Contrôle qualité sur le commerce en RDC : compétition ouverte entre Bureau Veritas et Intertek

Idriss Linge, Agence Ecofin

Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur de la RDC.
DR

Idriss Linge, Agence Ecofin

Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur de la RDC.
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Bureau Veritas SA, groupe français leader mondial des services d'essais, d'inspection et de certification, fait face à une démarche offensive du britannique Intertek Group Plc visant ses positions historiques en République démocratique du Congo, à l'approche de l'échéance, en 2026, de deux contrats structurants du dispositif de contrôle du commerce extérieur congolais, apprend-on d'une information rapportée par le site bankable.africa, spécialisé sur la RDC.
C'est sur ce terrain que se joue désormais la bataille de Kinshasa. Une délégation, conduite par Jeremy Gaspard, vice-président chargé des services gouvernementaux et commerciaux d'Intertek, a été reçue le 6 mai à Kinshasa par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya. Le groupe britannique, présent dans 37 pays africains, a proposé un partenariat public-privé avec l'Office congolais de contrôle (OCC) portant sur l'inspection, les tests physiques et la certification des produits à l'importation et à l'exportation, selon le communiqué du ministère.
En août 2024, lors de la nomination d'Intertek en tant qu'administrateur exclusif du programme congolais Eco-Levy, Jeremy Gaspard avait déclaré : « Cette désignation renforce notre position de prestataire de premier plan en services d'évaluation de conformité en Afrique et dans le monde ».
Les concessions visées structurent l'activité de Bureau Veritas en RDC depuis le milieu des années 2000 et expirent à quelques semaines d'intervalle. Le programme de vérification de conformité des importations, exécuté par la filiale Bureau Veritas BIVAC, mandatée par l'OCC, prend fin en novembre 2026. Le Guichet unique du commerce extérieur (SEGUCE), attribué au consortium Bureau Veritas BIVAC-Soget pour une concession de dix ans puis prorogée, arrive à échéance en octobre 2026.
Le président Félix Tshisekedi avait chargé l'Inspection générale des finances d'auditer le contrat OCC-Bureau Veritas BIVAC en octobre 2023, évoquant des « failles » dans son exécution et un taux de mise en œuvre estimé à moins de 35% après plusieurs années, selon le compte rendu du 117e Conseil des ministres lu à l’époque par le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Des responsables congolais ont par ailleurs pointé des coûts jugés excessifs et des retards dans la livraison de certains équipements et infrastructures.
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Bureau Veritas ne manque pas de défendre sa position. Stéphane Gaudechon, vice-président chargé des contrats gouvernementaux du groupe, avait déjà rencontré la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à Abou Dhabi en avril 2025, déclarant par la suite aux services de communication de la Primature qu'il existait « une réelle volonté de consolider un partenariat vieux de 20 ans avec Bureau Veritas ».
Étienne Tshimanga, alors directeur général de l'OCC, avait pour sa part indiqué le 8 janvier 2026 devant le 14e Comité de pilotage tenu à Paris, qu'« un appel d'offres international sera lancé conformément aux règles en vigueur ».
Entre-temps, un troisième acteur a émergé. Le sénégalais GAINDÉ 2000, opérateur de guichets uniques dans six pays africains, dont la Côte d'Ivoire et le Kenya, a été reçu par Julien Paluku lors d'une réunion technique le 24 février dernier, à laquelle son directeur général, Ibrahima Nour Eddine Diagne, a participé en visioconférence, selon un communiqué relayé par bankable.africa. Les échanges ont porté sur une collaboration avec le guichet unique de RDC, mais rien ne confirme à ce stade qu'une proposition technique de contrôle qualité ait été formulée, ni que d'autres concurrents historiques du secteur — les suisses SGS SA ou Cotecna Inspection SA, candidats systématiques à ce type de contrats en Afrique de l'Ouest — soient en compétition sur le dossier congolais, sans que leur participation soit exclue.
L'enjeu dépasse le cadre d'une simple procédure de passation. Les contrats d'inspection couvrent toutes les cargaisons importées d'une valeur supérieure à 2 500 dollars et canalisent, via un opérateur privé, les recettes douanières, les données du commerce extérieur et les décisions de conformité.
La présidence congolaise a indiqué vouloir aligner tout dispositif successeur sur les normes de l'Organisation mondiale du commerce et de l'OHADA. Aucun avis d'appel d'offres officiel n'a été publié à ce jour.
Idriss Linge, Agence Ecofin