France, États-Unis, Chine : les partenaires au cœur du pari minier à 2,5 milliard d'euros du Liberia

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le Liberia dévoile sa stratégie minière visant à porter ses revenus à 2,5 milliards d’euros.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le Liberia dévoile sa stratégie minière visant à porter ses revenus à 2,5 milliards d’euros.
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A travers un plan couvrant la période 2025-2029, le Liberia veut augmenter ses revenus miniers annuels à plus de 3 milliards de dollars soit 2,55 milliards d’euros, contre 1,16 milliard de dollars (987 millions d’euros) d’exportations minières enregistrées en 2023. Situé en Afrique de l’Ouest, le pays compte s’appuyer sur des partenaires internationaux pour concrétiser cette ambition, alors que ses ressources attisent l’intérêt de grandes puissances comme les Etats-Unis ou la Chine.
Présentée fin décembre 2025 à Monrovia par le ministère des Mines et de l’Énergie, la feuille de route repose sur plusieurs leviers identifiés par le gouvernement. Elle prévoit un renforcement des capacités nationales d’exploration, la mise à jour de données géologiques datant pour partie de 1972, ainsi qu’une accélération de la numérisation des procédures administratives. Le ministère vise la digitalisation de 80% de ses opérations d’ici 2029, contre environ 40% actuellement.
Le plan implique aussi la réduction de la dépendance aux seules redevances minières, à travers une augmentation de la participation publique dans les projets extractifs. Le cadre légal permet aujourd’hui à l’État de détenir gratuitement entre 10% et 15% du capital des projets miniers. À cela s’ajoutent des mesures visant l’exploitation artisanale et à petite échelle (ASM), avec l’objectif de doubler le nombre d’artisans miniers agréés à 1 000 d’ici 2029, et de structurer 15 coopératives. Le coût global de mise en œuvre du plan est estimé à 33,6 millions d’euros.
La mise à jour des données géologiques constitue l’un des axes structurants du plan. Pour mener à bien ce chantier, les autorités libériennes ont indiqué vouloir s’appuyer sur des partenariats techniques avec la France, les États-Unis et la Chine. Si les minéraux critiques n’ont pas été explicitement mis en avant lors du lancement du plan, ils occupent néanmoins une place croissante dans le discours des autorités.
Dans une interview de février 2025, l’ancien ministre des Mines et de l’Énergie Wilmot J. M. Paye a ainsi mis en avant le potentiel du pays en la matière. Grâce à des études financées par la Chine et menées sur plusieurs décennies, plus d’une douzaine de minéraux critiques ont été identifiés, notamment du lithium, du cobalt, du cuivre et du nickel. Le président Joseph Boakai a indiqué s’attendre à attirer 2,5 milliards d’euros d’investissements liés à ces découvertes.
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Aucun accord n’a été annoncé jusqu’ici concernant ces ressources mais les Etats-Unis ont déjà montré leur intérêt lors d’une rencontre entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et la ministre libérienne des Affaires étrangères Sara Nyanti en octobre dernier. Lors des échanges, les deux responsables ont évoqué les possibilités d’accroître la participation américaine dans les minéraux critiques libériens. Pour Paris, Pékin ou Washington, l’intérêt est le même : diversifier et sécuriser les sources d’approvisionnement pour des minéraux dont l’offre mondiale est inégalement répartie.
Alors que la stratégie libérienne autour des minéraux critiques doit encore être affinée, le pays peut d’abord s’appuyer sur des filières déjà opérationnelles. Selon les dernières données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), l’or et le minerai de fer représentent respectivement 48,82% et 35,68% de la valeur des exportations minières du Liberia en 2023. La part attendue de ces deux ressources dans l’objectif de hausse des revenus miniers n’a pas été détaillée par les autorités, mais des projets capables d’augmenter la production d’or et de minerai de fer sont en cours.
Dans le pays, le principal producteur de minerai de fer est ArcelorMittal. Le groupe basé au Luxembourg exploite depuis 2011 une mine livrant environ 5 millions de tonnes de minerai par an. ArcelorMittal met en œuvre depuis quelques années un plan d’investissement de 1,53 milliard d’euros, intégrant une augmentation des capacités des infrastructures ferroviaires et portuaires. La société vise à terme une production annuelle allant jusqu’à 30 millions de tonnes par an.
Du côté de l’or, la production est dominée par l’ASM mais la montée en puissance de l’exploitation industrielle se structure. Le canadien Pasofino Gold est ainsi présent sur le projet Dugbe, où il cherche à développer une mine pour exploiter ce gisement de 2,3 millions d’onces. Zodiac Gold, autre société basée au Canada, développe le projet aurifère Todi, pour lequel Avesoro Resources, un des rares acteurs qui contribuent à la production industrielle d’or au Liberia, a soumis une proposition d’acquisition en octobre dernier. Ces projets s’inscrivent dans un contexte où le prix de l’or a progressé de plus de 60% en 2025, incitant au développement de nouvelles capacités industrielles.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin