Au Niger comme dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, l’agriculture dépend encore largement des pluies. Cette dépendance expose le secteur à une forte vulnérabilité face aux chocs climatiques.
Les autorités du Niger ont lancé le dimanche 19 avril dernier, les travaux de réhabilitation du périmètre hydro-agricole d’Ibohamane, dans la région de Tahoua. D’un coût total de 6 milliards FCFA (environ 9,15 millions d'euros), cette opération portera sur une superficie de 750 hectares et sera financée dans le cadre du Projet d'Appui au Développement des Cultures Irriguées et à l'Intensification de la Production Animale (PACIPA).
Un potentiel considérable encore sous-exploité
Comme dans la plupart des pays ouest-africains, l’agriculture nigérienne reste très largement tributaire de la pluviométrie, ce qui rend le secteur extrêmement vulnérable aux chocs climatiques. D’après l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 269 000 hectares de terres agricoles étaient équipés pour l’irrigation en 2023.
Si ce total est le 3e plus important de la sous-région après le Mali (371 000 hectares) et le Nigeria (331 000 tonnes), le potentiel irrigable est estimé à 5,7 millions d’hectares selon les données officielles, soit un potentiel encore très largement sous-exploité. Dans sa dernière note économique sur le Niger publiée en avril 2025, la Banque mondiale rappelle ainsi que l’agriculture irriguée ne représente qu’environ 2% de la superficie agricole totale, mais qu'elle contribue déjà à près de 33% du PIB agricole, ce qui montre combien chaque hectare irrigué génère de valeur ajoutée.
Les données compilées par l’institution indiquent par ailleurs que l’irrigation est concentrée dans quelques régions, notamment Tahoua et Maradi, ainsi que le long du fleuve Niger et dans certaines zones de nappes phréatiques élevées au sud du pays. Ces périmètres accueillent des cultures à forte valeur ajoutée, comme l’oignon destiné à l’exportation vers plusieurs pays de la région, dont la Côte d’Ivoire, ou le riz pour la consommation locale. Ils mobilisent environ 2 millions de personnes, souvent sur de petites parcelles de moins d’un hectare.
Dans le pays, classé parmi les plus exposés au monde aux sécheresses extrêmes et aux températures élevées, la Banque mondiale indique que des efforts sont décisifs pour réduire la vulnérabilité d’un secteur qui dépend encore à plus de 55% des pluies pour assurer la production. « D’ici les années 2050, la température médiane pourrait augmenter de 2,9°C et les précipitations annuelles médianes de 38%, ce qui réduirait la production de plusieurs cultures dans tout le pays », prévoit l’organisation.
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Des efforts en cours
Cette opération est la dernière initiative en date déployée par l'Etat nigérien pour renforcer l’irrigation. Pour la période 2024-2027, les autorités ont déjà engagé un Programme d’Irrigation à Grande Échelle (PGI 2024-2027) qui constitue désormais la principale feuille de route du pays en matière de développement de l’irrigation. Ce programme prévoit la réhabilitation de 10 000 hectares de terres irriguées existantes, le développement de 21 200 hectares de nouvelles superficies irriguées, avec un accent particulier mis sur les zones à fort potentiel de production, et la sécurisation de l’approvisionnement en céréales et cultures de rente.
Le PGI vise notamment à améliorer la résilience du système agroalimentaire en réduisant la dépendance à l’agriculture pluviale, et ambitionne de relever la production de riz, avec une cible fixée à 313 000 tonnes. Son financement mobilise des ressources nationales – notamment à travers le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie – ainsi que des appuis extérieurs, dont ceux de la Banque mondiale.