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Comment l’Italie fait de la Méditerranée le pilier de son approvisionnement gazier face aux tensions mondiales

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 13 mai 2026 à 09:20

Rome cherche à consolider une architecture énergétique plus résiliente face aux chocs géopolitiques.

Rome cherche à consolider une architecture énergétique plus résiliente face aux chocs géopolitiques.

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Les tensions sur le GNL et les risques géopolitiques poussent Rome à renforcer ses partenariats gaziers méditerranéens afin de sécuriser des approvisionnements plus stables.

Les perturbations récentes du marché mondial du gaz accélèrent le repositionnement énergétique de l’Italie en Méditerranée. Confrontée à la volatilité des flux mondiaux de GNL et aux risques géopolitiques pesant sur certaines routes maritimes stratégiques, la botte cherche à renforcer ses approvisionnements régionaux par gazoduc, auprès de partenaires comme l’Algérie et la Libye.

Cette orientation s’inscrit dans une stratégie de sécurisation progressive des sources d’approvisionnement, dans un contexte où les équilibres énergétiques européens restent sensibles aux chocs externes et aux tensions sur les marchés internationaux.

Cette dynamique s’est illustrée le jeudi 7 mai à Rome, lors de la rencontre entre la Présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni et le chef du gouvernement libyen Abdulhamid Dbeibah.

Les deux responsables ont exprimé leur volonté de renforcer la coopération énergétique et d’accélérer les projets gaziers, avec un accent mis sur la stabilité des approvisionnements en Méditerranée.

GNL sous pression, retour stratégique vers les pipelines

Ces discussions surviennent dans un contexte de perturbations des exportations qataries de GNL, à la suite de frappes iraniennes ayant affecté une partie des capacités du pays. Selon QatarEnergy, environ 17% des capacités d’exportation ont été touchées, avec des effets sur certaines livraisons, notamment vers l’Italie. Ces éléments mettent en lumière la sensibilité des chaînes d’approvisionnement de GNL aux tensions géopolitiques et aux aléas des routes maritimes.

Pour Rome, ces évolutions renforcent l’intérêt des approvisionnements par gazoduc, jugés plus stables, car ancrés dans des relations bilatérales et des infrastructures fixes.

Dans ce cadre, l’Algérie constitue un élément clé. Grâce au gazoduc Transmed, elle représente environ 30 % des approvisionnements en gaz de l’Italie. Les flux algériens vers l’Europe ont par ailleurs progressé en janvier 2026, dans un contexte de hausse de la demande.

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Rome cherche à sécuriser des volumes supplémentaires, mais les discussions avec Sonatrach se poursuivent, notamment sur les conditions tarifaires et la disponibilité des volumes sur le marché spot.

La Libye, un pilier stratégique mais contraint

Parallèlement, la Libye joue un rôle important pour l’architecture énergétique italienne. Le pays demeure le premier fournisseur de pétrole brut de la botte, et est relié à ce marché par le gazoduc GreenStream, connectant le complexe de Mellitah à la Sicile.

Cependant, les exportations libyennes de gaz vers l’Italie ont reculé ces dernières années, passant d’environ 1,4 milliard de m³ en 2024 à près de 1 milliard de m³ en 2025. Cette baisse reflète plusieurs contraintes structurelles : hausse de la demande domestique, fragilité des infrastructures, interruptions répétées et instabilité politique.

Ces facteurs maintiennent le gazoduc GreenStream en dessous de son potentiel de capacité.

Face à cette situation, les deux parties cherchent à accélérer les investissements dans la production et à moderniser les infrastructures. Des discussions parlementaires italiennes ont déjà abordé la question. Le groupe Eni occupe par ailleurs une position clé dans cette dynamique. Présent en Libye depuis 1959, il est le principal opérateur international du pays, avec une production d’environ 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025. Trois projets majeurs sont en cours de développement, dont deux attendus à l’horizon 2026.

Le programme global d’investissement est estimé à environ 10 milliards USD (environ 8,5 milliards d'euros). Il comprend notamment le projet offshore de compression de Sabratha, le « Bouri Gas Utilization Project » destiné à la récupération du gaz associé et qui devrait entrer en production en septembre prochain, ainsi que le développement offshore « A&E », l’un des plus importants investissements énergétiques réalisés dans le pays depuis plus de vingt ans.

Une stratégie méditerranéenne structurée, mais encore évolutive

Au-delà des projets bilatéraux, Rome cherche à consolider une architecture énergétique plus résiliente face aux chocs géopolitiques. Elle explore également d’autres sources, notamment les États-Unis et l’Azerbaïdjan, mais ces options présentent des contraintes différentes liées à la volatilité des marchés ou aux capacités disponibles.

Dans ce contexte, la Méditerranée s’impose progressivement comme un axe structurant de la sécurité énergétique italienne. Cette orientation repose sur la proximité géographique, l’existence d’infrastructures déjà opérationnelles et la volonté de privilégier des flux prévisibles.

Pour la Libye comme pour l’Algérie, ce repositionnement italien ouvre des perspectives d’investissements supplémentaires et un renforcement de leur rôle dans l’approvisionnement européen. La concrétisation de ces ambitions dépendra toutefois de la stabilité régionale et de la capacité à lever les contraintes structurelles qui pèsent encore sur la production et les infrastructures.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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