Après avoir culminé à 241 000 barils par jour en 2010, la production pétrolière équato-guinéenne a chuté quasi-continuellement, tombant à 55 000 bpj en 2023.
Confrontée à une chute continue de sa production d’hydrocarbures depuis plus d’une décennie, la Guinée équatoriale cherche à mobiliser des ressources pour stabiliser un secteur vital, alors que les investissements étrangers se sont taris et que la production touche désormais des niveaux historiquement bas.
La Guinée équatoriale, plus petit membre de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), explore des accords de prépaiement avec des maisons de négoce afin de lever environ 300 millions USD (environ 256,7 millions d'euros), remboursables par des livraisons de brut et de GNL étalées sur plusieurs années. Selon des sources proches du dossier, ces fonds doivent servir en priorité à financer la maintenance des champs existants et à soutenir une tentative de relance de la production nationale, en net recul.
Une production en chute libre après 15 années de déclin
Pour le producteur d’Afrique centrale, l’enjeu est majeur. Après avoir culminé à 241 000 barils par jour en 2010, la production pétrolière a chuté de manière quasi continue. En 2023, elle ne dépassait plus 55 000 barils par jour selon l’OPEP, une dégringolade qui fait aujourd’hui du pays un des producteurs les plus fragilisés du continent.
Ce recul prolongé s’explique par la maturité des champs, la faiblesse des nouveaux développements et surtout par un désengagement progressif des majors. En 2024, ExxonMobil a quitté le pays après près de trois décennies de présence, invoquant sa stratégie à long terme. Les principaux actifs ont été repris par la compagnie nationale GEPetrol, dans un contexte où l’État peine à mobiliser les capitaux nécessaires pour maintenir les niveaux de production.
C’est dans ce cadre que Malabo se tourne vers les traders de matières premières, devenus des acteurs clés du financement pétrolier en Afrique. Les accords de prépaiement, courants dans le négoce, permettent aux États d’obtenir des liquidités immédiates, remboursées avec intérêts par des cargaisons futures. Pour les pays producteurs, c’est une alternative aux financements bancaires, de plus en plus rares à mesure que les institutions financières se retirent des énergies fossiles. Pour les traders par contre, l’intérêt réside dans l’accès sécurisé à des volumes de brut ou de GNL.
La Guinée équatoriale n’est pas un cas isolé. En juin 2024, le négociant suisse Gunvor a accordé un financement de 1 milliard USD (environ 855, 5 millions d'euros) à Gabon Oil Company pour permettre la nationalisation des actifs d’Assala Energy. En contrepartie, il a obtenu des droits de commercialisation sur les barils de brut produits par ces blocs. Un an plus tôt, un consortium de traders a structuré un financement de 3,3 milliards USD (environ 2,8 milliards d'euros) pour le Nigeria, remboursable en pétrole. En 2024, Malabo avait déjà évoqué des discussions avec Trafigura autour d’un possible soutien de 2 milliards USD (environ 1,7 milliard d'euros), sans qu’un accord soit annoncé à ce stade.
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Préfinancements, licences, gaz : la stratégie de relance de Malabo
La dépendance du pays aux hydrocarbures rend cette situation particulièrement sensible. Selon la Banque africaine de développement, le secteur représente 42% du PIB, 95% des exportations et 90% des recettes publiques. La poursuite du déclin productif pèse directement sur les perspectives macroéconomiques. Le Fonds monétaire international anticipe une croissance moyenne limitée à 0,9% par an entre 2025 et 2030, largement conditionnée à l’évolution du secteur énergétique.
Pour tenter d’inverser la tendance, les autorités combinent plusieurs leviers. En parallèle des préfinancements recherchés, la Guinée équatoriale prépare un nouveau cycle de licences pétrolières et gazières, prévu d’avril à novembre 2026. 24 blocs seront proposés aux investisseurs, dont deux à terre et le reste en mer, après l’échec relatif du cycle de 2019.
Le pays mise également sur le gaz comme axe de relance. Exportateur de GNL depuis près de vingt ans, il conserve l’intérêt d’acteurs comme ConocoPhillips et Chevron. Un accord récent avec Chevron vise d’ailleurs le développement du projet Aseng, pour un investissement estimé à 690 millions USD (environ 590,3 millions d'euros). Pendant ce temps, le bloc gazier EG-27, soutenu par Afreximbank, pourrait donner lieu à un projet de liquéfaction de 2,4 millions de tonnes de GNL par an sur 20 ans.