Cuivre et Cobalt : Glencore veut lâcher du lest en RDC au profit de Washington

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Cathodes de cuivre issues de la production de Glencore.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Cathodes de cuivre issues de la production de Glencore.
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Glencore a annoncé mardi 3 février un protocole d’accord non contraignant pour la vente de 40% de ses intérêts dans deux mines de cuivre et de cobalt en RDC. L’acheteur potentiel est Orion Critical Mineral Consortium (CMC), entité créée en 2025 avec le soutien de Washington afin de sécuriser l’approvisionnement américain dans les minéraux critiques. Pour le géant suisse des matières premières, un deal définitif représenterait l’occasion de réduire son exposition à la RDC, où apparaissent des défis croissants, malgré une présence qui remonte à 2007.
Selon les termes du protocole d’accord, la transaction proposée devrait impliquer une valeur d’entreprise d’environ 9 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) pour les deux filiales congolaises de Glencore. Il s’agit de Mutanda Mining (MUMI), dans laquelle le groupe suisse détient 95 % d’intérêts, et de Kamoto Copper Company (KCC), contrôlée à 70 %. Ces deux actifs ont livré 247 800 tonnes de cuivre en 2025, soit 29 % de la production de Glencore, et 35 100 tonnes de cobalt, soit plus de 97 % de la production totale du groupe.
Malgré l’importance de la RDC dans le portefeuille de Glencore, les hypothèses sur une potentielle cession des actifs congolais du groupe ont émergé ces dernières années. La plus sérieuse remonte en février 2025, quand le Financial Times a rapporté l’intérêt d’un investisseur du Moyen-Orient pour ces actifs. Glencore a rapidement démenti toute intention de céder « tout ou partie » de ses activités en RDC. L’hypothèse avait néanmoins de quoi séduire une partie des investisseurs, compte tenu du climat d’incertitudes qui entoure ces dernières années les activités du groupe.
Sur le plan financier, Glencore pourrait devoir jusqu’à 895 millions de dollars (757 millions d’euros) au fisc congolais, un montant non confirmé par l’entreprise, qui a néanmoins augmenté fin 2024 les provisions constituées pour couvrir ses positions fiscales jugées incertaines. Le montant fixé en 2023 à 1,42 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) est en effet passé à 1,77 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros) un an plus tard. Au-delà de cette incertitude fiscale, le groupe fait face à des contraintes financières liées à la vente de sa production de cobalt.
En raison d’un embargo imposé en février 2025 (et levé seulement en octobre), Glencore et les autres producteurs de cobalt présents en RDC n’ont pas pu exporter la majorité des volumes extraits l’année dernière, les privant de revenus substantiels. Les producteurs se voient désormais attribuer des quotas d’exportation, et Glencore peut expédier seulement 22 800 tonnes de cobalt en 2026.
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Le partenariat envisagé par Glencore avec CMC nécessite encore des vérifications préalables et la signature de documents juridiquement contraignants. En cas de succès, le groupe pourrait disposer de capitaux frais à injecter dans sa stratégie de croissance. Glencore veut notamment produire 1,6 million de tonnes de cuivre d’ici 2035, contre 851 600 tonnes en 2025. Cette hausse attendue est essentiellement basée sur des opérations en Amérique latine, notamment avec le redémarrage au quatrième trimestre 2026 de la mine d’Alumbrera en Argentine.
A cet actif capable de livrer annuellement 75 000 tonnes de cuivre, il faut ajouter l’acquisition en décembre 2025 par Glencore du projet de cuivre Quechua au Pérou, troisième producteur mondial de cuivre. L’investissement nécessaire pour exploiter ce gisement est de 1,29 milliard de dollars (1,09 milliard d’euros) et la mine peut livrer environ 60 000 tonnes de cuivre, selon les estimations existantes avant le rachat. Le renforcement des positions de Glencore en dehors de la RDC pourrait aussi passer par le rachat du groupe par l’australien Rio Tinto.
Les deux groupes ont annoncé début janvier 2026 avoir entamé des discussions préliminaires concernant un éventuel regroupement, qui valoriserait l’entité commune à plus de 200 milliards de dollars. Egalement actif dans le cuivre, le groupe australien dispose de mines et projets en Mongolie et aux Etats-Unis. Aucun accord n’existe néanmoins pour le moment entre Glencore et Rio Tinto, ce dernier ayant jusqu’au 5 février pour annoncer soit son intention ferme de déposer une offre sur Glencore, soit sa décision de ne pas poursuivre. Dans le second cas, les discussions seraient alors reportées.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin