Aérien : Nouvelle offensive d'Air Congo qui prépare Dubaï après Bruxelles

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Ethiopian Airlines détient 49% d’Air Congo et en assure le management.
DR

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Ethiopian Airlines détient 49% d’Air Congo et en assure le management.
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Air Congo prépare une nouvelle étape vers le Moyen-Orient. La compagnie congolaise, détenue à 51% par l’État de RDC et à 49% par Ethiopian Airlines, cite Dubaï parmi ses prochaines destinations long-courriers, aux côtés de Paris.
À ce stade, seule Bruxelles dispose d’un calendrier précis. La ligne Kinshasa-Bruxelles doit démarrer le 1er juillet prochain avec cinq vols par semaine au départ de Kinshasa, opérés par des Boeing 787. Pour Dubaï, aucune date de lancement, ni de fréquence ni d’ouverture de réservation n’a encore été communiquée. L’annonce place toutefois Ethiopian Airlines dans une nouvelle dynamique concurrentielle. Le groupe éthiopien ne se contente plus de transporter les passagers congolais via Addis-Abeba. Il appuie désormais Air Congo dans le développement de liaisons directes depuis Kinshasa vers des marchés intercontinentaux.
Une ligne Kinshasa-Dubaï modifierait le parcours des passagers congolais vers les Émirats arabes unis. Aujourd’hui, beaucoup rejoignent Dubaï avec correspondance, notamment via Addis-Abeba, Nairobi, Dar es-Salaam, Istanbul ou d’autres hubs régionaux. Une liaison directe réduirait les ruptures de transport de marchandises, les temps de trajet et les contraintes de correspondance. Elle viserait notamment les commerçants, les voyageurs d’affaires et les passagers familiaux qui circulent entre Kinshasa et Dubaï, destination importante pour l’approvisionnement en produits électroniques, électroménagers, textiles, meubles ou véhicules. Cette route créera aussi une nouvelle concurrence pour Turkish Airlines, Kenya Airways, Air Tanzania et Ethiopian Airlines elle-même, qui captent aujourd’hui une partie de ce trafic via leurs propres hubs.
Le projet Dubaï confirme la stratégie d’Ethiopian Airlines : utiliser ses participations régionales pour densifier son réseau africain et capter davantage de flux intercontinentaux.
Air Congo devient ainsi un outil de projection depuis Kinshasa. La compagnie peut s’appuyer sur l’expérience opérationnelle d’Ethiopian, notamment pour la location d’avions avec équipage, la maintenance et l’assurance. Cette approche rappelle le rôle joué par ASKY Airlines à Lomé. Basée au Togo et soutenue par Ethiopian, ASKY dessert près d’une trentaine de destinations africaines, dans environ 25 à 26 pays selon les données disponibles. Mais son arrivée sur les marchés européens reste attendue.
Les enjeux de ces annonces sont multiples ; le premier est directement commercial. À Bruxelles, Air Congo arrive sur un marché où Brussels Airlines est déjà implantée, tandis qu’Air France et Turkish Airlines offrent des alternatives via Paris ou Istanbul. L’ouverture annoncée de Kinshasa-Bruxelles devrait donc renforcer la pression concurrentielle sur les transporteurs qui desservent historiquement la diaspora congolaise ainsi que les flux diplomatiques, économiques et familiaux entre la RDC et l’Europe.
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Le deuxième enjeu est réglementaire. Les compagnies certifiées en RDC restent confrontées aux restrictions européennes en matière de sécurité aérienne. Le recours à Ethiopian Airlines, via un montage opérationnel de type wet lease, permet à Air Congo de contourner une partie de cette contrainte pour lancer Bruxelles. Le troisième enjeu concerne Dubaï. Les Émirats arabes unis ont récemment annoncé des restrictions visant les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, dans un contexte de vigilance sanitaire liée à l’Ebola. Cette situation peut peser sur le calendrier commercial d’une future ligne de passagers.
Si le projet aboutit, Air Congo deviendra l’un des instruments les plus visibles de la stratégie multi-hubs d’Ethiopian Airlines en Afrique. Après Addis-Abeba, Lomé, Lilongwe ou Lusaka, Kinshasa pourrait servir de nouvelle plateforme pour relier directement la RDC aux grands marchés intercontinentaux.
Idriss Linge, Agence Ecofin.