La Libye dispose d’un accès au marché italien grâce au gazoduc GreenStream, mais ses exportations restent très inférieures aux capacités disponibles. Pour redevenir un fournisseur plus visible en Méditerranée, le pays doit d’abord stabiliser sa production et mieux valoriser ses infrastructures existantes.
Le groupe italien Eni a annoncé, le lundi 29 juin, le démarrage de la production du projet Sabratha Compression, développé avec la National Oil Corporation (NOC), la compagnie publique libyenne. Ce développement offshore doit permettre d’augmenter la production de gaz du pays d’environ 800 millions de mètres cubes par an, auxquels s’ajouteront des condensats associés.
Soutenir Bahr Essalam, alimenter la Libye et l’Italie
Sabratha Compression vise à compenser le déclin naturel du champ gazier Bahr Essalam, l’un des principaux actifs offshore de la Libye. En production depuis 2005, ce champ est relié à la plateforme offshore Sabratha, au large des côtes libyennes.
Le projet prévoit la mise en place d’un module de compression de 1 600 tonnes sur cette plateforme. Selon Eni, les nouvelles installations disposeront d’une capacité totale d’environ 440 millions de pieds cubes standards par jour.
Le gaz produit doit répondre à deux besoins : l’approvisionnement du marché libyen, notamment pour la production d’électricité, et les exportations vers l’Italie via GreenStream. Cette double destination illustre la contrainte que doit gérer Tripoli. Le pays cherche à augmenter ses ventes extérieures, mais une partie importante du gaz reste nécessaire pour couvrir la demande intérieure. Les besoins en électricité pèsent fortement sur l’utilisation locale du gaz, dans un pays où les infrastructures énergétiques ont été fragilisées par plus d’une décennie d’instabilité.
GreenStream reste le principal lien gazier entre la Libye et l’Italie. Sa capacité théorique atteint environ 8 milliards de mètres cubes par an, mais les flux récents sont restés très inférieurs à ce niveau. En 2025, selon les données citées par l'Agence Ecofin, les exportations via ce gazoduc se sont limitées à 105 millions de pieds cubes par jour, leur plus bas niveau depuis plus de deux décennies.
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Les ambitions européennes de Tripoli
L’entrée en service de Sabratha Compression arrive quelques mois après les déclarations de la NOC sur la volonté de la Libye d’accroître sa production de gaz naturel pour disposer de volumes supplémentaires à exporter vers l’Europe au début de la prochaine décennie. Le président de la compagnie publique, Masoud Suleman, avait indiqué en février que le pays vise une production proche de 1 milliard de pieds cubes standards par jour, avec une relance des forages, y compris dans le gaz de schiste.
L’ambition libyenne s’appuie sur la sortie progressive du gaz russe du marché européen. L’Union européenne prévoit l’arrêt total des importations de GNL russe au début de 2027, puis du gaz acheminé par gazoduc à l’automne de la même année. Pour la Libye, cette recomposition offre une opportunité, d’autant plus que le pays dispose déjà d’une liaison directe avec l’Italie et de réserves estimées à 80 trillions de pieds cubes, entre ressources conventionnelles et non conventionnelles.
Les nouveaux volumes provenant de Sabratha Compression ne règlent pas à eux seuls l’équation gazière libyenne. Ils apportent toutefois un début de réponse. Pour redevenir un fournisseur plus visible en Méditerranée, Tripoli devra multiplier ce type d’avancées opérationnelles et stabiliser ses volumes dans la durée.