’Alteo a été déclarée projet d’intérêt national en mars 2024. Les autorités de Conakry y voient un moteur du développement économique national, puisque l’installation pourrait générer à terme une valeur ajoutée équivalente à 3 % du PIB et s’accompagne de la création du CEPIAG, un centre d’excellence public destiné à combler le déficit de compétences industrielles locales.

Le calendrier prévoit deux années d’études techniques, bancaires et environnementales jusqu’en 2025, avant un chantier de deux ans et demi et les premières productions attendues courant 2028. Mais l’usage du procédé Bayer sur le site à Kamsar, dans la région de Boké, s’accompagne d’une interrogation : comment éviter que les résidus de production qui ont marqué négativement Gardanne ne deviennent également un problème ? Sur cette question, Alteo reste encore relativement discret, mais les premières réponses pourraient venir des résultats de l’étude d’impact environnemental du projet.  

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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