En participant à la dernière levée de fonds de Ventures Platform, le gouvernement nigérian participe au financement local de son écosystème technologique, largement dépendant de capitaux étrangers. Un engagement qui survient alors que le pays perd du terrain face aux autres hubs africains du capital-risque.
Ventures Platform a annoncé le 6 novembre la première clôture de son deuxième fonds panafricain. Sur un objectif final de 75 millions USD (environ 65 millions d'euros), ce fonds de capital-risque basé à Lagos a déjà mobilisé 64 millions USD auprès d’investisseurs divers, dont British International Investment (BII), Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé dans les pays émergents, ainsi que le gouvernement fédéral nigérian.
Par l’intermédiaire de son programme d’investissement dans les entreprises numériques et créatives (iDICE), Abuja débarque ainsi pour la première fois dans un fonds de capital-risque. Lancé en 2023 et cofinancé avec l’AFD, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement et la Bank of Industry du Nigeria, l'iDICE dispose d’une enveloppe de 618 millions USD (environ 534 millions d'euros). Destiné à soutenir plus de 200 start-up technologiques locales par des investissements directs, le programme montre, avec sa participation à Ventures Platform, qu’il entend aussi s’appuyer sur des véhicules spécialisés pour atteindre sa cible.
Ventures Platform avait lancé en 2022 un premier véhicule de 46 millions USD (environ 39,8 millions d'euros) consacré à l’amorçage, c’est-à-dire au financement des toutes premières étapes de développement d’une start-up, principalement au Nigeria. Avec ce deuxième fonds, la firme d'investissement veut également accompagner les levées de série A, un stade de financement plus avancé permettant aux jeunes entreprises déjà en croissance de réaliser leur première levée de fonds institutionnelle significative.
Tout en visant davantage de jeunes pousses technologiques en Afrique de l’Ouest francophone et en Afrique du Nord, Ventures Platform devrait continuer de soutenir son marché domestique.
Une concurrence de plus en plus serrée en Afrique
Le soutien indirect accordé par Abuja à ses start-up à travers cet investissement dans Ventures Platform survient à un moment où l’écosystème technologique nigérian montre quelques signes d’essoufflement. Historiquement, le pays est « the place to be » pour les fonds de capital-risque et autres investisseurs actifs dans le financement des jeunes pousses en Afrique. Entre 2019 et le premier semestre 2025, le géant ouest-africain a attiré 4,8 milliards USD d’investissements à travers de 907 deals, selon les chiffres de TechCabal.
Il devance ainsi sur la période le Kenya (3,6 milliards USD), l’Égypte (3,1 milliards USD) et l’Afrique du Sud (3 milliards USD), les trois autres membres du Big Four continental. Cette domination a toutefois pris fin au premier semestre 2025, avec l’Afrique du Sud qui a attiré 344 millions USD de financements sur la période, tandis que le Nigeria tombait à la quatrième place continentale avec environ deux fois moins de fonds mobilisés, soit 176 millions USD.
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« Si le Nigeria a conservé sa position de marché le plus actif avec 43 transactions au premier semestre 2025, la concurrence pour les flux de transactions n'a jamais été aussi intense. L'Égypte occupe désormais la deuxième place avec 40 transactions, suivie de l'Afrique du Sud (35) et du Kenya (33). Cela montre que si le Nigeria reste une plaque tournante majeure, d'autres écosystèmes importants se disputent de plus en plus la première place en matière d'activité des start-up », souligne TechCabal.
Développer le financement local
La montée en puissance de Ventures Platform, désormais soutenu par l'iDICE, survient aussi à un moment où des acteurs de l’écosystème start-up nigérian appellent à réduire la dépendance du pays aux capitaux étrangers. Pour eux, si le recul observé ces derniers mois peut s’expliquer par des facteurs macroéconomiques, notamment la volatilité accrue du naïra local depuis la libéralisation du marché des changes en 2023, et par l’inflation élevée (20,12% en août dernier), il s’explique aussi et surtout, par la dépendance des start-up nigérianes aux investisseurs étrangers.
Quand ces derniers se retirent en raison de la conjoncture économique, il devient difficile pour les investisseurs locaux de compenser. Dans ce contexte, la participation d’iDICE à la levée de Ventures Platform pourrait amorcer un accroissement du rôle des relais locaux dans les tours de financement. Selon Yemi Keri, présidente de l’African Business Angel Network, les investisseurs étrangers veulent voir davantage de preuves de succès et d'engagements financiers locaux avant de s’engager.
« L'une des choses qu'ils recherchent principalement, c'est que les investisseurs locaux aient commencé à investir dans des entreprises avant eux, afin qu'ils sachent que, oui, le continent a un intérêt en jeu », a-t-elle expliqué en marge du GITEX Nigeria 2025, évènement phare de l’écosystème technologique local.
Le gouvernement montre la voie. La question est désormais de savoir si le secteur privé nigérian la suivra.