Avec un programme de développement chiffré à près de 55 milliards d'euros d’ici 2030, le Burkina Faso affiche de fortes ambitions. Dans un contexte de production nationale en hausse et de prix élevés sur le marché international, le sous-secteur de l’or apparaît comme un levier clé pour accroître les recettes publiques et couvrir une partie des besoins.
Lors du Conseil des ministres de la semaine dernière, le gouvernement burkinabè a adopté un nouveau programme de développement pour la période 2026-2030. Avec un budget prévisionnel de 36 000 milliards FCFA (environ 54,9 milliards d’euros), ce plan baptisé « RELANCE » doit se traduire par des investissements dans les routes, l’énergie, l’éducation et la santé.
L'objectif affiché est de « faire du Burkina Faso une nation souveraine et prospère, bâtissant un développement endogène et durable au service du bien-être de tous ». Et si la communication gouvernementale n'a pas détaillé de stratégie pour mobiliser les fonds, le Burkina Faso peut déjà compter sur l’un de ses atouts historiques : l’or.
Production aurifère et prix en hausse
Si l’économie burkinabè est dominée par le secteur agricole, principal pourvoyeur d’emplois, c’est bien l’exploitation du métal jaune qui génère l’essentiel des recettes d’exportation de l’État, ainsi qu'une part significative de ses revenus. Selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur extractif (dominé par la production aurifère) a représenté 15 % du PIB et des revenus budgétaires du pays ouest-africain, ainsi que 69,5% de ses exportations en 2024. Or, la conjoncture actuelle est encore plus favorable au secteur aurifère, non seulement en raison des réformes mises en place par l’exécutif, mais aussi du contexte international.
Pour l’exercice 2025 qui vient de s’achever, les autorités burkinabè ont ainsi annoncé une production supérieure à 94 tonnes d’or, soit un bond de plus de 30 tonnes par rapport à la production officiellement déclarée en 2024. Cette progression de 55% s’explique principalement par les performances du segment de l’exploitation artisanale et à petite échelle (ASM). La production aurifère ASM a en effet été multipliée par six, passant d’environ 7 à 42 tonnes.
Après avoir interdit les exportations d’or artisanal et favorisé la formalisation des coopératives d’artisans miniers, le gouvernement a confié à une société publique la mission de collecter leur production, afin de réduire les flux illicites exportés. L’ONG helvétique SWISSAID estimait encore dans un rapport de 2024, que la production artisanale burkinabè pouvait atteindre 30 tonnes d’or par an, alors que moins d’une tonne était déclarée officiellement. Ce niveau record de production, particulièrement pour l’ASM, survient en pleine flambée des cours de ce métal. D’environ 2 000 USD (1 700 euros) l’once en janvier 2024, le prix de l’or a plus que doublé et se négocie désormais à près de 5 000 USD (4 200 euros) l’once.
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Sur la même période, le gouvernement a ajusté la fiscalité appliquée au secteur, afin de suivre l’évolution des prix. Alors qu’un taux maximum de 5% était auparavant en vigueur, Ouagadougou a annoncé en octobre 2023 un barème progressif allant jusqu’à 7% des revenus tirés par les compagnies de leurs ventes d’or, lorsque le prix est supérieur à 2 000 USD l’once.
En mars 2025, une nouvelle modification a ajouté 1 % à la taxe pour chaque hausse de 500 USD (424 euros) du prix de l’once. La participation gratuite de l’État dans les mines est par ailleurs passée de 10 à 15%, avec la possibilité pour ce dernier d’acquérir jusqu’à 35 % d’intérêts supplémentaires à titre onéreux, grâce à une réforme du Code minier. L’État a déjà racheté quelques mines, notamment deux appartenant auparavant à Endeavour Mining, le premier producteur d’or en Afrique de l’Ouest.
Maintenir le rythme
L’ensemble des réformes mises en œuvre par le gouvernement burkinabè dans le secteur minier a pour but d’accroitre la contribution de ce dernier à l’économie nationale, non seulement à travers des recettes fiscales plus élevées, mais aussi une implication locale accrue. Ce nationalisme autour des ressources du sous-sol implique néanmoins des risques pour l’attractivité du pays, par rapport aux investissements miniers.
Si certaines compagnies minières présentes dans le pays continuent d’investir dans l’agrandissement de leurs opérations, certaines s’orientent aussi vers d'autres juridictions minières pour leurs plans de croissance. La capacité du secteur aurifère à contribuer aux ambitions de développement du Burkina Faso à moyen terme dépendra donc du maintien du contexte favorable actuel, année après année.
Cela implique une production stable et des prix de l’or toujours hauts. Et si le premier facteur dépend de nouveaux investissements, eux-mêmes favorisés par un climat des affaires favorable, les fluctuations du cours du métal jaune échappent en revanche au contrôle du pays, bien que les perspectives actuelles s’orientent vers une hausse.