Le Botswana peut-il remplacer le diamant par le manganèse ?

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Site du projet K.Hill de Giyani Metals au Botswana.
Photo DR

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Site du projet K.Hill de Giyani Metals au Botswana.
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Fragilisé par le ralentissement du marché du diamant, le Botswana multiplie les pistes de diversification. Dans cette quête d’un nouveau moteur de croissance économique, le manganèse s’impose progressivement comme un pari stratégique grâce aux avancées de la société canadienne Giyani Metals sur son projet K. Hill.
Jeudi 28 mai, la compagnie a publié l’étude de faisabilité définitive pour la future mine. Dans l’industrie minière, cette étape constitue un jalon important. Elle intervient après plusieurs années d’exploration et d’études techniques et vise à démontrer la viabilité économique du projet.
Le document confirme la possibilité d’exploiter K. Hill pendant environ 25 ans à travers une mine à ciel ouvert associée à une usine hydrométallurgique. La société vise la production de sulfate de manganèse monohydraté de haute pureté, à hauteur d’environ 1,5 million de tonnes, ainsi que 99 000 tonnes d’oxyde de manganèse. Ces matériaux sont utilisés dans certaines chimies de batteries destinées aux véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie.
Selon Giyani, le projet nécessiterait un investissement initial de 535 millions de dollars (environ 459 millions d’euros). L’étude fait état d’une valeur actuelle nette après impôts de 481,5 millions de dollars, avec un taux de rentabilité interne de 20,3 %. Le groupe prévoit également un flux de trésorerie cumulé de près de 1,6 milliard de dollars sur la durée de vie de la mine. Autant d’indicateurs qui renforcent la conviction de l’entreprise quant à la possibilité de tirer profit de la dynamique en cours sur le marché du manganèse.
Le manganèse reste peu connu du grand public malgré son importance industrielle. Quatrième métal le plus utilisé au monde derrière le fer, l’aluminium et le cuivre, il sert principalement à renforcer la résistance de l’acier. Cette utilisation constitue encore l’essentiel de la demande mondiale.
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Depuis quelques années, le métal suscite toutefois un intérêt nouveau avec l’essor des véhicules électriques. Certaines technologies de batteries utilisent en effet du manganèse de haute pureté dans leurs cathodes. Cette évolution modifie progressivement la perception d’un minerai longtemps considéré comme abondant et relativement banal.
La chaîne de transformation du manganèse pour batteries reste aujourd’hui fortement concentrée en Chine. Selon plusieurs estimations relayées par les acteurs du secteur, près de 95 % des capacités mondiales de raffinage du manganèse de qualité batterie se trouvent dans le pays. Cette domination préoccupe de plus en plus les ÉtatsUnis et l’Europe, engagés dans une stratégie de sécurisation des approvisionnements en minerais critiques.
Dans ce mouvement, l’Afrique occupe une position importante avec certaines des plus grandes réserves connues. Plusieurs pays du continent comme l’Afrique du Sud, le Gabon ou encore le Ghana cherchent à mieux se positionner.
Le Botswana espère rejoindre ce cercle avec une singularité. À travers K. Hill, Giyani ne vise pas le manganèse destiné à la sidérurgie, mais des produits de haute pureté pour batteries, avec l’ambition de se positionner comme une alternative à l’offre chinoise.
Une étude de faisabilité ne garantit ni le financement ni la construction effective d’une mine. Giyani doit encore sécuriser les capitaux nécessaires, finaliser certains travaux d’ingénierie et convaincre des partenaires industriels.
Pour le Botswana, ce projet arrive alors que le pays traverse depuis plusieurs années une crise économique provoquée par l’affaiblissement du marché des diamants naturels. Pour réduire sa dépendance à ce secteur – les diamants pèsent près d’un tiers des recettes fiscales et environ un quart du produit intérieur brut – le pays multiplie les initiatives. Gaborone a lancé un fonds souverain destiné à soutenir la transformation économique nationale et cherche à développer des secteurs comme le tourisme, les services financiers ou les énergies renouvelables.
Dans cette transition, le manganèse apparaît comme une opportunité crédible, mais encore limitée. Même si K. Hill entre un jour en production, le projet restera loin du poids économique historique du diamant. Les recettes attendues n’ont pas la même ampleur et le Botswana ne dispose pas encore d’une véritable industrie de transformation liée aux batteries.
Le risque demeure de remplacer une dépendance minière par une autre. Plusieurs institutions internationales rappellent d’ailleurs que la diversification économique ne peut reposer uniquement sur l’exploitation de nouvelles matières premières.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin