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OPINION. « Bénin : l’économie encaisse le coup sans dérailler »

Photo de Laurence Bottero

Christopher Edyegu

Publié le 19 décembre 2025 à 08:41

Christopher Edyegu est analyste senior des risques

Christopher Edyegu est analyste senior des risques

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La tentative de déstabilisation du dimanche 7 décembre dernier n’a pas été qu’un incident sécuritaire. Elle a brièvement ravivé un risque bien connu des marchés : celui de la désorganisation économique, lorsque l’administration se fige, que les chaînes logistiques se grippent, que les paiements sont retardés et que la confiance s’érode. Par Christopher Edyegu, analyste senior des risques.

Au Bénin, pourtant, la séquence a révélé un élément plus déterminant pour les investisseurs que la dramatisation de l’événement lui-même. La continuité de l’État et de l’activité économique a été rapidement rétablie, tandis que la société a envoyé un signal public de rejet de toute rupture anticonstitutionnelle, réduisant la probabilité d’une contagion politique durable.

La continuité opérationnelle comme première ligne de défense

Dans ce type de crise, la bataille décisive se joue dans les premières heures. L’incertitude cause souvent plus de dégâts économiques que l’événement lui-même lorsqu’elle s’installe dans les circuits financiers et productifs. Les autorités ont donc agi rapidement pour réduire l’espace des rumeurs et fixer une consigne simple : calme, continuité des services publics et reprise du travail et des cours dès le lendemain.

Pour les investisseurs, toutefois, la crédibilité ne se construit jamais uniquement par des déclarations, mais par des preuves opérationnelles. Dès le lundi matin, l’économie béninoise ne présentait pas les symptômes d’un pays à l’arrêt. Les services publics fonctionnaient, les flux n’étaient pas durablement perturbés et les infrastructures critiques restaient opérationnelles. Pour les créanciers, les entreprises et les prêteurs, cette continuité administrative et logistique constitue l’indicateur le plus fiable de maîtrise du risque à court terme.

Ce signal n’a pas été porté par l’État seul. Le 12 décembre 2025, une mobilisation citoyenne d’ampleur, notamment organisée par Waro 2026 et soutenue par la diaspora, a publiquement rejeté la logique du putsch et appelé à l’unité nationale. Cette dimension est souvent sous-estimée dans les analyses macrofinancières. Elle renchérit le coût politique de toute rupture institutionnelle, réduit le risque d’enlisement et renforce la perception de stabilité qui sous-tend les décisions d’investissement.

Les marchés financiers confirment la résilience

Comme souvent lors d’une montée brutale du risque politique, les marchés obligataires ont initialement réagi par une correction, en particulier sur les maturités longues. Mais la volatilité est restée contenue, car l’incident n’a pas déclenché les perturbations que les investisseurs redoutent le plus : fermetures prolongées des frontières, paralysie administrative, rupture des paiements ou interruptions durables des flux économiques.

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Très rapidement, la hiérarchie habituelle des facteurs s’est réimposée. Le choc n’a pas altéré les fondamentaux. Ces dernières années, le Bénin a renforcé sa signature financière à travers une gestion budgétaire plus lisible, une stratégie de dette plus proactive et une relation plus professionnelle avec les investisseurs. Cette crédibilité ne fait pas disparaître le risque politique, mais elle empêche qu’un épisode isolé ne dégénère en crise financière.

La démonstration la plus tangible est intervenue une semaine plus tard : le 16 décembre 2025, le Bénin a levé avec succès 100 milliards de FCFA sur le marché régional UMOA-Titres, avec une demande atteignant 113,3 milliards de FCFA. Réalisée quelques jours seulement après les événements du 7 décembre, cette opération a transformé la continuité institutionnelle en signal de marché clair : l’accès à la liquidité est resté intact, le risque d’exécution maîtrisé et la confiance des investisseurs préservée.

Les bailleurs internationaux confiants dans la trajectoire

Cette résilience repose aussi sur la capacité de la gouvernance économique à maintenir la prévisibilité et l’exécution des politiques publiques, même sous pression. Pour les marchés, il s’agit moins d’une question d’image que de méthode. La confiance découle d’un cadre de politique économique qui limite les surprises, sécurise les chaînes de paiement et garantit la continuité de l’action publique.

Les décisions des financeurs structurels, qui évaluent le risque d’exécution, la stabilité de la contrepartie et la continuité des politiques, sont intéressantes à ce titre. Deux annonces de décembre illustrent cette dynamique. Le 10 décembre 2025, le conseil d’administration de la Banque africaine de développement a approuvé un financement d’environ 102,1 millions d’euros destiné au développement durable de la filière avicole, à la structuration des chaînes de valeur, au renforcement de la sécurité alimentaire et à l’emploi. Le 12 décembre 2025, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a annoncé sa première opération de prêt en Afrique subsaharienne, en choisissant le Bénin pour une facilité de 30 millions d’euros visant la modernisation de la distribution électrique et l’élargissement de l’accès à l’énergie.

Intervenues peu après les événements du 7 décembre, ces décisions indiquent clairement que, pour des institutions engagées sur des programmes pluriannuels, la trajectoire du Bénin demeure finançable.

Le Bénin ne peut prétendre avoir éliminé tout risque politique, aucun pays ne le peut. Il a toutefois démontré une combinaison économiquement décisive : réaction rapide, continuité opérationnelle, signal civique clair et maintien des engagements financiers de long terme. Dans l’Afrique de l’Ouest actuelle, cette capacité à absorber un choc sans rupture d’exécution protège la trajectoire macroéconomique, limite la dégradation des primes de risque et sécurise l’agenda d’investissement. C’est cette forme de résilience que les marchés valorisent en dernier ressort : celle qui se mesure à des flux qui continuent de circuler, des services qui restent ouverts, des projets qui avancent et une confiance qui perdure.

Christopher Edyegu

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