Alors que l’un de ses principaux clients potentiels s’est retiré, Hyphen obtient 8,5 millions d’euros de la BAD pour les études techniques de l’un des plus grands projets d’hydrogène vert de Namibie. Un signal bienvenu dans un contexte où la demande européenne croît à un rythme moins rapide que prévu.
En Namibie, la Banque africaine de développement (BAD) apporte un coup de pouce opportun au projet d’hydrogène vert de la coentreprise germano-britannique Hyphen Hydrogen Energy. Alors que la société a subi un revers fin septembre avec le retrait de l’un de ses principaux clients potentiels, l’institution financière panafricaine a annoncé mardi 9 décembre un prêt de 8,5 millions d'euros (10 millions USD), en faveur du projet.
Selon la BAD, ce financement permettra à Hyphen Hydrogen Energy de conduire les études techniques préalables à la mise en place des installations solaires, éoliennes et de stockage d’énergie, ainsi qu’aux infrastructures liées à l’électrolyse et au dessalement. Cela permettrait, indique l’institution, de réduire les risques liés au projet et d’attirer les investissements nécessaires à sa concrétisation.
Hyphen Hydrogen Energy est une coentreprise créée en Namibie entre les sociétés allemande Enertrag SE et britannique Nicholas Holdings, deux acteurs spécialisés respectivement dans le développement et l’exploitation de projets d’hydrogène vert et d’énergies renouvelables d’une part, et dans le financement desdits projets d’autre part. Le gouvernement namibien a rejoint l’aventure en 2024, en finalisant l’acquisition de 24 % d’intérêts dans le projet, par le biais de son véhicule d’investissement SDG Namibia One Fund.
« L’approbation par la Banque africaine de développement de cette facilité de préinvestissement constitue un solide vote de confiance dans le projet d’Hyphen et dans les grandes ambitions de la Namibie concernant le développement de l’un des projets d’hydrogène vert les plus transformateurs au monde », estime Marco Raffinetti, PDG de la coentreprise.
D’un coût global estimé à 8,5 milliards d'euros (10 milliards de dollars), le projet porté par Hyphen comprend une capacité de production d’énergie renouvelable de 3,75 GW dans sa première phase, ainsi qu’une capacité d’électrolyse de 1,5 GW. L’installation devrait produire annuellement deux millions de tonnes d’ammoniac vert destiné à l’exportation, notamment vers l’Europe.
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Un optimisme en déclin pour la filière
Lors de ses débuts il y a quelques années, le projet d’Hyphen, comme beaucoup d’autres projets en Namibie et ailleurs sur le continent africain, a suscité beaucoup d’enthousiasme. Il s’est positionné en effet pour répondre à une demande européenne en hydrogène vert qui devrait augmenter dans le contexte de la transition énergétique. L’enthousiasme est cependant progressivement retombé, en raison notamment d’une croissance de la demande pour les produits dérivés de l’hydrogène plus faible que prévu en Europe.
Signe de ce ralentissement, le géant allemand de l’énergie RWE, qui avait conclu un protocole d’accord pour acheter jusqu’à 300 000 tonnes d’ammoniac vert par an auprès d’Hyphen, a renoncé à poursuivre la transaction. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme ce constat. Dans un rapport dédié au secteur publié en septembre 2025, elle note que la production potentielle d’hydrogène à faibles émissions d’ici 2030, basée sur les projets annoncés, a diminué pour la première fois en 2024.
L’AIE ajoute que l’adoption de cette source d’énergie est freinée entre autres par des coûts élevés et une demande incertaine. En Europe par exemple, la demande d’hydrogène vert en 2024 est restée pratiquement au même niveau qu’en 2023.
« On constate une baisse significative des projets axés sur l'exportation en Australie et, dans une moindre mesure, en Afrique et en Amérique latine. Certains de ces projets ont été annulés, tandis que d'autres ont reporté leur date de mise en service prévue après 2030, compte tenu de la lenteur du développement du marché mondial pour ces produits », ajoute l’AIE.
Dans un tel environnement, l’appui de la BAD offre un bol d'air pour le projet porté par Hyphen Hydrogen Energy. Si la société survit aux vents contraires actuels, il lui faudra ensuite s’employer à sécuriser des contrats d’achat afin de convaincre des investisseurs de s’engager. Si la tâche s’annonce ardue, Hyphen peut toutefois compter sur des perspectives plus favorables à long terme pour le secteur, malgré la conjoncture difficile.
« Au début de l'adoption de nouvelles technologies, on observe souvent des périodes de progrès rapides, mais aussi des périodes de développement lent, et plusieurs indicateurs suggèrent que le secteur continue de mûrir », indique l’AIE, pour qui la production d'hydrogène à faibles émissions pourrait atteindre 4,2 millions de tonnes par an d'ici 2030, soit cinq fois plus que le niveau de 2024.