Afreximbank lève 2 milliards de dollars et confirme un basculement africain vers les capitaux du Golfe et d’Asie

Idriss Linge, Agence Ecofin

Chandi Mwenebungu, directeur général de la Trésorerie et des Marchés d'Afreximbank.
Afreximbank

Idriss Linge, Agence Ecofin

Chandi Mwenebungu, directeur général de la Trésorerie et des Marchés d'Afreximbank.
Afreximbank
La Banque africaine d'import-export, connue sous le nom d'Afreximbank et gérant 42,9 milliards de dollars d'actifs et de contingences, a bouclé le 9 mars une facilité syndiquée à double tranche d'un montant équivalent à 2 milliards de dollars, son plus grand emprunt de ce type depuis sa création en 1993 sous l'égide de la Banque africaine de développement, selon un communiqué publié le 30 mars par la banque basée au Caire.
L'opération, initialement lancée à 1,5 milliard de dollars équivalents, a recueilli des engagements totaux de 2,36 milliards de dollars de la part de 31 prêteurs géographiquement diversifiés — d'Europe, du Moyen-Orient, d'Asie et d'Afrique — avant que les souscriptions ne soient écrasées au montant final, selon le communiqué. La tranche A s'établit à 1,73 milliard de dollars et la tranche B à 228 millions d'euros, pour une maturité de trois ans. Le produit servira au refinancement de facilités existantes et aux besoins généraux de la banque.
« Cette transaction est le plus grand emprunt syndiqué jamais réalisé par Afreximbank. Elle témoigne clairement de la confiance des investisseurs mondiaux dans le profil de crédit de la banque », a déclaré Chandi Mwenebungu, directeur général de la Trésorerie et des Marchés d'Afreximbank, dans le communiqué, en charge notamment de superviser l'ensemble des opérations de refinancement de l'institution panafricaine.
L'opération intervient dans un contexte de turbulences sans précédent pour la notation de la banque. Afreximbank avait rompu avec Fitch Ratings le 23 janvier 2026, selon un communiqué officiel de l'institution, après que l'agence new-yorkaise eut abaissé la note à long terme de BBB- à BB+, la faisant basculer en catégorie spéculative, cinq jours plus tard. Fitch avait justifié la décision par la restructuration du prêt de 750 millions de dollars consenti au Ghana, concluant qu'Afreximbank n'avait pas bénéficié du statut de créancier privilégié qu'elle revendiquait, selon un communiqué de l'agence.
La sursouscription du 9 mars ne dissipe pas entièrement les inquiétudes quant au financement de l'Afrique dans un contexte global assombri. Dans un billet publié sur son site internet le 30 mars 2026, le Fonds monétaire international a averti que les pays à faible revenu supportent le fardeau le plus lourd du conflit dans le Golfe, car les produits alimentaires y représentent en moyenne 36% de la consommation contre 9% dans les économies avancées, et que les économies d'Afrique orientale dépendantes des liens commerciaux et des transferts de fonds en provenance du Golfe font face à des blocages logistiques et à une baisse des envois de fonds. La directrice de la communication du FMI, Julie Kozack, a précisé lors d'une conférence de presse le 19 mars que des conditions financières plus restrictives, si elles se prolongeaient, pourraient affecter la capacité des pays à accéder aux marchés, les plus vulnérables étant les premiers touchés.
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C'est précisément dans ce resserrement que la syndication d'Afreximbank prend une dimension systémique. L'institution panafricaine constitue pour plusieurs pays africains un accès au financement de dernier recours lorsque les marchés internationaux de capitaux se ferment. La trajectoire de ses emprunts syndiqués le confirme : 907 millions de dollars en 2020 en pleine pandémie de Covid-19, puis 1,2 milliard en 2021, selon des communiqués successifs de la banque.
La progression à 2 milliards en 2026, avec une architecture de prêteurs dominée par Mashreqbank de Dubaï, MUFG de Tokyo et Standard Chartered, dessine une géographie du capital résolument orientée vers les investisseurs asiatiques et du Golfe — réduisant structurellement la dépendance aux institutions liées aux évaluations des grandes agences occidentales.
Il n’est pas exclu que le marché de la dette syndiquée continue de considérer l’opportunité que représentent les titres de cet émetteur. En juin 2025, Konstantin Rozantsev, un des experts de la banque américaine d’investissement J.P. Morgan, a expliqué sur CNBC Africa pourquoi les investisseurs continuaient d'acheter massivement les titres d'Afreximbank malgré les mauvaises nouvelles. Selon ses propos, alors que les placements ultra-sécurisés (comme les dettes de la France, de l'Allemagne ou des États-Unis) ne rapportaient qu'entre 3% et 4%, les obligations d’Afreximbank proposaient un rendement bien plus généreux de 6,04%.
Pour les investisseurs, cet écart de profit était trop beau pour être ignoré. Ils ont fait un calcul rassurant : la banque n'a jamais perdu d'argent depuis sa création en 1993. Ils ont donc jugé que le risque était « exagéré » par les agences de notation. Paradoxalement, la baisse de la note de la banque a été perçue comme un « méga-solde" : le titre est devenu moins cher à l'achat, tout en demeurant tout aussi rentable, ce qui a attiré tous ceux qui cherchaient à faire fructifier leur argent plus vite qu'ailleurs. Le vrai test, cependant, sera une éventuelle levée de fonds sur le marché international des capitaux.
Idriss Linge, Agence Ecofin