Le président William Ruto a promulgué la loi créant le premier fonds souverain du Kenya. Présenté comme un pilier de la stratégie de transformation économique du pays, ce nouvel instrument doit investir les revenus futurs du pétrole et des ressources minières, tout en renforçant la résilience de l'économie face aux chocs.
Le Kenya rejoint le cercle des pays africains dotés d'un fonds souverain. Le président William Ruto a promulgué, le mercredi 8 juillet, le Sovereign Wealth Fund Act, 2026, une loi instituant un véhicule national d'investissement destiné à préserver et valoriser les revenus issus des ressources naturelles ainsi que de certains actifs stratégiques de l'État.
Présentée comme une étape majeure de l'agenda de transformation économique du gouvernement, cette nouvelle institution vise à éviter que les futures recettes tirées du pétrole et des ressources minières soient entièrement absorbées par les dépenses courantes. L'objectif affiché est de transformer une partie de cette richesse en actifs de long terme capables de financer le développement du pays et de bénéficier aux générations futures.
« Le fonds souverain garantit que les revenus issus du pétrole et des autres ressources minérales ne seront pas entièrement consommés par la génération actuelle, mais investis au profit de nos enfants et des enfants de nos enfants », a déclaré William Ruto lors de la promulgation de la loi. Le chef d'État a également estimé que ce texte mettait en place des « mécanismes rigoureux » destinés à assurer que les richesses provenant des ressources naturelles et des actifs stratégiques « perdurent pour les générations futures ».
Concilier stabilité, investissement et épargne
Le nouveau fonds repose sur une architecture articulée autour de trois compartiments aux objectifs complémentaires.
Le Stabilisation Fund aura pour mission de protéger l'économie contre les chocs extérieurs susceptibles d'affecter les finances publiques. La Strategic Investment Window financera des projets nationaux de développement et des initiatives créatrices d'emplois. Enfin, le Urithi Fund, dédié aux générations futures, constituera une réserve patrimoniale alimentée par une partie des revenus issus de l'exploitation des ressources naturelles.
Conformément au texte adopté, 30 % des recettes provenant du pétrole et des ressources minières seront versés dans ce dernier compartiment, tandis que le reste servira à soutenir la stabilité macroéconomique et les investissements stratégiques. Cette architecture s'inspire des principes qui ont présidé à la création de nombreux fonds souverains dans les économies riches en ressources naturelles : lisser les effets de la volatilité des revenus extractifs, financer des investissements productifs et éviter que les ressources non renouvelables ne profitent qu'à une seule génération.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Miser sur le potentiel du pétrole et des minerais
La création du fonds survient alors que Nairobi cherche à accélérer la valorisation de ses ressources extractives. Le projet pétrolier de South Lokichar, désormais repris par Gulf Energy, devrait permettre au Kenya de percevoir ses premiers revenus pétroliers d'ampleur. Les autorités estiment que ce projet pourrait générer entre 1,05 et 2,9 milliards USD (entre 917,8 millions et 2,534 milliards d'euros) de recettes publiques sur une période de 25 ans.
La législation pétrolière adoptée en 2019 prévoit déjà une répartition des revenus entre les différents niveaux de gouvernance, avec 75% pour l'État, 20% pour les gouvernements des comtés et 5% pour les communautés locales. Le fonds souverain ajoute une dimension intergénérationnelle à ce dispositif en organisant l'investissement d'une partie de ces ressources sur le long terme.
Le gouvernement mise également sur le développement du secteur minier, dont la contribution à l'économie demeure limitée, autour de 1% du PIB, mais qu'il ambitionne de porter à 10% d'ici 2030. Cette stratégie s'appuie sur une série de réformes destinées à renforcer la gouvernance du secteur, améliorer la collecte des redevances minières et attirer davantage d'investissements.
Au-delà de l'or artisanal et des sables minéraux exploités dans le comté de Kwale, le Kenya dispose de réserves de cuivre, de graphite, de coltan, de terres rares, de manganèse et d'uranium, que les autorités espèrent transformer en nouveaux moteurs de croissance.
Une stratégie de redressement des finances publiques
La création du fonds souverain s'inscrit également dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Avec une dette publique avoisinant 70% du PIB, le gouvernement de William Ruto poursuit une stratégie combinant consolidation budgétaire, amélioration de la gouvernance financière et diversification des sources de financement.
Le budget 2026/2027, estimé à près de 37,2 milliards USD (environ 32,52 milliards d'euros), repose notamment sur des émissions obligataires, le soutien des partenaires internationaux, dont le Fonds monétaire international, ainsi que sur des mesures destinées à renforcer la mobilisation des recettes publiques et à limiter les fuites de fonds.
Le fonds souverain devient ainsi la deuxième grande institution financière créée dans le cadre de l'agenda de transformation économique du gouvernement, après le National Infrastructure Fund, lancé en mars 2026 afin de mobiliser des capitaux privés pour les projets d'infrastructures. Ensemble, ces mécanismes traduisent l'ambition de Nairobi de mieux valoriser ses actifs stratégiques tout en construisant des sources de financement de long terme moins dépendantes des ressources budgétaires traditionnelles.