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Dans l'UEMOA, la déflation s’installe, portée par la baisse des prix des denrées et de l’énergie

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 04 décembre 2025 à 16:41

Les pays de l'UEMOA sont soumis à des critères de convergence stricts en matière de stabilité macroéconomique.

Les pays de l'UEMOA sont soumis à des critères de convergence stricts en matière de stabilité macroéconomique.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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Alors que de nombreuses économies luttent toujours contre l’inflation, une déflation prolongée s'observe depuis juin en UEMOA. Portée par la baisse des coûts des denrées et de l’énergie, cette situation contraste avec la vigueur de la croissance et met en relief la discipline monétaire singulière de la zone Franc.

Depuis juin 2025, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Côte d'Ivoire, Bénin, Sénégal, Niger, Guinée-Bissau, Mali, Burkina Faso, Togo) évolue dans une zone de déflation, enregistrant une diminution durable du niveau général des prix. Les données les plus récentes de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) confirment cette dynamique à rebours du contexte mondial, encore marqué par des tensions inflationnistes.

En juin, l’indice des prix avait déjà reculé à -0,4% dans l'UEMOA, franchissant le seuil symbolique de la déflation. Les mois suivants ont amplifié le phénomène : -1,3% en juillet, -1,5 % en août, -1,4% en septembre, avant une légère remontée à -1,1% en octobre. Cette tendance n'est pas marginale au sein du bloc économique : au mois d’octobre, cinq pays sur les huit étaient en déflation, et sur l’ensemble de l’année, sept ont connu au moins un épisode de baisse généralisée des prix.

Le cas le plus caractéristique est celui du Niger, où la déflation a atteint -8,2%. À l’inverse, avec une inflation de 1,9% en octobre, le Sénégal reste le pays le plus proche de la zone haute de l’objectif fixé par l’UEMOA, sans toutefois atteindre un niveau générant des tensions sur le pouvoir d’achat.

Une inflation encadrée par des règles strictes

Il faut souligner que les États de cet espace monétaire sont soumis à des critères de convergence stricts et précis en matière de stabilité macroéconomique. Sur le plan des prix, l’Union fixe une cible d’inflation allant de 0% à 3%. Le dépassement de cette fourchette n’est pas simplement indésirable, il constitue un non-respect des règles communautaires. L’objectif est d’assurer un environnement stable pour les échanges, l’épargne et les investissements, en particulier ceux étrangers, puisque l’UEMOA est une zone intégrée partageant non seulement une politique monétaire commune, mais également une monnaie unique, le Franc CFA.

Ainsi, une inflation faible, voire négative, n'y traduit pas nécessairement une crise ou un effondrement de la demande. Dans l’UEMOA, il s’agit plutôt de la conséquence directe d’un cadre institutionnel conçu pour maintenir les prix sous contrôle et éviter toute dérive inflationniste, susceptible de déstabiliser le marché intérieur.

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Les moteurs de la déflation : alimentation et énergie

Les autorités monétaires attribuent cette déflation à une baisse marquée des prix des produits alimentaires et énergétiques importés, associée à un bon niveau de production locale. Le gouverneur de la BCEAO, l'Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou, confirme ainsi que « cette évolution a été induite par la baisse des prix des produits alimentaires et énergétiques importés, ainsi que par l’augmentation de l’offre locale de produits céréaliers ».

Les données sectorielles de la Banque centrale montrent qu’en septembre, les prix des céréales ont chuté de 16,2%, ceux des tubercules de 6,4%, tandis que l’indice des produits alimentaires importés a reculé de 19,2%. En octobre, la contribution des produits alimentaires et des boissons à l’évolution des prix est passée en négatif, atteignant -0,8 point. Le transport, habituellement l’un des moteurs de l’inflation en raison de sa dépendance au carburant, n’a pas contribué à la hausse des prix ce mois-là.

La déflation s’accompagne en général d’un ralentissement de l’activité, mais ce schéma ne se vérifie pas dans l’UEMOA. Selon la BCEAO, la croissance économique a même légèrement progressé, atteignant 6,6% au troisième trimestre 2025 contre 6,5 % le trimestre précédent. Cette dynamique est en grande partie due à l’augmentation de la consommation des ménages et au maintien des investissements publics, notamment dans les infrastructures, mais aussi à de bonnes performances agricoles, industrielles et dans les services.

L’économie reste structurée par la demande de produits de base, l’urbanisation rapide et les investissements d’État, ce qui explique une croissance soutenue malgré la baisse des prix.

Des contextes politiques contrastés, sans effets inflationnistes

La stabilité des prix dans l’Union interroge d’autant plus que certains pays membres connaissent des périodes de politiques sensibles. Le Sénégal par exemple, doit faire face à une pression sur ses finances publiques et à un risque de crise de la dette. Le pays refuse une restructuration et continue d’emprunter sur le marché régional, sans que cela ait encore entraîné une accélération inflationniste. Autrement dit, les risques financiers ne s'y traduisent pas par une détérioration immédiate du pouvoir d’achat, en raison de la discipline monétaire imposée à l’échelle régionale.

Dans le bloc AES (Alliance des États du Sahel), composé du Niger, du Mali et du Burkina Faso, les régimes militaires se sont retirés de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), mais pas de l’UEMOA, bien qu’ils dénoncent l’usage du Franc CFA. Ces pays continuent donc de partager la même monnaie et les mêmes contraintes macroéconomiques que leurs voisins. Le Niger en est l’illustration la plus marquante. Malgré la fermeture prolongée de sa frontière avec le Bénin qui avait fait flamber les prix en 2023 et 2024, en raison du blocage de l’approvisionnement, le pays connaît aujourd’hui l’une des déflations les plus fortes de la zone. La stabilité monétaire commune a ainsi atténué les effets d’un choc politique majeur.

Cependant, malgré un contexte globalement favorable pour le pouvoir d’achat, la BCEAO ne considère pas la situation comme exempte de risques. Lors de sa réunion du 3 décembre 2025, le Comité de politique monétaire a maintenu ses taux directeurs inchangés, tout en affirmant qu’il « continuera d’accorder une vigilance particulière aux risques susceptibles d’entraîner des hausses de prix et d’affecter les échanges extérieurs ». Selon les prévisions de la Banque, le taux d'inflation de l'UEMOA devrait s’établir en moyenne à 0,2% en 2025, contre 3,5% en 2024.

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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