Zambie : après plusieurs années en demi-teinte, le cuivre a le vent en poupe
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Ces deux dernières années, plusieurs compagnies internationales ont renforcé leurs positions sur le cuivre en Zambie.
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Ces deux dernières années, plusieurs compagnies internationales ont renforcé leurs positions sur le cuivre en Zambie.
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Vedanta Resources, compagnie minière fondée et dirigée par l’homme d’affaires indien Anil Agarwal, annonçait début novembre le lancement de CopperTech Metals Inc, une nouvelle entité chargée d’exploiter la mine de Konkola en Zambie. S'il revendique 3 milliards USD d’investissement sur le site au cours des dernières années, le groupe compte injecter 1,5 milliard USD supplémentaires pour moderniser les infrastructures, renforcer les capacités de traitement et introduire des technologies minières et de prospection basées sur l’intelligence artificielle.
Vedanta prévoit de porter la production de cuivre à 300 000 tonnes par an d’ici 2031 contre 140 000 tonnes attendues pour l’exercice 2026, avec la perspective d’atteindre 500 000 t à plus long terme, si les conditions de marché et de financement le permettent. CopperTech, filiale domiciliée aux États-Unis, doit ainsi opérer la mine sous contrôle du groupe, en partenariat avec l’État zambien qui détient 20,6% de participation dans cet actif grâce à la compagnie publique ZCCM-IH.
« CopperTech jouera un rôle important en reliant les besoins américains en minerais stratégiques à l’héritage cuprifère historique de la Zambie. Ce partenariat ouvrira une nouvelle phase d’innovation et de progrès dans les domaines de l’énergie propre, de la technologie et du développement industriel des deux côtés de l’Atlantique », a déclaré Anil Agarwal.
Le cas Vedanta n’est pas isolé. Ces deux dernières années, plusieurs compagnies internationales ont renforcé leurs positions en Zambie. En octobre 2023, le géant Barrick Gold a indiqué vouloir investir près de 2 milliards de dollars (environ 1,7 milliard d'euros) pour doubler la production cuprifère sur sa mine de Lumwana, à environ 240 000 tonnes sur une durée de vie de 36 ans. Le projet d’agrandissement lancé un an plus tard, doit créer selon les estimations un total de 550 emplois supplémentaires sur 5 ans, et 2 500 de plus dans le secteur de la construction.
En juillet 2024, un investissement de 300 millions USD (environ 259 millions d'euros) a été annoncé en provenance du groupe chinois JCHX, qui prévoit de l'injecter dans la mine Lubambe, récemment acquise auprès d’EMR Capital. Plus récemment, en janvier 2025, la société américaine KoBold Metals, soutenue par plusieurs milliardaires, dont Jeff Bezos et Bill Gates, a levé 537 millions USD (environ 464 millions d'euros) pour poursuivre ses travaux d’exploration en Zambie. Présente dans le pays sur le projet Mingomba, d’une capacité de production annuelle de 300 000 t selon ses estimations, elle cherche à y construire une mine opérationnelle d’ici 2030.
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Lors d’une sortie réalisée en 2023, le président zambien Hakainde Hichilema avait indiqué s’attendre à un investissement de 2,3 milliards USD (près de 2 milliards d'euros) de la part de KoBold Metals, pour la construction de ce qu’il a présenté comme la plus grande mine de cuivre de son pays. « Le niveau d’investissement actuel n’a pas d’équivalent dans l’histoire de la Zambie », a déclaré Tristan Pascall, directeur général de First Quantum Minerals, le plus grand producteur du pays, selon des propos rapportés en octobre par Bloomberg.
Ces diverses annonces confirment un regain d’intérêt pour un secteur cuprifère qui, sur les quatre dernières années, a vu sa production reculer à plusieurs reprises. En 2023, la Zambie n’a extrait que 698 000 tonnes de cuivre, contre 763 000 tonnes l’année précédente.
Entre 2019 et 2021, l’industrie a traversé une période de fortes tensions entre le gouvernement et les investisseurs. Des réformes fiscales et réglementaires engagées sous la présidence d’Edgar Lungu avaient poussé plusieurs entreprises à suspendre des investissements prévus dans le secteur minier. L’arrivée au pouvoir du président Hichilema en 2021 et la politique d’apaisement qu’il a engagée ont inversé la tendance. Son approche a notamment permis la restitution à Vedanta du contrôle de la mine de Konkola en 2024, après plusieurs années de contentieux.
En 2024, la production nationale est remontée à 821 670 tonnes. Les autorités espèrent franchir dès 2025 le cap du million de tonnes, avant d’atteindre les 3 millions au début de la prochaine décennie. Pour concrétiser ces ambitions, elles peuvent compter sur un marché favorable. Le prix du métal rouge dépassé en octobre les 11 000 USD la tonne (9 500 euros), soit une hausse de plus de 20% depuis le début de l’année. La dynamique devrait rester positive au moins jusqu’en 2028, selon plusieurs analystes.
L’atteinte des objectifs devrait aussi s’appuyer sur un cadre législatif profondément remanié. En juin 2025, le gouvernement zambien a mis en œuvre deux nouvelles lois minières qui remplacent l’ancien dispositif de 2015, et confient désormais la régulation du secteur à une autorité indépendante, la Minerals Regulation Commission. Cette réforme vise à moderniser l’administration minière, accélérer l’octroi des licences et limiter la spéculation sur les permis. Elle renforce par ailleurs les obligations de contenu local et de transfert de compétences, tout en créant une direction dédiée à l’investissement minier à grande échelle.
Sur le plan fiscal, le gouvernement a également ajusté le régime des redevances minières pour mieux refléter la volatilité des marchés. Le cuivre, principal produit d’exportation du pays, est désormais soumis à un barème progressif : 4% du prix de référence lorsque la tonne s’échange sous les 4 000 USD, 6,5% entre 4 000 et 4 999 USD, 8,5 % entre 5 000 et 6 999 USD, et 10% au-delà de 7 000 USD.
Présentée comme un moyen de concilier attractivité et profits dans le secteur, cette évolution du cadre réglementaire est censée contribuer à stabiliser les relations entre l’État et les investisseurs, même si son application concrète reste à suivre de près. Il faut rappeler qu’en 2024, une nouvelle proposition de réforme minière qui prévoyait entre autres une participation minimale de 30 % de l’État dans les projets de cuivre, a suscité une vague d’inquiétudes chez les entreprises.
« L’industrie minière a été confrontée à une série d’initiatives en matière de politique minière qui, ensemble, constituent une menace sans précédent pour les droits de propriété des investisseurs […]. Si le gouvernement zambien ne revient pas sur ces propositions, il risque de réduire à néant tout le travail accompli depuis 2021 », avait averti la Chambre des Mines, avant que l’État n’engage des discussions pour trouver un terrain d’entente.
L’autre inconnue à surveiller est l’instabilité de l’approvisionnement énergétique. En 2024, alors qu’une sécheresse historique affectait la production hydroélectrique du pays, la compagnie nationale d’électricité a annoncé une réduction de 40% de l’approvisionnement des compagnies minières, ce qui a obligé certaines d'entre elles (comme First Quantum) à importer pour satisfaire leurs besoins.
Si le gouvernement zambien parvient à relever ces différents défis et à maintenir la dynamique de croissance en cours, le poids du cuivre dans l’économie nationale devrait continuer d’augmenter. Selon la Banque mondiale, le secteur cuprifère contribue aujourd’hui à près de 15% du PIB et à plus de 70% des exportations du pays.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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