Les exportateurs miniers sont tenus de céder une partie de leurs recettes en devises à la Reserve Bank of Zimbabwe qui tarde à libérer la contrepartie en monnaie locale.
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Zimbabwe : les producteurs de platine réclament le paiement de leur devises cédées à l’État
Les producteurs de platine du Zimbabwe réclament 228 millions de dollars à l’État. Cette somme correspond à des recettes d’exportation cédées à la banque centrale, mais dont la contrepartie en monnaie locale n’a pas été entièrement versée. Pour les groupes miniers, le mécanisme consiste à immobiliser une partie de leur trésorerie au profit de l’État.
Selon les producteurs de platines du Zimbabwe, l’État leur doit 228 millions de dollars (200 millions d’euros). Ce montant concerne surtout les mines situées sur le Great Dyke, la grande ceinture géologique qui contient les principaux gisements de platine du pays.
Le cas de Zimplats illustre le problème. Dans ses comptes semestriels, la filiale d’Impala Platinum indique qu’à fin décembre 2025, 78,1 millions de dollars étaient détenus par la banque centrale dans un compte de liquidation différée. Ces fonds devaient être convertis en monnaie locale dans le cadre du régime de rétention des recettes d’exportation. Au Zimbabwe, en effet, les exportateurs miniers doivent céder une partie de leurs recettes en devises à la Reserve Bank of Zimbabwe, la banque centrale du pays. En échange, ils doivent recevoir l’équivalent en monnaie locale, le Zimbabwe Gold.
Premiers impacts visibles
Pour les producteurs, le retard de paiement pèse directement sur la trésorerie. L’argent retenu pourrait financer l’exploitation courante, les fournisseurs locaux, les projets miniers ou les investissements de maintien de la production. Les entreprises concernées sont des acteurs du platine régional. Zimplats est détenue à 87 % par Impala Platinum. Mimosa est une coentreprise entre Impala Platinum et Sibanye-Stillwater. Unki appartient à Valterra Platinum, groupe coté à Johannesburg et à Londres, actif en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Le blocage survient alors que le marché des métaux du groupe du platine s’est amélioré. Zimplats a ainsi fait état d’une forte progression de ses revenus sur le semestre clos fin décembre 2025, portée par la hausse des prix moyens des métaux et des volumes vendus.
Cette situation révèle une tension plus profonde : le Zimbabwe a besoin des dollars générés par ses exportations, mais les entreprises ont besoin de récupérer rapidement la contrepartie de ces devises pour fonctionner.
Cette tension est aggravée par la situation financière du pays. Selon le Fonds monétaire international, la dette publique garantie par l’État atteignait 23,3 milliards de dollars fin 2024, soit 72,9% du PIB. Le pays accumulait également environ 7,4 milliards de dollars d’arriérés extérieurs auprès de ses créanciers officiels. Le FMI souligne par ailleurs que le Zimbabwe reste confronté à des pressions budgétaires, à un accès limité au financement extérieur, à des arriérés intérieurs et à un écart entre le taux de change officiel et le marché parallèle.
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Des enjeux multiples
Pour les producteurs de platine, l’objectif est clair : obtenir soit une meilleure conservation de leurs recettes en dollars, soit un délai de paiement garanti lorsque les devises sont cédées à la banque centrale.
Pour l’État, l’enjeu est plus délicat. Harare cherche à stabiliser sa monnaie, à préserver ses réserves de change et à financer ses besoins publics. Mais plus les paiements aux exportateurs tardent, plus le régime de cession des devises s’avère coûteux pour le secteur minier. Le FMI recommande déjà de réduire progressivement le rôle de la banque centrale sur le marché des changes et de réorienter les obligations de cession vers le marché, lorsque les conditions le permettront.
La suite dépendra de la capacité du gouvernement à clarifier le mécanisme de paiement. Un règlement rapide des arriérés rassurerait les producteurs et les investisseurs. À l’inverse, une accumulation de la dette pourrait freiner les projets miniers et compliquer la recherche de nouveaux financements.
Le platine reste stratégique pour le Zimbabwe. Mais le pays doit résoudre une contradiction : il a besoin des devises issues de ses mines tout en préservant la confiance des entreprises qui les génèrent. Dans ce dossier, les 228 millions de dollars réclamés par les producteurs ne sont pas qu’un simple impayé. Ils deviennent un test de crédibilité pour la politique monétaire, le climat minier et la relation du Zimbabwe avec ses investisseurs.