L'Ethiopie veut aligner la recherche agronomique et l’investissement industriel sur les besoins des agriculteurs, pour faire monter en gamme toute la chaîne de valeur de l’orge brassicole.
L’orge est la quatrième céréale produite en Ethiopie, après le maïs, le blé et le sorgho. Utilisée principalement pour la consommation alimentaire, la graminée connaît aussi une demande industrielle pour la fabrication de malt, employé comme ingrédient dans la bière.
En Ethiopie, l’Institut de recherche agricole (EIAR) a entériné un protocole d’accord avec quatre des principales malteries du pays – Asella Malt Factory, Gondar Malt Factory, Soufflet Malt Ethiopia et Boortmalt –, afin de financer et structurer la production de semences d’orge destinées à la brasserie.
Une entente stratégique
Cet accord présenté comme un jalon majeur en matière de partenariat publicprivé, vise à aligner la recherche agronomique, l’investissement industriel et les besoins des agriculteurs pour faire monter en gamme toute la chaîne de valeur de l’orge brassicole.
Dans les détails, il prévoit le financement de la production de semences améliorées d’orge de brasserie, afin d’assurer aux producteurs un accès régulier à des variétés mieux adaptées aux exigences des malteurs et des brasseurs.
Ces variétés visent des rendements plus élevés, une meilleure qualité technologique (taux de protéines, homogénéité des grains, pouvoir germinatif) et une bonne adaptation aux conditions agroclimatiques éthiopiennes.
Sur un autre volet, l’accord devrait renforcer la recherche et l’innovation en reliant plus étroitement le travail des chercheurs de l’EIAR aux besoins des industriels.
Il inclut le développement de nouvelles variétés, la mise à l’échelle de technologies de production (itinéraires techniques, pratiques de fertilisation et de protection phytosanitaire, etc.) et la diffusion de ces innovations auprès des agriculteurs via des programmes de vulgarisation ciblés.
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Un nouveau coup de pouce pour une filière en plein développement
Ce partenariat vient renforcer un peu plus l’industrie de l’orge malté qui connait un véritable essor sur la dernière décennie. Afin de réaliser des économies d’échelle, de réduire les coûts de production et d’améliorer leurs marges, plusieurs entreprises brassicoles ont en effet déployé, une stratégie de développement vertical sur l’ensemble de la filière qui a incité les petits exploitants à adopter des variétés de malt améliorées et à s’inscrire dans des schémas de contractualisation.
Cette approche qui a conduit le brasseur néerlandais Heineken à investir depuis 2013 la production d’orge malté via son programme « Community Revenue Enhancement through Agricultural Technology Extension (CREATE) », a été complétée par les investissements sur place de compagnies spécialisée dans la matière première comme le français Soufflet. La multinationale tricolore a notamment mis en service en 2021, sa première malterie sur le continent africain dans le parc industriel de Bole Lemi, en périphérie d’Addis-Abeba pour une capacité initiale de 60 000 tonnes de malt par an, appelée à atteindre 110 000 t à terme.
En parallèle, le gouvernement encourage les brasseurs depuis 2024 par une fiscalité sur les boissons alcoolisées structurée pour favorisée l’approvisionnement local. Ainsi, la bière produite exclusivement à partir d’orge cultivée et maltée dans le pays est taxée à 35 %, contre 40 % pour celle fabriquée à partir de malt importé. De plus, les boissons qui intègrent au moins 75 % d’ingrédients locaux (hors eau) bénéficient d’un taux réduit de 30 %.
Si actuellement l’orge destinée au malt ne représente qu’environ 10 % de la production totale de la céréale, cette proportion pourrait encore grimper dans les prochaines années avec la croissance de la consommation de la bière, portée par l’urbanisation et la hausse des revenus.
« Selon les analystes, la demande totale d’orge de malt de la part des secteurs du maltage et de la brasserie avoisine 265 000 tonnes, avec des taux d’utilisation des capacités supérieurs à 85 %. Les projections tablent sur une croissance de 15% du marché éthiopien de la bière et des boissons non alcoolisées au cours de la prochaine décennie, ce qui pourrait porter la demande d’orge brassicole audelà de 300 000 tonnes dans un horizon de 5 à 7 ans », indique le Département américain de l’agriculture (USDA) dans un rapport publié en avril dernier.