Financement vert : l’Inde choisit la Zambie pour amorcer son expansion internationale
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Le solaire, axe central de la stratégie énergétique de la Zambie, encore très dépendante de l’hydroélectricité.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Le solaire, axe central de la stratégie énergétique de la Zambie, encore très dépendante de l’hydroélectricité.
DR
L’Agence indienne de développement des énergies renouvelables (IREDA), via sa filiale IREDA Global Green Energy Finance IFSC Ltd (IGGEFIL), a accordé un prêt vert de 22,5 millions de dollars à Swarna Solar pour la construction d’une centrale photovoltaïque de 100 MW à Serenje, en Zambie. La décision, validée lors d’un conseil d’administration à New Delhi la semaine dernière, marque l’entrée opérationnelle de l’Inde sur le marché international du financement des énergies renouvelables, avec l’Afrique comme premier terrain d’expansion.
Avec une capacité de 100 MW, le projet de Swarna Solar apportera une énergie indépendante des conditions hydrologiques, dans un pays où le réseau reste fortement vulnérable aux aléas climatiques. Implantée dans la Province Centrale, l’infrastructure contribuera à stabiliser l’approvisionnement électrique dans un contexte de déficit structurel. Ce projet constitue également une opération pilote pour IGGEFIL, créée pour porter les ambitions internationales d’IREDA.
La Zambie a été retenue pour cette première opération dans un contexte énergétique marqué par de fortes tensions, liées notamment à la forte dépendance du pays à l’hydroélectricité, principalement issue des barrages de Kariba, Kafue Gorge et Itezhi-Tezhi, et à la vulnérabilité de ce modèle aux aléas climatiques.
Les sécheresses récurrentes, en partie liées au phénomène El Niño, ont entraîné ces dernières années une baisse marquée des niveaux d’eau des barrages et des déficits de production électrique. En 2024, au plus fort de la crise, les délestages ont atteint jusqu’à 20 heures par jour à Lusaka, affectant de ce fait l’activité économique. Pour y répondre, la compagnie publique Zesco a dû augmenter ses importations depuis l’Afrique du Sud, le Mozambique et via le Southern African Power Pool, tandis que le régulateur a autorisé des ajustements tarifaires d’urgence afin de couvrir la hausse des coûts.
Dans ce contexte, le solaire est devenu un axe central de la stratégie énergétique zambienne. Plusieurs programmes structurants sont en cours, notamment la Presidential Constituency Energy Initiative, qui prévoit l’installation de centrales solaires de 2 MW dans 156 circonscriptions, ainsi qu’un vaste programme de mini-réseaux solaires soutenu par la Banque mondiale, destiné à électrifier 8,5 millions de personnes d’ici 2030. Le projet de Swarna Solar s’inscrit pleinement dans cette dynamique nationale, en apportant une capacité significative au réseau interconnecté.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Au-delà de la sécurité énergétique, l’électricité est cruciale pour l’économie zambienne, largement dépendante du secteur minier. La Zambie est le deuxième producteur de cuivre en Afrique et figure parmi les producteurs majeurs à l’échelle mondiale. Or l’extraction et le traitement du cuivre sont très consommateurs d’énergie.
En 2024, ZESCO a mis en garde contre un déficit de production pouvant atteindre 700 MW, alimentant les inquiétudes des opérateurs miniers. Pour garantir la continuité de leurs activités, certaines entreprises, comme First Quantum Minerals, ont engagé des démarches pour importer directement de l’électricité, alors que la demande mondiale pour le cuivre, métal clé de la transition énergétique, reste soutenue.
Pour l’Inde, ce projet marque une évolution du rôle d’IREDA, jusqu’ici concentrée sur le financement domestique. Son PDG, Pradip Kumar Das, a insisté sur l’ambition de positionner l’institution comme « un acteur mondial du financement de l’énergie propre », en s’appuyant sur l’accès à des capitaux internationaux via GIFT City, la place financière internationale indienne. Mais cette volonté s’inscrit dans un contexte très concurrentiel, où des acteurs comme la Chine disposent déjà d’une présence solide sur le continent.
Olivier de Souza, Agence Ecofin