Avec la garde minière, Washington et les Émirats sécurisent leurs investissements en RDC

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Des gardes armés assurent la sécurité d'un site minier en RDC.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Des gardes armés assurent la sécurité d'un site minier en RDC.
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La RDC veut se doter d’une garde minière, une unité paramilitaire de 20 000 agents destinée à sécuriser l’ensemble de la chaîne d’exploitation des minerais du pays. L’initiative annoncée lundi 27 avril devrait bénéficier d’un financement de 100 millions de dollars (85,6 millions d’euros) mobilisé avec le soutien des États-Unis et des Émirats arabes unis, pays dont les investissements croissants dans le secteur minier ne se limitent pas à une protection juridique.
Selon les détails fournis par l’Inspection générale des mines (IGM), le déploiement de la garde minière débutera dans la région du Katanga, au sud-est du pays, riche en minéraux critiques dont le cuivre, le cobalt, l’étain et le tantale. 3000 recrues sont attendues d’ici décembre 2026, avant une montée en puissance jusqu’à l’horizon 2028. La future force a vocation à remplacer les dispositifs actuels, principalement assurés par la police et ponctuellement par l’armée et la garde présidentielle. Sa mission couvrira la protection de la production, la sécurisation du transport des minerais et le contrôle de la traçabilité tout au long de la chaîne d’exploitation.
Si les autorités locales n’ont pas précisé la nature exacte des financements américains et émiratis, publics ou privés, ni leurs modalités, cet engagement des deux pays s’inscrit dans un flux d’investissements miniers croissants depuis 2025, dont la garde minière constitue, en quelque sorte, une garantie opérationnelle de sécurité.
L’insécurité minière n’est pas une préoccupation théorique pour Washington et Abu Dhabi en RDC. En mars 2025, l’avancée des rebelles du M23 dans le Nord-Kivu a contraint Alphamin Resources à suspendre les opérations de la mine d’étain de Bisie, la plus grande d’Afrique, située à proximité de la zone de conflit. La mine n’a amorcé une réouverture progressive qu’après le retrait partiel des rebelles, quelques semaines plus tard. Or Alphamin est aujourd’hui majoritairement contrôlée par le consortium émirati IRH, une exposition directe aux risques de sécurité que la garde minière serait précisément conçue à contenir.
La proposition de coopération minière adressée au gouvernement américain en février 2025, au nom d’un officiel congolais, associait aussi l’accès aux minerais à des garanties de sécurité concrètes. Une lettre adressée au secrétaire d’État Marco Rubio, au nom du sénateur Pierre Kanda Kalambayi, proposait aux entreprises américaines des droits d’extraction privilégiés en échange d’une formation et d’un équipement des forces de sécurité congolaises, ainsi qu’un appui militaire pour protéger les routes minières. La formule juridique a depuis évolué, mais l’esprit demeure.
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L’accord de partenariat stratégique de décembre 2025 a concrétisé le rapprochement. Entre-temps, le consortium Orion Critical Mineral Consortium, impliquant l’agence fédérale américaine International Development Finance Corporation (DFC) et le fonds souverain ADQ d’Abu Dhabi, a annoncé en mars 2026 un protocole d’accord pour acquérir 40 % des participations de Glencore dans deux mines majeures du Katanga.
Virtus Minerals, société américaine fondée par d’anciens membres des forces spéciales, a aussi finalisé il y a quelques semaines l’acquisition des mines de cuivre-cobalt de Chemaf en RDC. KoBold Metals, société soutenue par les milliardaires américains Bill Gates et Jeff Bezos, a annoncé mi-avril 2025 une campagne d’exploration de 50 millions de dollars pour trouver du lithium dans le pays.
La garde minière soulève des questions que les autorités congolaises n’ont pas encore tranchées publiquement. Son périmètre est présenté comme couvrant l’ensemble de la chaîne minière, mais les pillages et les problèmes de traçabilité dénoncés depuis des années concernent très largement l’exploitation artisanale, là où les grandes mines industrielles sont relativement épargnées.
Le cas de la mine de coltan de Rubaya illustre les limites de l’équation sécurité-minerais. Le gisement, situé dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu et qui représenterait environ 15 % de la production mondiale de coltan, est contrôlé depuis avril 2024 par le groupe rebelle M23, que le Rwanda est accusé de soutenir. Les experts des Nations unies ont estimé que le groupe armé en tirait jusqu’à 800 000 dollars par mois en taxant l’activité minière.
Des investisseurs américains ont manifesté leur intérêt pour ce site, mais tout investissement reste conditionné à un retour à la stabilité que la garde minière ne pourra pas garantir à elle seule. La question de sa compétence dans les zones de conflit actif ou sur les sites artisanaux, qui impliquent plusieurs millions de personnes à travers le pays, reste donc entière.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin